L'absurde était magnifique... au début
Il y avait pourtant tout pour aimer The Wonderfulls. Dès les premières minutes, la série affiche une personnalité rare. On retrouve Park Eun-bin dans un rôle qui la rend presque méconnaissable, marquée physiquement par la maladie, loin de l'image que l'on a l'habitude de voir d'elle. Une entrée en matière intrigante qui donne immédiatement envie de découvrir où cette histoire va nous emmener.
Moi qui suis pourtant rarement sensible aux comédies dans les dramas, j'ai été immédiatement embarqué. La raison principale tient à son casting exceptionnel. Chaque personnage semble sortir d'une bande dessinée vivante. Tous sont dans l'excès, mais un excès parfaitement assumé. Le comique naît de leurs réactions disproportionnées, de leurs personnalités extravagantes et de leurs défauts. Pourtant, jamais ces personnages ne deviennent de simples caricatures grâce à un travail d'interprétation remarquable.
Difficile d'imaginer quelqu'un d'autre que Park Eun-bin pour porter un personnage aussi atypique. À ses côtés, Cha Eun-woo surprend agréablement par la qualité de son interprétation. On savait déjà que Kim Hae-sook était capable de tout jouer, tandis que Choi Dae-hoon et Im Sung-jae complètent avec brio ce quatuor qui porte littéralement la série sur ses épaules.
L'un des aspects les plus originaux de la série est sa manière de traiter l'extravagance. Les dramas coréens savent souvent filmer la richesse de façon spectaculaire. Ici, c'est la pauvreté qui devient extravagante. Les personnages vivent dans des conditions modestes, parfois chaotiques, mais débordent d'énergie, de folie et de personnalité. Leur quotidien devient un véritable spectacle humain.
Derrière son apparente folie burlesque, la série dégage aussi quelque chose d'étonnamment proche du cinéma français absurde et social des années 90. On pense parfois à Delicatessen ou à Bernie. Personnages marginaux, visages atypiques, jeu volontairement théâtral, couleurs rétro, humour absurde cachant souvent une mélancolie sociale : tout cela donne au drama une atmosphère étonnamment singulière. La caméra observe ses personnages avec tendresse malgré leur pauvreté, leurs maladresses ou leur folie douce, transformant leur quotidien en univers presque poétique.
Le générique lui-même annonce immédiatement cette ambition. Dès les premières secondes, il nous invite dans un monde complètement déjanté où l'excès n'est pas un défaut mais une identité artistique.
L'autre grande réussite concerne l'utilisation des super-pouvoirs. Ceux qui voient dans The Wonderfulls une simple histoire de héros dotés de capacités extraordinaires passent à côté de son intérêt principal. Les pouvoirs ne sont qu'un contexte. Ce qui compte réellement, c'est la manière dont ils sont mis en scène. Là où la plupart des productions recherchent le spectaculaire, la série choisit souvent l'absurde, la poésie ou l'humour.
L'exemple le plus parlant reste cette scène où le personnage de Cha Eun-woo projette involontairement celui de Park Eun-bin à une distance impossible. Dans une œuvre classique, la scène aurait insisté sur la violence du choc. Ici, elle profite simplement du vol, sourit et savoure cette expérience surnaturelle qu'aucun humain ne peut connaître. Une idée simple mais révélatrice de l'intelligence des premiers épisodes.
Même les pouvoirs eux-mêmes sont détournés avec humour. L'un des personnages hérite d'une capacité qui consiste simplement à tout rendre collant. Un pouvoir plus embarrassant qu'utile, qui résume parfaitement l'esprit de la série : ramener le fantastique à quelque chose de profondément humain et souvent ridicule.
Visuellement, la série demeure souvent inventive. Les effets spéciaux sont bien réalisés et utilisés avec imagination. Certaines scènes de combat deviennent même de véritables expériences visuelles. Une bataille de la fin donne par exemple l'impression d'être installé dans une attraction de parc d'attractions, avec une mise en scène dynamique et originale qui sort des conventions habituelles du genre.
Malheureusement, toute cette créativité finit par s'essouffler. À partir du cinquième épisode, le scénario commence à ralentir fortement. Les explications prennent le pas sur le mystère, les situations deviennent moins surprenantes et l'intrigue peine à retrouver l'énergie de ses débuts. Peu à peu, l'intérêt repose davantage sur les acteurs que sur l'histoire elle-même.
Les derniers épisodes aggravent encore ce problème. Le récit semble perdre sa direction, multipliant les choix discutables et les facilités scénaristiques. L'avant-dernier épisode puis le final donnent parfois l'impression d'une production de série Z, comme si la série ne savait plus comment conclure les nombreuses idées qu'elle avait pourtant si bien lancées. L'écart avec la qualité et l'originalité des quatre premiers épisodes est particulièrement frustrant.
Au final, The Wonderfulls restera pour moi une immense occasion manquée. Une série qui démarre comme l'une des propositions les plus originales, drôles et rafraîchissantes du drama coréen récent, portée par une galerie de personnages mémorables et un casting remarquable, mais qui finit par se perdre dans son propre récit.
Je n'en retiendrai finalement que les quatre premiers épisodes, brillants, inventifs et pleins de promesses. Le reste n'aura malheureusement jamais réussi à retrouver cette étincelle initiale qui laissait espérer une œuvre bien plus marquante qu'elle ne l'est devenue.