One Piece
6.5
One Piece

Série Netflix (2023)

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Critique en blog : One Piece en live-action : Miracle ou naufrage ?


On le redoutait tous, Dieu sait à quel point les internautes et les fans de longue haleine ont pester contre ce projet : One Piece, en live-action. Pas aidé par le fait que le studio de production était le même chargé d’adapter Cowboy Bebop avec le résultat calamiteux en 2021 qu’on lui connait, et encore moins avec le fait que l’œuvre du mangaka Oda Eiichiro a tout de l’œuvre inadaptable en série en prise de vue réelle.


Comprenez bien, One Piece est un manga dont les références de l’auteur sont si nombreuses et si souvent raccroché au fantastique et à l’univers du cartoon que rien ne jouait contre lui pour une transposition avec des acteurs devant une caméra. Entre un snipeur avec un long nez à la Pinocchio, un cyborg dont les bras deviennent disproportionnés après une ellipse, un rennes médecin humanoïde, le corps en caoutchouc de Luffy, les looks très spécifiques et caractériels de nombreux personnages ou encore moult espèces cohabitant entre les géants ou les hommes-poissons, on était en droit de se demander si le projet ne relevait pas d’un pari stupide lancé par un costard cravate bourré dés le lundi matin en semaine de travail. Surtout quand on sait que c’est Tomorrow Studio, le même studio en charge d’adapter Cowboy Bebop en live action avec le résultat qu’on connait.


Sans compter que même avec la supervision de près d’Oda Eiichiro pour cette transposition en live, ça ne constituait pas une raison d’être rassuré puisque ça sentait de loin la stratégie de sureté pour que les fans ne fuient pas cette adaptation. Pourtant, dés que la première bande-annonce est sortie, la réaction générale des internautes et des fans a été bien moins amère : plus d’un s’accordait à dire que ça réussissait à se tenir, à avoir un semblant de crédibilité, qu’il y avait eu des efforts réels pour qu’on voit un budget savamment exploité même si quelques points pouvaient laisser des doutes sur la suite des événements (dont le maquillage d’un Baggy le Clown plus proche d’un clown de film d’horreur que du clown vantard et grande gueule du manga e de l’animé).


Et on est resté dans la même veine avec les trailers qui ont suivi et en montraient toujours un peu plus mais en s’efforçant toujours d’afficher un réel investissement du budget dans les décors qui surprenaient parfois quand on s’y attendait pas (le Baratie), les fonds verts loin d’être aussi immonde qu’on ne pouvait l’imaginer et des personnages plus crédibles qu’on ne l’aurait cru même avec des rendus suspects pour certains (Merry, Smack de l’équipage d’Arlong ou Arlong lui-même, Shanks le roux) et surtout, des comédiens qui : ô surprise, croient fermement aux personnages qu’ils incarnent et ça, c’est sans doute le plus frappant.


Au moment ou je commence à écrire ces lignes, les retours restent majoritairement positifs et assez bienveillant malgré des retours parfois snobinards et aigris à qui aiment hurler, sans discernement, que tout manga ou animé n’a rien à foutre en live-action alors qu’il y a déjà eu quelques contre-exemples sur cette idée toute faite. Mais vous savez quoi ? Pour avoir apprécié 2 lives-actions d’affilé de Kingdom adapté du manga de Yasuhisa Hara, et pour avoir des vues sur les 2 derniers live-action sorti sur Kenshin le Vagabond : j’emmerde l’aigreur populaire et les blasés.


Autant je partage cet état d’esprit quand un de mes bébés comme Cowboy Bebop est maltraité alors qu’il y avait largement les moyens d’en faire un divertissement correct ou même une alternative intéressante. Autant, One Piece, c’est le projet dont tout le monde se moquait mais qui a beau être pétris d’imperfection, de choix de réécriture discutable et d’essais laborieux par moment, il a aussi ce qui manquait à Cowboy Bebop : de la foi, et du cœur dans ce qu’il tente de raconter en live. Et cela, il ne faut pas attendre que l’épisode pilote soit passé pour qu’on ait envie d’y croire.


