On pense à Un Jour Sans Fin mais Reset choisit une autre voie. Ici, l’humour cède la place à la tension, à la logique, au cœur.
Là où tant de récits sacrifient la cohérence de la boucle à un tour de passe-passe, Reset construit patiemment sa sortie sur des indices concrets. La vérité n’arrive pas d’un coup : elle se déduit, elle se gagne.
Une étudiante, Li Shi Qing, revit sans cesse l’explosion du bus qu’elle emprunte. A chaque redémarrage, elle retourne dans le temps… et entraîne Xiao He Yun, concepteur de jeux vidéo, dans ce cycle étouffant. Ensemble, ils doivent comprendre, observer, apprendre, recommencer. Toujours recommencer.
L’enjeu n’est pas seulement d’empêcher l’accident. Il est surtout de sauver les passagers. Et pour cela, il faut regarder le monde autrement.
La mécanique est impeccable.
Comme la bille du flipper du très beau générique, les héros rebondissent, échouent, reculent, progressent. Reset n’est pas qu’un suspense : c’est un parcours d’empathie.
On ressent leur lassitude, leur peur, leur fatigue d’exister dans l’attente du désastre.
Et leur relation évolue avec délicatesse : de la méfiance à la complicité, du réflexe à l’élan.
Le duo principal est magnifique.
Bai Jingting donne à He Yun une humanité bourrue, rationnelle, qui fissure peu à peu.
Zhao Jinmai incarne une Li Shi Qing à la fois vulnérable et déterminée, jamais forcée.
Ils apprennent ensemble à ne pas fuir, mais à faire face.
Autour d’eux, chaque passager existe, même sans savoir. La série n’enferme pas ses seconds rôles dans des postures : elle regarde l’humain, dans ses maladresses, ses colères, ses peurs. La Police est attentive, hésitante, humaine.
Reset n’est pas seulement une énigme. C’est aussi un miroir social : responsabilité, cyberharcèlement, humiliation, solitude, douleur transmise. Tant qu’on ne fait pas face, l’histoire se répète. Il ne s’agit pas seulement d’empêcher une explosion, mais de rompre une chaîne de souffrance.
Le rythme est parfait : quinze épisodes, trois arcs, jamais de longueur. Parfois la boucle entière, parfois un fragment, parfois une échappée pour respirer.
La réalisation est belle, précise, avec des cadrages soignés.
L’opening est somptueux, et la chanson de Zhou Shen en fin d’épisode est une caresse mélancolique.
Oui, quelques personnages sont un peu esquissés. Certains pointeront des réactions un peu trop dociles, des passagers qui se répètent, une police étonnamment patiente, une compagnie de bus étrangement amnésique. Ces incohérences sont des concessions de mise en scène : elles fluidifient le récit sans jamais trahir la cohérence de la boucle ni la tension émotionnelle. Et puis n’oublions pas que la censure veille, discrète mais bien réelle. Mais l’essentiel demeure : l’intelligence, la tension et l’émotion.
Reset est une pépite trop discrète.
Une boucle temporelle parmi les plus justes de ces dernières années.
Une œuvre qui ne tourne pas en rond :
elle tourne vrai.
Certaines histoires recommencent pour fuir.
Reset recommence pour sauver. Essayez.