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J’avais pas tort, j’ai juste oublié qui j’étais.

C'est ce que dit Ho-su à Mi-ji, cette inconnue, qui va nous ouvrir sa vie en nous présentant tous ces personnages qui gravitent autour d’elle. Elle a une sœur jumelle, une vraie, identique, mais au caractère opposé. Elle s’appelle Mi-rae, ce qui signifie "Futur". Mi-ji, en allant lui apporter des accompagnements cuisinés par leur mère, va comprendre que cette sœur qui l’étouffe ne va pas bien. Comment aurait-elle pu lui lâcher la main ? La promesse de leur enfance revient. Vous connaissez sans doute le yaksok, cette promesse coréenne qui s’effectue en croisant les petits doigts. L’auriculaire est, dans la culture asiatique, relié au cœur, selon la légende, un fil rouge invisible relie ces doigts, signe d’un destin commun. Dans l’ancienne croyance japonaise, on disait qu’en cas de trahison, on devait couper son petit doigt pour expier la faute (yubikiri). Les pouces quant à eux, représentent le sceau.


Cette jolie série explore la dualité. À travers les jumelles, tout d’abord, même si l’ambiguïté du prénom de Mi-ji fera d’elle la colonne vertébrale du récit (d’où le titre coréen : Mi-ji signifiant aussi Inconnu). Avec elle, chaque lien sera épluché. Mi-ji avec Mi-rae, mais aussi avec Ho-su, sa mère, sa grand-mère ou son ami. La série met en scène des trajectoires qui se répondent ou s’opposent. Séoul agit comme un révélateur. Cette mégapole vous bouscule, elle fissure chaque certitude. Mi-ji nous le dit dès le début, la réalité s’étend au-delà de notre perception. Ici, tous tentent de continuer à écrire leur propre histoire dans une Séoul à la fois commune et singulière pour chacune d’elles. Un beau jeu de miroirs sur l’identité, l’amour et les choix de vie.


Les duos prolongent ce motif : chacun construit sa propre histoire, parfois en contraste, parfois en écho à l’autre. Et toutes ces relations sont liées par une promesse dite ou implicite. Il s'agit ici, de ne pas trahir l'autre et d'être sincère. Enfin, les relations avec les mères respectives (les jumelles mais Ho-su) ajoutent une autre couche, montrant des trajectoires divergentes et nous parle avec justesse de cette difficulté d'être mère. C’est aussi cette dualité qui participe pleinement à cette quête de l’identité individuelle et de la manière dont on écrit (ou pas) sa propre histoire.


Park Bo-young est simplement bouleversante et drôle selon le personnage qu’elle endosse. Yoo Mi-ji est une jeune femme sensible, un peu maladroite, qui porte en elle un complexe d’infériorité vis-à-vis de sa sœur qu’elle trouve plus brillante. Mi-ji cherche encore sa place. Mais elle a un cœur sincère et une vraie capacité à aimer, qui se révèle au contact de ceux qui l’acceptent telle qu’elle est, comme sa grand-mère ou Ho-su. Contrairement à Mi-ji, Mi-rae apparaît plus assurée et ambitieuse. Mais Mi-rae n’est pas qu’un simple miroir éclatant : elle a aussi ses propres failles. En somme, elle représente l’autre face du duo, celle qui semble forte mais qui est, elle aussi, vulnérable à sa manière.


Park Jin-young nous offre une interprétation réaliste et très émouvante dans son rôle de Lee So-hu. Il incarne l’idée d’une seconde chance. Il n’est pas seulement doux ou réservé. Il a aussi un côté sauvage, qui se manifeste dans sa franchise. Il cherche à s’améliorer et pour rien au monde, ne veut devenir un fardeau. La scène entre la mère et le fils est juste bouleversante. Et c’est à Séoul que la vérité éclate. Encore.


Entre Mi-ji et Ho-su, c’est une relation marquée par la timidité et les non-dits. Tous deux portent des blessures qui les rendent prudents, presque maladroits, mais ils trouvent ensemble un espace simple, sans jugement, où ils peuvent être eux-mêmes.


