Il y a des séries qu’on regarde puis qu’on oublie, et d’autres qui t’obligent à regarder en face ce qui se passe au pied de ton immeuble. Salvador appartient clairement à la deuxième catégorie. Elle se déroule dans un Madrid reconnaissable, où les groupuscules néonazis ne sont pas des méchants de BD, mais le résultat laid d’un mélange de précarité, de haine pilotée d’en haut et d’une énorme impunité. Par moments, ça fait plus mal par ce que ça rappelle que par ce que ça montre.


La série fonctionne le mieux quand elle oublie le sermon pour se concentrer sur l’anatomie de la radicalisation : des jeunes sans horizon, des familles brisées, des leaders qui vendent l’appartenance en échange d’une obéissance aveugle. En vérité, Salvador est assez lucide là-dessus : elle ne blanchit pas les nazis, mais ne les présente pas non plus comme des monstres venus d’une autre planète. Ce sont des humains, et c’est justement pour ça qu’ils font encore plus peur. Le scénario comprend très bien comment la haine se vend comme solution rapide à des vies qui déraillent pour d’autres raisons.


Luis Tosar construit un protagoniste brisé mais crédible, qui traîne autant de culpabilité que de colère, et Claudia Salas crève l’écran à chaque apparition, incarnant cette génération capturée par des discours qui promettent la force tout en forgeant de nouvelles chaînes. Le reste de la distribution est plus irrégulier, mais dans l’ensemble elle soutient une intrigue qui gagne en épaisseur épisode après épisode, surtout lorsque juges, chefs d’entreprise et politiques entrent en jeu et qu’on voit qui tire vraiment les ficelles.


Sur le plan visuel, Daniel Calparsoro mise sur ses marques de fabrique : caméra à l’épaule, poursuites, sirènes et tension physique. Parfois il en fait trop et certaines situations flirtent avec l’invraisemblable, mais ce style colle bien à l’idée d’une ville au bord de l’explosion. Ce n’est pas une série subtile, et certains moments sentent un peu trop le coup d’éclat, mais la tension est là et elle fonctionne.


Là où la série est la plus dérangeante —et la plus nécessaire—, c’est dans son portrait de l’écosystème qui nourrit ces groupes : médias qui amplifient les intox, élites qui financent le chaos tout en se présentant comme l’« ordre », institutions qui détournent le regard jusqu’à ce qu’il soit trop tard. C’est précisément là que beaucoup de notes à une étoile cessent d’être de la critique pour devenir un réflexe d’auto-défense : on n’attaque pas le scénario, on attaque le fait d’être mis en cause.


Salvador est loin d’être parfaite, mais elle est honnête dans ce qu’elle veut dénoncer. Elle n’équilibre pas toujours bien l’action et la réflexion, et certains dialogues arrivent à coups de masse, mais comme radiographie de la haine organisée dans l’Espagne d’aujourd’hui, elle est bien plus sérieuse que ce que ses détracteurs veulent admettre. Une fiction qui dérange justement parce qu’elle vise trop près de la maison.

decatur555
8
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le 2 mars 2026

Critique lue 143 fois

Salvador

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Ukiyo

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