L’épisode pilote, sans être un intouchable, met déjà les points sur les I dans les principales forces qui font cette première saison : Steven Maeda et l’équipe ont compris que si le manga voulait marcher en live, il fallait réintroduire les personnages en adaptant leur caractère au format du live action, mais sans pour autant trahir leur homologue papier ou en animé. Dans un premier temps, on a un Monkey D. Luffy moins bêbête, plus proche d’un simple d’esprit que son homologue manga mais toujours plein d’observation quand il cherche ce qu’il veut et toujours désireux de vivre selon ses principes sans qu’on ne lui dicte sa conduite.


Ces bons points de réécriture pour rendre les personnages crédibles, on les retrouve aussi chez Roronoa Zoro et Nami : le premier ayant même droit à un duel inédit avec un certain Mister 7 du Baroque Works (une jolie scène de combat qui n’avait été qu’évoqué dans le manga et l’animé) et capable de tuer si la situation le lui impose, et ceux avec une violence loin d’être édulcorée dans la scène en question. La seconde étant plus sèche et plus concentrée que sa version animée plus espiègle, mais pas dénué de sensibilité pour autant comme en témoignera sa scène de sympathisation avec Kaya 2 épisodes plus tard.


Et du côté des rôles secondaires, il y a à boire et à manger mais on penche vers le positif en principe : Koby est crédible mais Alvida par contre sent vraiment le déguisement de luxe, Garp parvient à garder son excentricité finalement sur 8 épisodes et le colonel Morgans se tient à peu près bien si on oublie son arme qui rappelle inévitablement l’œuvre d’origine tant sa conception dissone avec le live-action. En revanche, concernant le fait de donner vie à cet univers, il y a un réel taf sonore et visuel qui fait plaisir tant en matière de décor que dans le fait de montrer le quotidien d’une ville en action.


Ce qui constitue un retour de bâton, c’est que la version live pâtit inévitablement d’un aspect décoloré sur le plan graphique et doit hélas sacrifier un élément phare de ce qui a fait la force du manga : son humour cartoon très très diminué ici, pour ne pas dire inexistant. Avec One Piece version live-action, Maeda et le reste de l’équipe ont compris que si la transposition voulait marcher, il fallait faire ce sacrifice et être parfois plus terre à terre en termes de comédie et de caractérisation des personnages. Mais la contrepartie, c’est que cette version paraît souvent plus terne par rapport à son aîné manga.


Et ce côté ternes, s’il est bien contrebalancé par certains personnages comme le vice-amiral Monkey D. Garp, d’autres ont plus de mal à s’introduire dans cet univers et à cacher ce côté un brin fadasse. Je pense notamment au capitaine Kuro de l’équipage du chat noir dont le traitement, sans être scandaleux ou honteux, en fait une menace de film d’horreur lambda durant l’arc Sirop devant réintroduire ce grand menteur romantique mais loyal qu’est Usopp. A mes yeux l’arc le plus faible en live sur les 8 premiers épisodes.


Car si en version papier ou animé on peut tolérer un manoir au personnel réduit, dans une version live ça donne un côté cage dorée toxique louable dans le cas de Kaya. Mais en termes de décor, de vie et surtout d’entretien des lieux, c’est moins cohérent et en plus de cela les réalisateurs ont voulu apporter un côté survival façon Freddy Krueger à Kuro mais non seulement ça marche, non seulement ils rappellent comme avec Cowboy Bebop qu’ils sont très vilain en matière de mise en scène quand ils tentent d’avoir de l’idée.


Entre les gros plans à courte focale et au fond flouté lors des dialogues entre Nami, Zoro et Usopp à l’épisode 3 quand ils cherchent un bateau aux choix d’angles douteux et inutilement compliqués qui était déjà une marque de fabrique navrante dans Cowboy Bebop, les réalisateurs n’ont jamais l’air très à l’aise quand ils tentent de faire dans la stylisation pour ce qui est de filmer. Quand ça n’est pas juste là pour se la péter sans aucune raison alors que rester simple aurait été tout aussi bien.


