Quand arrive Rafa, apparaît très vite une émotion qui l'envahit. Celle d'un homme qui se rappelle cette sensation de liberté, sur tous les grands courts de la planète, pleine de victoires, au rythme de son coup droit dévastateur.
Lui, l'enfant de Majorque, sous le regard exigeant de son oncle Toni, son entraîneur, sa famille. Ensemble, ils suivront le chemin des compétitions, portés par des entraînements à la discipline de fer. Une école du dépassement, où le jeu devient lutte, accompagnée aussi d'une tendresse presque magique, lorsqu'il savait transformer le ciel et la pluie en force secrète, qui rendait ce jeune garçon plus grand que ses doutes.
Toni voulait dessiner un destin à son petit neveu, avec des mots d'enfant, ceux qui font rêver les grands, pour un jour espérer voir éclore le champion de demain.
Ainsi, Rafa grandit, son talent aussi, avec à présent une dégaine aux allures militaires, short de pirate, silhouette insoumise. Une détermination dans le regard, pour qui chaque match deviendra un combat, où il vendra chèrement sa peau jusqu'au dernier point.
Victoire, défaite, furent très tôt dans sa vie de sportif un défi lancé à ses limites. Une leçon de courage, pour apprendre à avancer, l'art d'endurer, transformer la douleur en énergie. Un dur au mal, qui refuse de céder face à un corps qui ne lui fera jamais de cadeaux, qu'il s'efforcera de maîtriser.
Avec les années, Rafael Nadal deviendra ce joueur d'exception, premier Espagnol à avoir gagné les quatre grands tournois du Grand Chelem, sans oublier ses nombreuses victoires dans cet endroit qu'il affectionnait tant, comme un lieu qu'on aime retrouver à chaque printemps, son jardin secret. Une terre où les balles sentaient bon le parfum de la victoire.
Il y eut bien sûr Rafa et son histoire, mais aussi d'autres géants du tennis qui se dressaient sur sa route : l'élégance de Federer, Djokovic et son insatiable envie de faire partie des grands, Murray et son courage discret, sans oublier un nommé Alcaraz, nouveau vent d'Espagne, qui apparut à l'horizon, pour d'autres promesses de victoire.
Naturellement, avant chaque match, chacun se saluait avec respect, mais dès les premiers coups de raquette, c'étaient des guerriers sur un champ de bataille, défendant leur royaume avec l'énergie des plus grands conquérants, cherchant à inscrire leur nom sur le trophée des vainqueurs.
Mais au bout de chaque voyage, au-delà des continents, l'attendait Majorque, sa femme, son fils et toute sa famille, qui lui rappelaient que derrière le champion vivait un homme qui avait besoin de l'amour des siens, de leurs conseils pour rester lui-même. Revenir à l'essentiel, quand apparaissaient le silence des blessures, le flou des soirs où le corps ne répondait plus, attendre avec inquiétude le verdict des médecins.
La fatigue, puis vint le brouillard, mais toujours cette envie de renaître encore un peu, afin de pouvoir frapper la balle une dernière fois. Pourtant si dur de continuer, et tellement dur d'arrêter.
Le choix aussi de se réinventer, en s'entourant de Carlos Moyà. Une nouvelle page de lui-même, pour à nouveau redevenir le meilleur. Exister autrement, sans jamais trahir son oncle Toni, cette force qui a su créer l'homme et le joueur de légende.
Tout était trop beau, mais aussi très fragile, à sans cesse vouloir repousser les limites du temps.
Cette fois, c'est fini. À 38 ans, il dit stop, finito. Il décide de se raconter sur Netflix, toujours dans la douleur d'un grand athlète.
Un champion au corps usé, mais dans les yeux cette façon encore d'être habité par ce même feu du vainqueur. Un mental d'acier prêt à repartir pour cette dernière marche, la plus dure. Une sortie empreinte de dignité et de courage.
Rafa est un beau documentaire, qui va bien au-delà du tennis. L'histoire d'un homme et de son sport, faite de doutes, de blessures et de sa lumière, où chaque image raconte moins des victoires que le prix immense qu'elles ont demandé.