Il y a des séries qu’on ne regarde pas pour “se divertir”, mais pour affronter quelque chose qui te met mal à l’aise. “Pubertat” entre là-dedans sans demander la permission : elle t’emmène dans une communauté très fermée, en plein été, et fait voler en éclats la façade de normalité avec une accusation d’agression sexuelle entre adolescents. À partir de là, la série ne parle pas seulement de découvrir “ce qui s’est passé”, mais d’observer comment les certitudes de tout le monde s’écroulent.
Ce que j’ai le plus aimé, c’est qu’elle ne joue pas au jeu des héros et des méchants. Ici, presque personne ne s’en sort propre. Les adultes sont montrés avec leurs peurs, leurs préjugés et leur maladresse, et les ados apparaissent pour ce qu’ils sont : des êtres en transition, capables d’une cruauté énorme, mais aussi d’une fragilité qui serre le cœur. Et oui, le grand-père et le petit-fils sont particulièrement difficiles à supporter —mais c’est justement pour ça qu’ils fonctionnent : ils incarnent cette masculinité rance héritée, qui s’infiltre dans les familles et se transmet sans être remise en cause.
Sur le plan formel, on sent une vraie autrice derrière. La série respire la vérité dans des scènes minuscules : une discussion dans la cuisine, un silence plus lourd que n’importe quel discours, un regard qui trahit la culpabilité ou la sidération. Le cadre de la colla castellera n’est pas un décor ; il sert à parler du groupe, de l’appartenance, des hiérarchies… et de la manière dont une structure pareille peut te protéger ou te laisser à nu.
Est-ce qu’il y a des choses qui me gênent ? Oui, un peu. Par moments, la série veut couvrir trop de fronts, et tout n’a pas la même force. Certaines sous-intrigues semblent plus utiles au récit qu’indispensables, et le rythme peut devenir répétitif par endroits. Mais même quand elle trébuche, la série ne se cache pas et ne devient jamais confortable.
Ce que je garde, c’est ce qu’elle laisse après : l’envie d’en parler, de le discuter calmement, et de réfléchir à la façon dont on éduque, à la maison comme à l’extérieur. “Pubertat” ne donne pas de solutions magiques, mais elle t’oblige à te poser des questions que tu fuyais peut-être depuis longtemps. Et ça, aujourd’hui, vaut de l’or.