Alors qu’il y a parfois des bonnes choses aussi dans ce mini arc de 2 épisodes (l’amitié tissé entre une Nami qui finit par être moins sèche avec Kaya, la réintroduction des origines de Zoro via sa rivalité avec Kuina, l’implication de Baggy avec l’enlèvement par un membre de l’équipage d’Arlong pour montrer que Grandline et le monde des pirates vivent aussi en dehors du quotidien de nos pirates préférés), d’autres sont plus discutables quand ils ne tombent pas à l’eau (le duel de Zoro contre les deux laquais de Kuro, l’implication presque totalement superficielle de Koby et Hermes dans cet arc) ou ne constituent pas une touche de fanservice inutile (le baiser d’adieu entre Kaya et Usopp, personnellement je préférais rester dans la suggestion et l’ambiguïté de leur relation comme dans l’animé et le manga).


En fait, il faut voir ce live action comme une succession de tentatives louables au résultat variable. Tel l’alchimiste Nicolas Flamel expérimentant la création d’une pierre philosophal, Steven Maeda et Netflix tentent constamment avec une réussite inégale avec un résultat visuel et d’écriture qui mettent la tolérance et l’ouverture des fans à l’épreuve. Des fois ça marche bien voire très bien (Sanji moins excessif dans son côté Don Juan et réintroduit efficacement une fois impliqué de plus près dans les problèmes des pirates au chapeau de paille ;


Nami ayant décidé de cacher ses vraies motivations à son village y compris Nojiko sur son appartenance à l’équipage d’Arlong afin de les préserver de tout danger et renforçant la lutte personnelle de la navigatrice ; les dialogues entre Nami et Zoro sympathisant un peu plus au Baratie)


, parfois avec des idées pas bien maligne (les criminels d’East Blue réintroduit et déchirant leurs avis de recherche de manière diégétique ; les relations parfois construites de manière trop expédié entre les membres de l’équipage comme l’intérêt porté par Zoro à Luffy ou la sympathisation entre Usopp et Luffy moins crédible à mes yeux), et parfois encore moins surtout quand ça tente de reprendre les scènes clés du manga (l’appel à l’aide de Nami à Luffy reprenant plan par plan la BD et l’animé ; les adieux entre Sanji et Zeff aux pieds rouge ; le look de Shanks qui passe lui, hélas, totalement au travers en le faisant plus passer pour un flibustier lambda des mers qu’un vraie capitaine pirate).


Cela dit aussi étrange que cela paraisse, les échecs ne sont pas forcément là ou on s’y attend. Et je pense surtout à la démonstration des fameux pouvoirs du fruit du démon dans la version live qui, surprise, sont en principe réussis et réussissent à ne pas paraître fake (surtout par rapport au look d’un homme poisson comme Smack, là ou Arlong finalement… c’est passable on va dire). Et rendre des pouvoirs comme ceux du fruit du Gum Gum ou de la fragmentation de Baggy cohérent et dynamique en démonstration, c’est déjà pas mal.


D’autant qu’il y a un souci de reconstruction qui force parfois l’admiration dans certains cas : j’ai beau ne pas du tout aimer la gueule de chèvre du Merry en live, ils se sont quand même décarcassés pour reconstruire le navire. Ainsi que le restaurant maritime, le célèbre Baratie, tenu par Zeff au pied rouge et qui rend sa (re)découverte assez immersive même quand on connait l’œuvre d’origine. Cela dit là encore, y’a aussi des rendus plus discutables et qui fait un peu prendre conscience d’à quel point East Blue va pâtir de la comparaison avec le reste du manga. Et je pense surtout à Arlong Park qui, soyons de bonne foi, ne paye pas vraiment de mine au final (alors que la désolation de Kokoyashi face à la taxe locale imposé par l’équipage d’Arlong, à côté, est franchement bien retranscrite).


