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Wellness retreat - le masque du collectif à l'épreuve de la faille individuelle

J'ai commencé cette série car elle semblait être à la croisée des chemins entre "Knives out" et "White Lotus", un parfait huit-clos avec un casting horloger. Et puis, passé le bingo loto des acteurs, la façade crème et les breuvages detox de la wellness retreat, je suis restée pour ce que cela commençait à raconter du confort et des failles des personnages.

On oublie peu à peu le plateau prestige qui nous est servi, la glass skin de Nicole Kidman et on commence à décortiquer ce synopsis mystérieux, dans un contexte Airbnb de luxe/secte New Age où l'expérience sensorielle devient le vaisseau thérapeutique ultime qui nous sort de notre condition et de nos limitations. Spoiler alert: derrière les portes coulissantes de Tranquillum, il n'y a rien de paisible.

Ce qui fait que ça fonctionne et qu’on accroche, ce n’est pas tant le mystère super scénographié et déjà vu, mais la façon qu’a la série de nous prendre par la main pour nous montrer à quel point chacun de nous apporte ses fêlures partout, même là où tout semble conçu pour les guérir.

Contrairement à un Knives Out ou un White Lotus, ici le huit clos n'a rien d'accidentel puisque les participants ont été choisis pour venir interagir lors de cette retraite. La dimension entre collectif et individualité prend toute sa place ici. Les trajectoires psychologiques sont suffisamment solides, le regard suffisamment humide et parfois cruel pour qu’on soit happé. On ne nous assomme pas de rebondissements gratuits.

Il y a une densité dans l’image, dans l’atmosphère, et la caméra observe tel un psychanalyste silencieux, prête à tout capter. Mais à mesure que les substances font effets sur nos protagonistes, les images et le son sont distordus et nous plonge avec eux dans cette expérience sensorielle psychédélique déroutante.

J'ai été accroché car je crois qu'on désenfle complètement la promesse de transformation spirituelle, ce rêve si contemporain qu’un lieu, une méthode, un coach spirituel pourraient réparer des années de vie cabossée. Le propos ici est de dire qu'on peut poser ses valises, mais l’abîme, lui, ne reste jamais au vestiaire. Et le groupe de parfaits inconnus - ou des inconnus "parfaits" - devient un miroir collectif, à la fois solidaire et impitoyable.

On retrouve aussi une bascule intéressante, un frisson à la frontière de l’irréel, qui donne cette tension discrete : l’intuition que la bienveillance vendue n'est pas forcément le moteur du séjour. Il y a un sentiment prévisible que la rupture est proche mais on ne sait pas de quel côté elle va se consommer et qui sera le catalyseur.

Alors, oui la résolution n’a pas tout le panache qu’on aurait aimé voir après tant de tension contenue. Mais quelque part, ça fonctionne jusqu'au bout: Nine Perfect Strangers nous laisse dans un entre-deux. On ne guérit pas comme ça, en huit épisodes, ni dans les sérums miracles, ni sur les terrasses ombragées d’un Eden bien décoré.

Depuis le début la promesse de perfection n’était qu’un prétexte et ce qu’on raconte vraiment, c’est la manière dont les humains leurrent (et parfois trahissent) leurs propres attentes.

SabineJuin
7
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le 2 nov. 2025

Critique lue 26 fois

Sabine Juin

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