Concernant la polémique qui a suivi la diffusion, elle concerne notamment la scène du couronnement de l'épisode 11. On y note de grosses erreurs sur la couronne impériale qui, visuellement, renvoie à l'histoire coréenne sous domination chinoise, avec une couronne identique à celle du roi de Corée, vassal de l'Empereur de Chine. De plus, les rituels de cour ressemblent aussi au protocole de la Chine impériale. Par exemple, la cérémonie du thé est de culture chinoise et non coréenne. Enfin, de nombreux anachronismes historiques sont visuellement inadmissibles. La chaîne a fait des ajustements en postproduction : ainsi, la première version diffusée en Corée (et qui n'est plus disponible) est différente, par endroits, de celle que l'on trouve aujourd'hui.
"Je n'en attendais rien, mais je suis quand même déçu" (Dewey, Malcolm).
Au cas où l’on se demanderait encore si produire un drama sans scénario tangible est possible, Perfect Crown en est la preuve officielle. Aligner des noms bankables (acteurs, idoles ou mannequins) n’a jamais été un gage de qualité, et ce projet en est le triste rappel. Pour financer son casting de luxe et ses décors grandioses, MBC a activé tous les leviers possibles : placements de produits omniprésents, partenariat avec Disney+ et emballage royal premium destiné à l’export. Entre la fanbase historique d'IU et l’ascension fulgurante de Byeon Woo-seok depuis Lovely Runner, ce drama est avant tout un produit marketing de luxe conçu pour le retour sur investissement. On a donc confié les rênes à un vétéran, Park Joon-hwa, mais celui-ci s'encombre malheureusement d'un script issu d'un concours interne de la chaîne (souvent synonyme de naufrage narratif). Le résultat ? Un récit poreux, fade et ennuyeux, qui ressemble à un mauvais remix d'un succès passé comme The King: Eternal Monarch. Pour survivre à Perfect Crown, il faut donc abandonner toute exigence et choisir son camp : le détachement complet ou la moquerie pure. Je te laisse deviner lequel j'ai choisi.
Perfect Crown s'inscrit dans la lignée des dramas qui tentent de mélanger les codes du sageuk (drama historique) avec une sensibilité narrative moderne. Nous sommes dans une société uchronique où la Corée est restée une monarchie. Mais par obligation ou par modernisme, elle a évolué. Ce n'est pas une monarchie constitutionnelle, mais une monarchie néo-féodale, car le PM Min Jeong-woo(Noh Sang-hyun) fait partie des grandes familles héréditaires qui contrôlent le pouvoir politique. Seong Hui-ju(IU) est une roturière, mais également la fille du plus puissant chaebol du pays. Elle est à la tête d'un empire équivalent à LVMH. Son objectif est de se marier avec le prince I-an(Byeon Woo-seok), dont le frère aîné, qui était roi, est décédé dans d'étranges circonstances il y a trois ans. Tractations de palais obligent, il a dû céder la succession au trône à son neveu, un enfant-roi de 8 ans, sous la coupe de la reine douairière Yoon Yi-rang (Gong Seung-yeon). Ils se connaissent tous depuis l'enfance, ayant fréquenté le même établissement royal. Enfin, dernier personnage clé, le père de la reine, le chef de la cour royale Yoon Sung-won(Jo Jae-yun). Si tu as vu Alchemy of Souls, tu le sens venir gros comme un camion ? Si, si, ils ont osé. Ça sent l'ersatz et le réchauffé.
Les points forts sont peu nombreux et se concentrent sur l'esthétisme : que ce soit les décors intérieurs et extérieurs, ou les costumes modernes, hanboks et autres, on est au cœur du sujet. La colorimétrie et le soutien de Mercedes accentuent le côté bling-bling. D'ailleurs, j'ai cru qu'IU avait directement quitté son Hotel del Luna pour bifurquer ici : même façon de jouer et garde-robe de princesse. Park Joon-hwa est le réalisateur de gros succès populaires comme What's Wrong with Secretary Kim, Because This Is My First Life mais surtout d'Alchemy of Souls (CQFD), mais il n'est pas à son aise ici car le script est trop léger, et il doit meubler pendant les six premiers épisodes. Pour l'intrigue du palais ainsi que pour le romantisme, il va falloir être très patient. On est censé nous vendre du rêve, mais on assiste à un cauchemar narratif durant la première moitié du drama. Perfect Crown n'est pas au départ une histoire d'amour, mais un mariage qui s'apparente plus, au début, à une fusion-acquisition. Donc l'alchimie est totalement fictive. On joue sur la beauté des deux acteurs qui en font des caisses niveau narcissisme. Un des plus gros défaut, c'est qu'il y a zéro suspense vu que tout est presque déballé durant les trois premiers épisodes. La seule séquence à sauver dans la première moitié est celle du rodéo urbain de nuit, courte, mais assez palpitante.
