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Sex Education
7
Sex Education

Série Netflix (2019)

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J’avais gardé un excellent souvenir des deux ou trois saisons que j’avais vues à leur sortie. Et il y a, outre le plaisir de regarder cette excellente série, des enseignements à en tirer, quelques années après.

Saison 1

Sex Education, c’est d’abord l’histoire d’Otis (Asa Butterfield), 16 ans, ado coincé sexuellement – à tel point qu’il ne peut même pas se masturber –, qui fait équipe avec la sulfureuse Maeve (Emma Mackey) pour monter une sex clinic, un service de psycho-sexothérapie au sein de leur lycée, pour aider leurs camarades avec leurs nombreux problèmes sexuels ou sentimentaux. Car Otis est le fils de Jean Milburn (Gillian Anderson), sexologue, mère divorcée très libre qui a inculqué à son fils ses obsessions et pratiques professionnelles (un genre de Montessori hard). Le postulat de base de la série est donc bien trouvé et donne lieu à de belles scènes de thérapie : en split screen dans les cabines de toilettes abandonnées, dos-à-dos dans une baignoire, en flottant dans une piscine… Le propos sur l’analyse, psychologique ou sexologique, est extrêmement drôle et assez fin : l’immense Gillian Anderson se régale dans ce rôle de sexologue à la fois trop et pas assez à l’écoute de son fils, avec ses méthodes d’éducation douce et son intense vie sexuelle.

Il y a, en parallèle, tout un tas d’autres intrigues fondées sur les personnages. C’est avant tout cela, Sex Education, un récit d’apprentissages, choral, avec une myriade de personnages adolescents crédibles. Une teen fiction, donc, mais très « mature », ou moderne, dans son traitement, que ce soit dans le propos sur le sexe ou simplement le devenir-adulte. Il y a donc Otis et Maeve, mais aussi Eric, le meilleur ami gay d’Otis qui doit négocier sa place dans un monde hostile ; son bully, Adam, fils benêt du proviseur, qui est en fait bi (plot twist assez faible, et injuste pour Eric) ; Jackson, le golden boy sous pression ; Lily, la weirdo ; Aimee, la gentille blonde ; le trio de mean girls… Autant de clichés que Laurie Nunn rebat allègrement au fil de la série.

Le ton pop joyeux et léger de british teen comedy est parfois complètement bousculé, et ce dès l’excellent épisode 1.3 sur l’avortement de Maeve, traité sans gravité pathétique ou dramatique, mais à la bonne distance, avec des scènes déchirantes à la clinique adoucies par un petit charme ironique et la bienveillance des personnages, et de la showrunneuse. Dans le 1.5, Nunn s’attaque assez finement au sujet du harcèlement entre ados et du revenge porn. La grande qualité de l’écriture permet aux jeunes acteur‧ices de briller aux côtés de Gillian Anderson et se faire un nom, pour beaucoup : outre Emma Mackey, on peut citer Ncuti Gatwa et Aimee Lou Wood.

Saison 2

L’intrigue patine un peu car le moteur narratif est entièrement confié aux personnages, abandonnant, ou presque, la sex clinic qui faisait le sel et le ciment de la saison 1 car Jean est officiellement recrutée par le lycée pour reprendre le rôle de son fils. Maeve et Otis n’arrivent pas à se parler et s’aimer à cause de quiproquos, Jean et Jakob ont des problèmes de cohabitation, Maureen s’émancipe… Certains personnages sont lancés, avec un succès divers : le père d’Otis, Remi, n’est pas très intéressant car authentiquement antipathique, Ola, sœur adoptive, est un peu faible, mais la mean girl Ruby brille grâce à l’interprétation de Mimi Keene. L’arc de Jackson est intéressant, dans son émancipation vis-à-vis de la pression de ses mères, mais aussi dans son amitié avec Vivienne : deux personnages hétérosexuels peuvent être ami‧es sans aucune ambiguïté. Aimee, agressée sexuellement, donne les plus belles scènes de la saison, centrée sur l’amitié et la sororité : l’épisode au commissariat avec Maeve, le 2.7 en colle avec les autres filles. On peut regretter, peut-être, que le scénario s’acharne autant sur Maeve (sa mère, absente et junkie, revient vers elle avec une nouvelle fille, après que son frère, lui aussi junkie et absent, soit apparu dans la saison 1), genre de working class hero ; et en même temps, cette série de problèmes causés par l’addiction de la mère paraît tout à fait crédible.