Ensuite, nous avons Han Se-jin, très justement interprété par Ryoo Kyeong-soo. Son charme discret, son doux sourire et son regard de cocker participent pleinement à donner corps à un personnage un peu à part, loin des figures masculines habituelles. Posé, calme, il parle avec de longues phrases toujours pleines de sens et pose des questions pertinentes. Mais il n’est pas pour autant ennuyeux. Son humour léger, sa manière de discuter, le rendent attachant. Il suit sa propre logique, sans chercher à paraître. Ce qui frappe chez lui, c’est sa grande capacité d’écoute. L’opposition avec Mi-rae apporte encore une autre dynamique qu’on prend plaisir à suivre. Ainsi, dès le départ, Se-jin n’arrive pas à mémoriser le prénom de Mi-ji, qui est en réalité Mi-rae. Comme s’il savait d’instinct que ce nom ne lui allait pas, révélant déjà le trouble des identités au cœur de leur histoire.


La mère de Mi-rae et Mi-ji (Jang Young-Nam) est une femme simple, une mère qui n’a jamais vraiment réussi à différencier ses deux filles mais qui sait parfaitement comment elles fonctionnent. Son attitude, parfois plus attentive ou plus admirative envers Mi-rae, renforce le malaise de Mi-ji. La relation qu’elle entretient avec la mère de Ho-su est pleine de respect et de tendresse silencieuse, mais où rôde gentiment une petite comparaison entre leurs enfants respectifs.


Kim Ro-sa (Won Mi-Kyung), avec son histoire personnelle trouble, prolonge le thème central de la série : celui des identités mêlées, des vies qu’on emprunte. Elle fait écho aux jumelles qui échangent leur place, chacune explorant ce que serait la vie de l’autre.


L’absence des figures paternelles souligne la fragilité des personnages, tous un peu en quête d’eux-mêmes et de repères. Ho-su avance sans figure paternelle, tandis que Se-jin s’attache à une vieille chaise simplement parce qu’elle porte la mémoire de son grand-père. Même l’ami de Mi-ji cache un secret qu’elle seule connaît.


Il faut citer également deux jeunes acteurs, notamment la très jolie et intense Lee Jae-in dans le rôle des jumelles adolescentes, et Park Yoon-ho dans celui de Ho-su jeune.


On suit donc des duos, et leurs passés sont retranscrits dans des flashbacks toujours clairs. Les plans y participent beaucoup. La colorimétrie, avec ces tons désaturés, du générique de fin d’épisode, marque la fin d’une étape.


Les dialogues sont d’une finesse et d’une belle poésie. J’en ai noté beaucoup. « Le vide laissé par le doute a fini par se remplir de courage ».


Alors oui, on peut reprocher un peu trop de sucre dans l'épisode final et je suis d’accord. Mais cette série m’a plu. Je me suis vue dans Mi-rae comme j’ai vu ma sœur dans Mi-ji. J’ai vu mes filles dans ces jumelles orphelines et j’ai vu leur père dans le leur. J’ai vu la réserve et la solitude de mon fils dans celle de Ho-su. Et je me suis vue dans ces deux mères maladroites mais qui se raccrochent à ce qu’il leur reste.


Nouvelle Page à Séoul m’a touchée droit au cœur. C’est un miroir où se reflètent nos failles, nos élans et la douceur brute des liens. Une série qui donne envie d’écrire, encore, son propre chapitre.


L’OST est belle. J’ai retenu surtout les titres suivants :

In You d’Isaac Hong et On Your Side de Sion dont voici un court extrait, celui qui, à mon sens, traduit le message de la série (auteurs: Nam Hye‑seung et Kim Kyung‑hee).


"Souviens-toi que nous regardons la même lune

Ne te force pas à cacher tes épaules fatiguées

Ne lâche pas ma main, je serais à tes côtés

Nous sommes dans le train, sur le point de s’envoler

Je promets que je serais là où tu es

Même si un lendemain trop lourd revient un jour

Et qu’un jour encore te fasse t’effondrer en larmes. Je tiendrai bon avec toi."

AliceJeanne
9
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le 30 juin 2025

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AliceJeanne

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