Le rythme est inexistant et les séquences inutiles se succèdent à tire-larigot. Il faut attirer l'œil, donc il faut que ça brille et que ça tape à l'œil. Vers la moitié du septième épisode, le drama va enfin décoller avec un premier twist. Sans spoiler, le récit va s'articuler autour du thème du karma romantique, mais c'est tellement mal amené que c'est vraiment chiant à suivre. Tout est prévisible, surjoué, on a l'impression d'être dans une coquille vide ou une contrefaçon de luxe. Passée la moitié du drama, il n'y a toujours aucun suspense, aucun antagoniste crédible, mais surtout aucune magie romantique. C'est une escroquerie visuelle à laquelle on participe. On est loin de The King: Eternal Monarch qui, à défaut d'un scénario extraordinaire, nous vendait du rêve avec le couple iconique Lee Min-ho et Kim Go-eun. Byeon Woo-seok n'a pas progressé depuis Lovely Runner, et à part nous montrer ses tablettes de chocolat comme dans une pub, son jeu reste toujours aussi limité. IU, quant à elle, est en roue libre et cabotine comme dans Hotel del Luna, sauf que ce n'est plus le même personnage. Leur jeu de séduction sent le fake, tout est téléphoné, il n'y a rien de fluide et c'est pathétique à voir. Et puis à défaut de voir le drapeau de Joseon, autant éviter de nous infliger celui de la Corée du Sud à l'écran pour être raccord.
On va vite se rendre compte aussi qu'on n'est pas dans Under the Queen's Umbrella, avec cette reine douairière aussi inquiétante qu'un yorkshire face à un éléphant, et un complot royal qui est juste une vaste fumisterie avec cet antagoniste d'opérette. Le danger est artificiel et en devient risible. Steven Noh est mal exploité, il y avait mieux à faire avec lui. Tellement on se fout de nous, on nous ressert le fameux accident de nuit avec le camion-benne (ben voyons) pour expliquer une mort passée. Il faut arrêter de tout passer parce que c'est "juste"un drama romantique. Par exemple, qu'on aime ou pas Queen of Tears, il y avait au moins un vrai scénario, un vrai antagoniste, et surtout de vrais acteurs qui s'impliquaient. Idem pour The King: Eternal Monarch si on se colle à un récit monarchique, c'était moyen, mais merde, au moins le couple renvoyait quelque chose. Ici, entre le gamin qui chouine durant chaque scène et ces dialogues dignes d'une télénovela, on n'est pas gâté. Et pourquoi traiter aussi sommairement les seconds rôles? Je pense qu'en 12 épisodes ils méritaient mieux. Vers la fin, la reine est touchée par la grâce et, dans une scène surréaliste, revient du bon côté de la force (attention, l'abus de Soju nuit à la santé). On est dans la surenchère de la médiocrité et c'est souvent pompeux et artificiel.
Perfect Crown veut être une romance monarchique prestigieuse, mais n’est finalement qu’un catalogue de clichés tape-à-l’œil emballés dans une esthétique premium. Un drama obsédé par son image, incapable de produire la moindre émotion palpable. Derrière les couronnes, les costumes, les décors et les voitures de luxe, il ne reste qu’un immense vide scénaristique, qui va en plus, se contredire à plusieurs reprises. Hormis deux ou trois épisodes, cela ne raconte rien, c'est un entre-soi ennuyeux qui donne une impression de déjà-vu. C'est manichéen à l'excès, rempli de poncifs, sans une once de sincérité, et le spectacle proposé dans l'ensemble est assez affligeant. Je ne suis pas venu pour voir un couple qui mise tout sur sa beauté, mais pour qu'on me raconte une histoire qui à défaut de me faire rêver, me fasse sentir une implication. C'est souvent poussif, on peut tout regarder en accéléré très facilement, on ne ratera rien de probant. Hormis une ou deux pirouettes qui font douter 30 secondes, on lit dans le script à livre ouvert. On voit clairement que le genre de public visé est peu exigeant, c'est celui qui préfère l'emballage plutôt qu’au contenu de l’écrin. Je voulais être indulgent en mettant la moyenne, mais le dernier épisode touche le fond. On a sauvé l'OST, c'est déjà ça.
Main Theme: BIBI - My Pace
Additionnel OST 1: RIIZE - Behind The Shine
Additionnel OST 2: Byeon Woo-Seok - Fate Line