Le final (2.8), centré sur une interprétation SF/sexy de Roméo et Juliette par Lily, montre bien l’importance de Shakespeare dans l’inconscient culturel britannique. On retrouvera plus tard, dans Off Campus par exemple, cette volonté carnavalesque dans le super épisode du drunk Shakespeare, ainsi que d’autres éléments de Sex Education : un discours sur et une mise en scène inclusive des sexualités, y compris une scène de masturbation commune, et surtout un vrai female gaze sur le sexe et les corps féminins (les scènes de sexe ne sont jamais gratuites ou pornographiques).

Saison 3

Laurie Nunn arrive à garder un bon équilibre dans le temps accordé à ses personnages, entre le prolongement de celleux qui font l’unité de la série (Otis, Maeve, Eric, Adam, Aimee), et les nouveaux qui lui donnent, à chaque saison, un nouveau souffle : ici, Cal, très intéressant‧e et complexe, bonne représentation et dramaturgie d’un personnage non-binaire, mais aussi Hope, la nouvelle proviseure, authentiquement sociale-démocrate (progressiste en façade, réactionnaire dans les faits). Maeve, que le scénario accablait, peut souffler ici grâce à une famille d’accueil hautement irréaliste pour sa petite sœur. La mean girl Ruby se révèle touchante sans que ce soit too much ; Otis est attachant bien qu’agaçant car réaliste : c’est un vrai jeune homme, pas héroïque, un peu lâche, un peu égoïste, un peu immature, parfois contradictoire, souvent dépassé par les événements. Parti pris intéressant pour une teen fiction : les adultes prennent de plus en plus de place, avec leurs propres personnalisations et arcs narratifs, ayant eux aussi des choses à apprendre, et ne servant pas juste de figures d’allié‧es ou de repoussoirs. Et, toujours, Sex Education brille dans sa mise en scène de la thérapie (c’est-à-dire de la discussion), discrète, sans éclat ou formalisme mais avec attention : dans le 3.8, Otis discute avec Hope à l’hôpital, avec sa mère Jean cachée derrière le mur, qui se rend compte que la sex clinic de son fils, bien que non-éthique, n’était pas si mauvaise.

Saison 4

Je serais bien resté avec ces personnages quelques épisodes de plus, mais il faut admettre que la saison 4 est une bonne conclusion générale à la série. Grâce à l’astuce narrative du changement de lycée, provoqué à la fin de la saison 3, Laurie Nunn se débarrasse facilement de personnages épuisés (Lily, Ola, Olivia, Rahim…). Les ancien‧nes de Moordale doivent donc s’intégrer à Cavendish, leur nouveau lycée, inclusif et moderne (en un mot galvaudé, woke). Le moteur narratif est à nouveau cette histoire de clinique et de thérapie sexuelle, véritable fil rouge de la série, avec un twist un peu absurde : Otis doit faire face à O., autre sex therapist, beaucoup plus cool que lui, qu’il accuse d’avoir plagié son concept. Eric et Ruby tournent autour du trio de cool kids queers (Abbi, Roman et Aisha), l’amitié Jackson-Viv continue, Cal se cherche, Aimee trouve dans l’art une manière de vivre avec son trauma… Un des points forts de la série est d’intégrer en son sein et de montrer des personnages queers, non-valides et/ou racisé‧es (et parfois tout à la fois) sans en faire des tonnes, sans que ce soit artificiel, et toujours en les intégrant dans le scénario. Ça peut paraître la moindre des choses, mais bon… Le casting est toujours impeccable, en particulier l’inconnue Lisa McGrillis dans le rôle de Joanna, petite de sœur de Jean, en roue libre.

Le tournant mystique d’Eric dans les derniers épisodes est un peu bizarre : c’est un thème qui avait été abordé très discrètement jusque-là, et qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais ce qui compte, c’est la fin des deux héros, Otis et Maeve, et particulièrement Maeve, véritable héroïne de la série. Elle réussit à partir en Amérique étudier la littérature et l’écriture, trouve une famille, et se libère de sa mère, dont la mort est traitée très finement, toujours sur une corde entre émotion et dérision. Quant à son histoire d’amour contrariée avec Otis, c’en fut une, incontestablement, mais sans happy ending. Un peu comme dans Normal People, autre excellent récit d’apprentissage amoureux, Maeve et Otis sont séparé‧es physiquement, mais lié‧es pour toujours grâce à ce qu’iels ont vécu, et la manière dont l’un et l’autre se sont fait grandir et ouvert le monde de l’autre. Larme à l’œil. Super série.

antoinegrivel
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Antoine Grivel

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