Grancrest Senki, le grand retour de la fantaisie classique.

Grancrest Senki est l’adaptation animé d’un light novel. Nous y suivons les aventures de Theo un chevalier errant voulant gagner en pouvoir et en richesse pour un jour libérer sa terre natal du tyran qui y règne, et de Siluca une magicienne talentueuse mais désabusée qui décide de le soutenir dans sa quête.
C’est une histoire de fantaisie extrêmement classique qui suit d’assez près le cheminement du héros aux mille visages, MAIS qui le fait bien ! Et avec quelques touches d’originalité dans son cheminement et dans un univers de fantaisie riche qui sait se présenter, se détailler en douceur sans avoir à utiliser les clichés tirés des jeux vidéo. Car n’est pas un isekai ni même un univers pensé comme un jeu vidéo ET PUTAIN CA FAIT DU BIEN !


Grancrest fait les choses en grand comme à l’époque de La guerre de Lodoss et autres grandes œuvres du même type. Il dispose d’un univers vaste, cohérent (ça c’est assez rare pour être noté), d’une large galerie de personnages, de son système de magie à lui etc…
La magie est, comme il se doit dans une historie de haute fantaisie, au cœur de l’intrigue. Outre les magiciens, certains hommes peuvent acquérir des « crests » sorte d’aura de pouvoir qui s’acquière en tuant de puissants démons ou en étant reconnu comme chef par un grand nombre d’hommes. Les porteurs de crests peuvent ensuite renforcer celui-ci en tuant ou en soumettant d’autres possesseurs de crests. Le crest confère essentiellement des aptitudes physiques surhumaines et divers pouvoir pour motiver ou renforcer ses serviteurs.
Le monde de Grancrest est donc déchiré par des guerres incessantes entre seigneurs féodaux cherchant à multiplier conquêtes et vassaux jusqu’à régner sur le monde, ce qui en théorie devrait ramener la paix et chasser les démons. Sauf que ce n’est pas gagné.


Théo et Siluca connaitront un long cheminement en trois actes et demi, qui justifiera le fait qu’ils veuillent puis réussissent à sauver le monde. Car c’est là la force majeure de Grancrest Senki malgré les défauts que l’on bordera, c’est sa cohérence de bout en bout, rien n’est gratuit, rien ne sort de nulle part et tout se justifie. Et mine de rien ce n’est pas si fréquent dans une histoire. La symbolique aussi est forte pour appuyer la puissance du récit.


Première partie le héros naïf face au monde.
Dans la première de l’histoire, Theo prend rapidement du galon. Il acquière son crest en affrontant un démon, impressionne Siluca qui décide d’être sa magicienne et conseillère car elle le trouve un peu naïf, puis conquière un petit domaine. Il renforce ensuite son pouvoir en se trouvant de puissants compagnons et en soumettant de petits seigneurs voisins qui lient leurs crests au sien.
Tout semble facile pour eux et la chute n’en sera que plus dure. Un seigneur beaucoup plus fort vient écraser l’armée de Theo et dévaster son domaine, car celui-ci refuse de prêter allégeance à l’une des grandes puissances. Theo découvre que faire cavalier seul dans le monde impitoyable de la géopolitique était une folie, et Siluca comprend qu’elle n’était guère moins naïve que lui.
Des gens sont morts par leurs fautes et ils devront aller au-delà de cet échec et du sentiment de culpabilité.


Seconde partie, l’apprentissage de la vie.
Pour sauver leurs vies Theo et ses compagnons jurent fidélité au seigneur Villar, un homme intelligent et bon qui deviendra le mentor et le modèle de Theo. Celui-ci avait en effet brulé les étapes de la formation du héros d’où son échec. Au côté de Villar il découvre une nouvelle facette de la vie, lui qui avait toujours était son propre maître, même lorsqu’il était chevalier errant, est désormais un vassal parmi d’autres sur un immense échiquier politique.
Déchargé d’une part de ses responsabilités il peut désormais penser à lui-même et déclarer ses sentiments à Siluca. Pas d’interminable ambigüité dans Grancrest, pas d’amour chaste, les héros s’aiment et se l’avouent dès qu’ils ont réalisé leurs sentiments avant de conclure sous un arbre.
Theo est désormais heureux et satisfait de sa vie, même s’il n’est plus qu’un pion.
Pour le forcer à évoluer le mentor doit donc mourir et il mourra au combat, en transmettant la charge de meneur à un Theo à nouveau brisé et sans foyer.


