5
le 13 août 2024
SuivreAnatomie d'une chute
Si le film de 1990 avec Harrison Ford constituait un sympathique thriller judiciaire hollywoodien, valant notamment pour son twist final inattendu, cette nouvelle adaptation sérielle du best seller...
Voir la série
Modifier un scénario quand on a déjà une bonne base, est-ce que ça vaut le coup ?
La question m'est revenue en regardant la série Présumé innocent. Adapter un roman est une chose. Reprendre un roman déjà porté à l'écran avec brio en est une autre. Et au final, je ne suis pas convaincu que les libertés prises par cette nouvelle version apportent grand-chose.
Commençons par les qualités, car elles sont réelles. Le casting est remarquable. Jake Gyllenhaal compose un Rusty Sabich complexe, tour à tour arrogant, vulnérable, inquiétant et profondément humain. Ruth Negga (Tulip dans Preacher) apporte beaucoup de subtilité au personnage de Barbara, Bill Camp est toujours aussi juste en Raymond Horgan, et Peter Sarsgaard est parfait dans le rôle du procureur Tommy Molto, à la fois antipathique et pathétique. Aucun acteur ne sonne faux, et les scènes familiales comptent parmi les plus réussies de la série.
Le problème vient davantage de l'écriture. Le roman de Scott Turow est une mécanique d'horlogerie, et le film avec Harrison Ford en avait parfaitement compris l'esprit. Les révélations s'enchaînaient avec logique, et la fin, où Barbara était la meurtrière, donnait toute sa force au récit. Rusty obtenait son acquittement, mais découvrait que la femme qu'il aimait était coupable. Une victoire judiciaire qui devenait une défaite morale. La série choisit un autre chemin en faisant de leur fille la meurtrière. Pourquoi pas. Le thème bascule alors vers la protection de son enfant plutôt que celle de son conjoint. Mais ce changement oblige les scénaristes à multiplier les artifices pour maintenir le suspense.
Le meilleur exemple est sans doute le tisonnier, arme du crime. Barbara le nettoie soigneusement avant de le faire parvenir... au procureur, après une effraction totalement inutile. Pourquoi prendre un tel risque ? Pourquoi ne pas simplement déposer l'objet anonymement ? Et surtout, à quoi sert-il au procès puisqu'il a été débarrassé de toute trace exploitable ? Son rôle est essentiellement de faire croire au spectateur que Barbara est coupable. Même impression avec la mise en scène du corps par Rusty. Le personnage explique avoir reproduit le mode opératoire d'une ancienne affaire pour détourner les soupçons. Mais il est procureur. Il sait parfaitement qu'en modifiant une scène de crime, il commet une faute gravissime qui risque surtout de le désigner comme suspect. Là encore, cette décision sert davantage le suspense que la logique de l'enquête. L'infarctus de son avocat pendant le procès relève du même procédé. La scène laisse penser que tout va basculer. En réalité, elle ne change quasiment rien. Le procès continue, la stratégie reste la même, et cet événement pourrait disparaître sans modifier l'histoire.
C'est finalement ce qui distingue cette série du film de 1990. Le film faisait confiance à la force du matériau d'origine. La série, elle, semble parfois vouloir surprendre à tout prix, quitte à ajouter des rebondissements qui fonctionnent très bien sur le moment mais paraissent bien moins convaincants une fois le générique terminé. Cela ne fait pas de Présumé innocent une mauvaise série, loin de là. Elle est portée par une distribution brillante, une réalisation élégante et une tension qui ne faiblit presque jamais. Mais à vouloir améliorer un scénario qui n'en avait peut-être pas besoin, elle finit par perdre un peu de la rigueur et de la puissance qui faisaient la grandeur du roman... et du film.
Créée
le 29 juin 2026
Critique lue 6 fois
5
le 13 août 2024
SuivreSi le film de 1990 avec Harrison Ford constituait un sympathique thriller judiciaire hollywoodien, valant notamment pour son twist final inattendu, cette nouvelle adaptation sérielle du best seller...
5
le 5 sept. 2024
SuivrePas facile, en 2024, de regarder une série de procès sans comparer : avec Saint Omer, par exemple ; avec Anatomie d'une chute, bien sûr (qui risque fort de rendre la concurrence un petit peu fade) ;...
6
le 26 juil. 2024
SuivreCette série aurait mérité d'être plus condensée, surtout avec un 1er épisode très bien rythmé. En effet, les épisodes suivants souffrent de peu de choses à raconter et avec de surcroît des...
6
le 17 mars 2026
SuivreJ'ai tenté de comprendre ce qui pouvait engendrer ce masculinisme à la con qui semble tenter quelques mâles alpha...Je ne peux pas dire que Louis Theroux m'en ai apporté la réponse, il reste trop à...
9
le 20 nov. 2021
Suivre"Dernier train pour Busan" n'était pas exceptionnel mais tenait la route, avec une réalisation à la hauteur. Cette fois Yeon Sang-Ho s'affranchit totalement des codes habituels. Et si la réalisation...
7
le 12 oct. 2025
SuivreAu premier épisode, j’ai commencé par trouver ça un peu kitsch ; un mélange de cape, de poussière et de dialogues un peu appuyés ; mais rapidement, la série finit par prendre. Et même plutôt...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème