Modifier un scénario quand on a déjà une bonne base, est-ce que ça vaut le coup ?
La question m'est revenue en regardant la série Présumé innocent. Adapter un roman est une chose. Reprendre un roman déjà porté à l'écran avec brio en est une autre. Et au final, je ne suis pas convaincu que les libertés prises par cette nouvelle version apportent grand-chose.
Commençons par les qualités, car elles sont réelles. Le casting est remarquable. Jake Gyllenhaal compose un Rusty Sabich complexe, tour à tour arrogant, vulnérable, inquiétant et profondément humain. Ruth Negga (Tulip dans Preacher) apporte beaucoup de subtilité au personnage de Barbara, Bill Camp est toujours aussi juste en Raymond Horgan, et Peter Sarsgaard est parfait dans le rôle du procureur Tommy Molto, à la fois antipathique et pathétique. Aucun acteur ne sonne faux, et les scènes familiales comptent parmi les plus réussies de la série.
Le problème vient davantage de l'écriture. Le roman de Scott Turow est une mécanique d'horlogerie, et le film avec Harrison Ford en avait parfaitement compris l'esprit. Les révélations s'enchaînaient avec logique, et la fin, où Barbara était la meurtrière, donnait toute sa force au récit. Rusty obtenait son acquittement, mais découvrait que la femme qu'il aimait était coupable. Une victoire judiciaire qui devenait une défaite morale. La série choisit un autre chemin en faisant de leur fille la meurtrière. Pourquoi pas. Le thème bascule alors vers la protection de son enfant plutôt que celle de son conjoint. Mais ce changement oblige les scénaristes à multiplier les artifices pour maintenir le suspense.
Le meilleur exemple est sans doute le tisonnier, arme du crime. Barbara le nettoie soigneusement avant de le faire parvenir... au procureur, après une effraction totalement inutile. Pourquoi prendre un tel risque ? Pourquoi ne pas simplement déposer l'objet anonymement ? Et surtout, à quoi sert-il au procès puisqu'il a été débarrassé de toute trace exploitable ? Son rôle est essentiellement de faire croire au spectateur que Barbara est coupable. Même impression avec la mise en scène du corps par Rusty. Le personnage explique avoir reproduit le mode opératoire d'une ancienne affaire pour détourner les soupçons. Mais il est procureur. Il sait parfaitement qu'en modifiant une scène de crime, il commet une faute gravissime qui risque surtout de le désigner comme suspect. Là encore, cette décision sert davantage le suspense que la logique de l'enquête. L'infarctus de son avocat pendant le procès relève du même procédé. La scène laisse penser que tout va basculer. En réalité, elle ne change quasiment rien. Le procès continue, la stratégie reste la même, et cet événement pourrait disparaître sans modifier l'histoire.
C'est finalement ce qui distingue cette série du film de 1990. Le film faisait confiance à la force du matériau d'origine. La série, elle, semble parfois vouloir surprendre à tout prix, quitte à ajouter des rebondissements qui fonctionnent très bien sur le moment mais paraissent bien moins convaincants une fois le générique terminé. Cela ne fait pas de Présumé innocent une mauvaise série, loin de là. Elle est portée par une distribution brillante, une réalisation élégante et une tension qui ne faiblit presque jamais. Mais à vouloir améliorer un scénario qui n'en avait peut-être pas besoin, elle finit par perdre un peu de la rigueur et de la puissance qui faisaient la grandeur du roman... et du film.