Perfect Crown part d'une idée séduisante : imaginer une Corée où la monarchie aurait survécu jusqu'au XXIᵉ siècle. Sur le papier, les possibilités semblent immenses. Pourtant, arrivée au dixième épisode, je ne comprenais toujours pas comment fonctionnait réellement cette royauté. Quels sont ses pouvoirs ?
Au fil des épisodes, j'ai eu le sentiment de visionner un empilage : une intrigue politique, une romance princière, une comédie romantique, une superbe photographie, une très belle OST, un casting impressionnant.
J'avais parfois l'impression que les personnages n'appartenaient pas au même drama : la reine douairière et le Premier ministre semblaient évoluer dans une intrigue politique, le prince dans une romance princière et IU dans une comédie romantique contemporaine.
Pris isolément, chaque élément fonctionne. Ensemble, ils ne forment jamais, à mes yeux, un récit véritablement cohérent. Les hanboks rappellent naturellement Joseon tandis que certains uniformes semblent directement inspirés de la monarchie britannique. Les palais mêlent architecture coréenne et influences européennes, les cérémonies convoquent parfois le confucianisme avant de basculer vers un protocole très occidental. Rien n'interdit cette hybridation : une monarchie coréenne ayant traversé la mondialisation aurait probablement évolué. Mais encore faudrait-il que la scénariste nous l’explique.
Même les détails du quotidien m’ont interpellée. Les Coréens retirent leurs chaussures avant d'entrer dans une maison. Ici, tout le monde circule chaussé comme dans Buckingham Palace, sans que cette différence culturelle ne soit jamais justifiée. Ce n'est pas une question de réalisme, mais de cohérence interne.
Pourquoi inventer une monarchie si proche de l'imaginaire européen alors que la Corée contemporaine possède déjà ses propres "rois" : les grands chaebols ? L'opposition entre un pouvoir symbolique hérité de Joseon et un pouvoir économique détenu par les grandes familles industrielles suffisait. Ici, la monarchie n'est qu'un prétexte à fournir un (beau) décor romantique. Mais, l'apparition du célèbre logo vert vient brutalement rappeler qu'il faut aussi financer la couronne. Parce que côté budget, il a fallu aligner les billets. Difficile, dès lors, de ne pas regretter que tant de moyens n'aient pas servi un scénario plus ambitieux.
Park Joon-hwa utilise tout ce qui fait sa signature. Dans Because This Is My First Life ou Alchemy of Souls, cette mise en scène venait renforcer une écriture particulièrement solide. Ici, elle donne l'impression de masquer les limites d'un scénario assez vide. Comme si le réalisateur rejouait une partition qu'il maîtrise parfaitement sans disposer de la même matière première.
Le plus frustrant reste sans doute l'utilisation de son casting. Tous sous-employés.
IU confirme tout son talent. Son jeu reste précis, naturel et juste. J’ai simplement eu le sentiment qu'elle évoluait ici dans une zone de confort. Un rôle presque récréatif pour une actrice dont on connaît pourtant la capacité à surprendre.
Byeon Woo-seok confirme qu'il ne faut plus le réduire à un simple acteur de romance. Je l'avais déjà remarqué dans Strong Girl Nam-soon, où il incarnait un antagoniste glaçant, preuve qu'il possède une palette bien plus large que ne le laisse penser son image actuelle. Après l'immense succès de Lovely Runner, revenir immédiatement à une nouvelle romance n’est pas un choix très approprié. Pourtant, il parvient ici à surprendre par son sens du rythme comique. Son expressivité, ses hésitations, son regard et son timing donnent beaucoup de naturel aux scènes qu'il partage avec Yoo Su-bin. On sent que Park Joon-hwa connaît parfaitement son visage et sait exactement comment le filmer.
Noh Sang-hyun est probablement celui qui me laisse le plus de regrets. Dès ses premières apparitions, il impose une belle présence calme, élégante, mystérieuse. Son personnage laisse entrevoir des conflits intérieurs, des loyautés contradictoires et une intelligence politique qui auraient pu devenir passionnants.
J'aurais également aimé que la reine bénéficie d'un développement plus important. Gong Seung-yeong lui apporte pourtant une belle humanité. C’est du reste, elle qui m’a la plus touchée. Derrière la rigidité de son statut apparaît une femme prisonnière de son rôle, profondément seule.
Lee Yeon confirme tout le bien que je pense d’elle depuis Weak Hero Class 1. Elle attire naturellement le regard. Sa présence paraît toujours juste, presque évidente. Je l’ai adoré et j’avais envie de passer davantage de temps avec ce personnage si sérieux et piquant. Lee Yeon était réjouissante.
Yoo Su-bin apporte une présence joyeuse et je suis ravie de le voir dans un second rôle avec une dimension romantique. C’est un acteur attachant.
C'est d'autant plus regrettable qu'une monarchie imaginaire offre justement un terrain idéal pour faire exister une galerie de personnages intéressants. Si je veux observer les rouages d'une monarchie inspirée du modèle britannique, The Crown le fait déjà très bien. J'attendais ici une monarchie qui trouve sa propre identité coréenne. Je ne cherche pas non plus midi à quatorze heures mais une romance peut être simple sans être pour autant simpliste. Surtout avec un tel casting et un tel budget.
Mais ici, j'ai surtout eu l'impression de contempler un magnifique coffret... pour découvrir, une fois ouvert, qu'il contenait surtout du papier de soie et une couronne de fête foraine.
Je ressors davantage frustrée que déçue.