Rabbits
7.1
Rabbits

Websérie (2002)

Rabbits est de l’ordre de la même idée que The Grandmother (cf. critique) mais ici Lynch arrive à un point de rupture où l’expérimentation est totale. Les sensations et émotions ressenties ne passent alors plus du tout par l’histoire, mais sont uniquement engendrer par le travail sur la forme.
Rabbits est donc conçu comme une mini série de 50 minutes dans laquelle Lynch filme 3 lapins humanoïdes dans une parodie de sitcom. Le dispositif est très fermé au départ : un cadre fixe donnant sur un living room. Mais très vite on s’aperçoit que ce monde là n’est pas refermé sur lui-même. Cette cellule familiale, ce cocon, ce refuge, n’est en rien « posé » au milieu du cadre, il n’est que la partie visible de tout un monde qui a lieu en hors champ et qui pénètre parfois à l’intérieur de ce cadre : au niveau de la parole (aussi absurde et déstructurée soit-elle), du son (le bruit de la pluit, de trains,…) ou en terme spatial : une porte qui s’ouvre sur la gauche, un hors champ en arrière plan, des bulles cauchemardesques qui s’ouvrent dans le coin gauche (encore que ces inserts sont encore très différents du reste),…
Petit à petit, Lynch parvient à rendre presque rassurant cette pièce et à donner un caractère extrêmement angoissant à l’invisible, à ce qui se passe à l’extérieur. La pièce c’est le canapé où l’on peut se blottir l’un contre l’autre face à la menace extérieur. C’est la famille contre tous.
Pourtant au départ c’est bien ce cadre visible qui inquiète. Avec ces 3 lapins géants, leurs déplacements, leurs rigidité, leurs paroles insensées. Et puis des rires d’accompagnement et des applaudissements étrangement répartis, des ombres projetées sur les murs, des lumières inquiétantes, des murs aux couleurs pastels,…
Avec ce ‘film’ Lynch questionne toujours le rapport à la famille, stimule et provoque le regard en mettant en opposition le quotidien et l’inconnu. Qu’est-ce qui fait le plus peur, qu’est-ce qui intrigue le plus, où se situe le vrai mystère. Il le fait en bousculant les codes de la sitcom, il l’égratigne, la triture à sa manière pour mieux en jouer et faire ressortir un ressenti personnel.
C’est une œuvre géniale, captivante, folle, drôle et terrifiante, une plongée sans fond dans l’univers du cinéaste.
Teklow13
8
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le 3 avr. 2013

Critique lue 631 fois

Teklow13

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4

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