Reborn Rich
7.6
Reborn Rich

Drama JTBC (2022)

L'ombre du patriarche ou Le destin ne meurt jamais

Captivant sans toujours convaincre

On admire davantage le potentiel de Reborn Rich que sa réalisation. Avec son concept de départ particulièrement séduisant, mêlant vengeance, succession familiale, réincarnation et histoire économique de la Corée du Sud, le drama semblait réuni pour offrir une grande fresque sur le pouvoir et les chaebols. Pourtant, au fil des épisodes, un sentiment contradictoire s'installe, celui d'une série extrêmement efficace pour retenir l'attention, mais souvent moins profonde qu'elle ne le laisse espérer.

L'intrigue suit Yoon Hyun-woo, fidèle exécutant d'un puissant conglomérat, trahi puis assassiné avant de se réveiller dans le corps de Jin Do-jun, le plus jeune petit-fils de la famille qui dirige l'empire. Dès lors, une question devient le moteur de la série, jusqu'où ira-t-il pour prendre le contrôle du groupe et modifier le destin qu'il connaît déjà.

C'est cette quête qui maintient l'intérêt durant toute la série. On sait très vite ce que veut Do-jun, s'emparer du conglomérat. Mais on ignore comment il compte s'y prendre. Chaque épisode devient alors une nouvelle manœuvre sur l'échiquier familial. Les alliances se font et se défont, les rivalités éclatent et chacun tente de prendre l'avantage dans une guerre de succession permanente.

Le scénario trouve également sa force dans l'utilisation d'événements réels de l'histoire économique coréenne. La crise financière asiatique de 1997, l'intervention du FMI, les restructurations industrielles ou encore l'évolution des grands groupes servent de toile de fond à l'ascension de Do-jun. Cette dimension historique apporte une véritable richesse au récit et rappelle à quel point cette période continue de marquer l'imaginaire collectif coréen.

Malheureusement, là où la série promet une plongée dans les mécanismes du pouvoir économique, elle se contente souvent de les survoler. Les montages financiers, les stratégies d'acquisition, les prises de participation ou les rapports de force économiques sont fréquemment simplifiés à l'extrême. Reborn Rich utilise la finance comme un moteur narratif plus que comme un véritable sujet. Les résultats comptent davantage que les mécanismes qui y conduisent.

Ce manque de profondeur devient parfois frustrant tant la matière était passionnante. La série évoque des thèmes complexes sans toujours prendre le temps de les explorer réellement. Derrière son apparente sophistication économique se cache souvent une écriture qui privilégie l'efficacité dramatique à la crédibilité.

Pourtant, malgré ces limites, difficile de décrocher complètement. Car Reborn Rich possède une arme redoutable, son casting.

Rarement un drama aura réuni autant de comédiens capables de porter à eux seuls une série entière. Les seconds rôles affichent un niveau tel que beaucoup pourraient être les têtes d'affiche d'autres productions. Chaque membre de la famille possède sa personnalité, ses ambitions et sa manière d'exister à l'écran. Même les personnages secondaires marquent durablement le récit.

Au sommet de cet ensemble impressionnant trône Lee Sung-min. Son interprétation du patriarche constitue sans doute la plus grande réussite de la série. Habitué à des rôles très différents, il compose ici un personnage monumental. Autoritaire, calculateur, visionnaire, parfois terrifiant, parfois profondément humain, il domine chaque scène dans laquelle il apparaît.

Il ne joue pas simplement un chef de famille, il incarne toute une génération de bâtisseurs de chaebols. Certaines de ses attitudes, certains silences, certaines mimiques rappellent même les grandes figures du patriarche mafieux à la manière du Parrain, joué par Marlon Brando. Sans jamais tomber dans l'imitation, il dégage cette même impression de puissance tranquille et de contrôle absolu. Au point que le véritable personnage principal de la série semble parfois être lui.

À l'inverse, Song Joong-ki laisse une impression plus contrastée. Son interprétation manque parfois de retenue et certaines scènes donnent une impression de surjeu. Face à la maîtrise de Lee Sung-min, le contraste est d'autant plus visible. Il reste efficace dans les moments stratégiques du récit, mais ne parvient pas toujours à imposer la même présence que son partenaire.

La série connaît également un rythme irrégulier. Après un début prometteur, plusieurs épisodes donnent l'impression de tourner en rond avant qu'un regain d'intérêt n'apparaisse vers le milieu de saison. C'est à ce moment que les manœuvres de Do-jun deviennent plus captivantes et que l'envie de connaître la suite reprend véritablement.

En revanche, dès que la série s'aventure du côté de la romance ou de certaines scènes émotionnelles, elle tombe parfois dans des facilités assez grossières. Plusieurs séquences paraissent artificielles, construites pour provoquer une émotion immédiate plutôt que pour développer naturellement les personnages. Certaines coïncidences de la fin, notamment autour de Min-young, relèvent davantage du conte romantique que de la logique narrative.

Le dernier épisode illustre parfaitement les qualités et les défauts de Reborn Rich. Les révélations sur l'assassinat de Jin Do-jun et le rôle involontaire de Yoon Hyun-woo apportent une dimension tragique intéressante. L'idée que les deux hommes soient finalement les victimes successives d'un même système de pouvoir est sans doute l'un des aspects les plus réussis du dénouement.

Mais la résolution repose aussi sur plusieurs raccourcis scénaristiques. Entre l'enregistrement providentiel qui révèle la vérité, certaines explications métaphysiques assez floues sur le lien entre les deux identités et une conclusion financière peu convaincante autour de Miracle Investment, le scénario donne parfois l'impression de chercher des solutions simples à des mystères qu'il avait lui-même rendus complexes.

La série se termine alors comme elle a avancé pendant seize épisodes : avec une grande efficacité narrative mais une crédibilité parfois fragile.

Au final, Reborn Rich est une série paradoxale. Son concept est brillant, son casting exceptionnel et certaines de ses idées particulièrement stimulantes. Pourtant, elle reste souvent à la surface des sujets qu'elle aborde et privilégie régulièrement l'effet dramatique à la cohérence.

On ne la retiendra probablement pas comme une grande réflexion sur la finance ou le capitalisme coréen. En revanche, on se souviendra longtemps de cette guerre de succession familiale, de cette quête de revanche menée à travers le temps et surtout de l'immense performance de Lee Sung-min, véritable colonne vertébrale d'une série qui, malgré ses défauts, parvient presque toujours à donner envie de voir le coup suivant.

Drakosc
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le 15 juin 2026

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