Du coup, je donne la sensation de dire que le live action est un très sérieux ping pong entre ce qui marche et ce qui se plante. Mais il y a un élément qui sauve et rend le visionnage de ces 8 épisodes sincèrement plaisant et nous fait même pardonner beaucoup de ses maladresses et fausses bonnes idées : c’est son casting, et plus particulièrement ceux des 5 pirates au chapeau de paille qui portent à eux-seuls cette première saison de One Piece en prises de vues réelles, et confirme le petit miracle auquel on a eu droit.


Parce qu’avant toute chose, et contrairement à un Justin Chatwin totalement ignorant de l’univers de Dragon Ball ou bien à un Pilou Asbaek à côté de ses pompes sur Batou dans le live action de Ghost in the Shell : Iñaki Godoy, Mackenyu, Emily Rudd, Jacob Romero et Taz Skylar croient en ce qu’ils jouent, prennent plaisir à incarner des personnages qu’on a appris à aimer en manga et animé depuis plus de 20 ans, et surtout on sent qu’ils veulent rendre hommage à ce groupe d’aventuriers si particulier et atypique.


Godoy, quand tu le vois jouer ce Luffy plus proche d’un simple d’esprit que d’un gros benêt de compétition, tu le sens impliqué et qu’il prend son personnage au sérieux même lors de ses moments plus excentriques ou désinhibé comme lorsqu’il hurle le nom de ses attaques, et ça se voit qu’il s’amuse. Emily Rudd est froide et sèche mais elle sait communiquer la sensibilité que Nami a refermé en elle à force de jouer les voleuses, Jacob Romero est un vantard mais bon vivant qui sait rendre Usopp attachant par sa fragilité plus prononcée par rapport à ses compagnons, Taz Skylar réussit à retrouver l’âme de séducteur de Sanji mais sans le rendre cringe pour autant avec de la retenue et une certaine élégance, sans oublier Mackenyu très impliqué sur le chasseur de pirates. Et si l’écriture a parfois des lacunes dans sa version live, on sent qu’il y a une chimie qui y traversent ce groupe et qui donne envie de les suivre, de les voir réussir et surtout qui réussissent à faire oublier qu’on suit des variantes d’œuvre préexistantes.


Mais cela ne se limite pas à la petite bande, en fait les nombreuses tares de ce live action ressort surtout de la comparaison inévitable avec le support d’origine. Alors qu’à côté, un Vincent Regan en Garp ou un Jeff Ward en Baggy, eux aussi croient à ce qu’ils ont en main. Et cela appuie un fait réel à mes yeux, même si je vais clairement pas me faire que des potes auprès de ceux qui râlent contre les lives actions de manga ou d’animé : cette production a du cœur. Ce cœur, il bat devant chaque décor qui tente de renforcer notre suspension consentie de l’incrédulité, il bat devant chaque acteur qui veut y mettre du sien, il bat quand une bonne décision narrative ou de bons échanges parviennent à donner de la substance à cette version live, et il bat aussi face à la musique qui est globalement agréable à l’écoute.


Et donc, véritable petite surprise : oui, One Piece en live action, c’est sympa. Bourré de points reprochables, tant sur la forme que le fond, tant sur la fluidité narrative que sur certaines reprises (non mais le Vogue Merry bordel, la gueule bordel >< !). Mais il marque indéniablement des points essentiels en matière de réintroduction de lore et de ses personnages principaux, d’immersion visuelle en matière de décor et d’effet numérique assez maîtrisé, de chorégraphie de combat franchement sympa à suivre, et surtout en voulant sincèrement divertir son public sans le prendre pour une vache à lait et en étant limité sur ses clins d’œil.


De là à dire que je suis rassuré pour la suite, ce sera exagéré. Mais encore une fois, je me refuse à être aigrie à cause de mauvaises expériences passées avec le format live en manga. D’autant qu’il y a eu des réussites (les 2 films live Kingdom par exemple, Speed Racer des Wachowski) et celui-là penche pour le moment de ce côté-là. A la condition suivante pour la saison 2 déjà annoncé par Oda Eiichiro : c'est de ne pas foirer Chopper et Vivi... parce que ça, je ne le pardonnerais pour rien au monde.

Maximemaxf-Amazing-D
6

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Créée

le 17 sept. 2023

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