J'étais partie pour visionner cet OAV juste pour passer le temps, sans grande conviction et quelle belle surprise !
Adaptation d'une histoire courte du recueil de nouvelles "Yoru no Uta" de Kazuhiro Fujita (le papa de Karakuri Circus) et ma foi je dois dire qu'en 40 minutes ça fait bien le taff.
Comme dit dans une autre critique on se croirait revenir à l'âge d'or de la Japanime de la fin des années 80-90, rien qu'esthétiquement et dans la mise en scène des affrontements on ne peut que penser à des noms comme Yoshiaki Kawajiri (Demon City, Ninja scroll...) ou encore Rintaro (surtout sur X 1991 ou Doomed Megalopolis..).
Le film dans son ensemble est assez brut jusque dans la direction artistique qui utilise un ensemble de couleurs analogues partant du jaune pour se diriger vers l'orange et se terminer sur le rouge.
Les personnages se dotent de figures démoniaques notamment lorsque les sentiments les plus primitifs sont en ébullition : les yeux s'écarquillent, les mâchoires sont déformés, même nos deux protagonistes qui sont plutôt sympathiques et attachants ont droit eux aussi à ce genre de faciès qui dérange.
L'utilisation des marionnettes (ningyo joruri dans le théâtre japonais) qui est le cœur de l'intrigue n'est pas là par hasard et n'est pas un simple gadget (plutôt cool dans son dispositif) cette idée de départ ne fait qu'un avec la direction artistique et le sens de la mise en scène du réalisateur.
Cet OAV est très violent et certains thèmes notamment en ce qui concerne des enfants sont douloureux et pourtant les scènes les plus mémorables sont suggérées et le réal laisse le soin à sa mise en scène de transmettre les émotions les plus intenses : gros plan sur un oeil apeuré, clair obscur tétanisant, visage qui se déforme sous la peur, pleures désespérés sur un écran noir qui se déchire pour laisser apparaître une trainée rouge sanguinolente... Non rien à dire sur la forme qui est au diapason de son idée de départ.
Les affrontements peu nombreux sont plutôt bien mis en scène dans la ligne des petites productions fauchées mais pleines d'idées de ces années là : pas de grands mouvements "sakuga" mais un découpage incisif en plan rapproché pour mettre en valeur un mouvement des mains (à ce titre c'est plutôt sexy de voir le personnage trifouillé ses fils avec à l'aide de ses mains et ses pieds), un découpage net et un plan large qui met en valeur le "finish move", dernier plan en apesanteur qui immortalise la boucherie, tout est en suspension, la caméra se met en harmonie avec le dernier geste et est une continuité du dernier coup dans son mouvement... etc On est loin du bâclage qu'était X 1999 à ce niveau là, c'est bref mais ça ne déçoit pas.
Rien à dire, malgré ce laps de temps très court l'histoire est loin d'être inintéressante et tous les outils techniques sont en phase avec cette histoire de vengeance où il est question de Ninjas, de marionnettes et d'illusion; cerise sur le gâteau les combats sont loin d'être stupides en plus.
Un OAV qui ferait limite office d'épisode pilote pour une petite série de 12 épisodes, je n'aurais pas dit non.