L’interlude du retour à la terre natale, le héros accompli.
L’interlude est à la fois la conclusion de l’acte 2 et une répétition de l’acte 3. Désespéré, incapable d’accomplir la volonté de son mentor qui lui semble impossible à réaliser, Theo en revient aux bases de sa quête personnel qui n’était pas aussi ambitieuse que le sauvetage du monde. Il rentre chez lui pour soulever son peuple contre le tyran local. Bien que le rapport de force ne soit pas en sa faveur il triomphe car lui et ses compagnons sont devenus bien plus fort et plus rusés grâce aux épreuves, plus impitoyable aussi en perdant leur naïvetés originelle. La tentation de la vengeance et de la violence sera sa dernière épreuve, il en triomphera aussi et deviendra enfin un héros accompli.


Troisième partie, de héros à sauveur, l’incarnation du changement.
Théo a maintenant libéré sa terre natale du tyran, il a trouvé l’amour, des compagnons fidèles et perdu son mentor. Il a achevé sa quête personnelle et pourrait couler des jours heureux en laissant le reste du monde dans sa folie sans regret car il est un héros accompli.
Mais il fait le choix de reprendre la quête de son mentor, il veut désormais sauver le monde ! Et pour cela il ne lui suffit pas juste de gagner la guerre, il lui faut identifier les racines du mal.
Car Theo et Siluca ont bien comprit qu’au-delà des guerres entre seigneurs, des forces de l’ombre agissent en permanence pour faire perdurer éternellement les conflits et empêcher tout semblant d’unité.
Même plongé en plein chaos le monde fonctionne toujours selon un ordre en réalité bien établi et Theo devient ici l’incarnation du changement en voulant instaurer un ordre nouveau. Ses vraies ennemis seront donc les garants de l’ordre ancien et de la stagnation : l’église, la guilde des magiciens et un seigneur devenu un vampire dans sa quête d’immortalité. Ils seront d’ailleurs vaincus dans cet ordre, selon leur importance symbolique.
Si les dirigeants de l’église craignent de perdre en pouvoir dans un monde plus calme et moins dépendant d’eux, ce n’est pas le cas de la masse des croyants qui aspirent à la paix et à trouver un sauveur. L’église n’est donc pas un adversaire très dangereux, contrairement à la guilde des magiciens qui disposent d’immenses pouvoirs aussi bien magiques que temporels en plaçant ses membres auprès de chaque seigneur pour les conseillers, mais surtout les espionner et les contrôler.
Mais la guilde elle-même est divisée, affaibli par son culte du secret et du complot qui fait que nombre de ces membres ne sont même pas au courant des plans alambiqués des grands maîtres et se retourneront contre eux.
L’ennemi final sera donc logiquement le seigneur vampire, entité unique, millénaires et surpuissante, pourtant toujours terrifié par la mort qu’il fui. En temps que vampire il est l’ultime symbole du refus du changement, de la stagnation, de la peur de l’inconnu. En le terrassant Theo met fin à l’ère de la magie et de la superstition et enclenche un nouveau cycle.


Grancrest Senki brille par sa narration maitrisé et sa cohérence encore une fois. Il n’y pas de power up, pas de victoire inexpliqué, pas d’absurdité dans le comportement des personnages.
Pourtant quelque défaut entache un peu le tout. Déjà l’histoire traine un peu du cul par moment, notamment au début de l’acte 3, alors même que la fin de celui-ci semble rushée, notamment des éléments scénaristes autour de la guilde des magiciens amenés au cours des l’histoire ne sont pas exploités. Ensuite la pléthore de personnage secondaire fait que certains ne sont pas très développés, ou le sont mais sans apporter de conclusion ou d’explication à leur arc scénaristique. Enfin l’animation, excellente au début, se dégrade progressivement pour finir par être immonde dans certains épisodes de l’acte 3. Même les dessins partent en sucette dans les pires épisodes du même acte. Par endroit il manque même des plans entier ou des transitions d’un environnement à un autre. On voit bien que la fin de la série a été totalement bâclée à tous les niveaux. Cela gâche la fin du visionnage et fait rater la place de grande œuvre à Grancrest Senki qui reste néanmoins une valeur sûre de la fantaisie.

ShedaoShai
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Le 5 février 2022

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ShedaoShai
8

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