J’ai longtemps hésité avant de me coller à la critique de Sex Education, parce qu’il me faut généralement une plus grosse dose d’inspiration, un engouement très positif ou une vraie détestation pour que je me dise que parler de cette œuvre-là vaut le coup, pour que je trouve tout simplement des choses à dire. Et cette hésitation, je peine à la comprendre encore aujourd’hui. Parce que d’un côté, il faut avouer que les 4 saisons que j’ai eu la chance de regarder d’une traite m’ont complètement tenu en haleine, que les personnages sont devenus, comme on dit, des amis que j’étais triste de quitter, et que bordel certaines scènes m’ont tiré des larmes de midinette (no offence) que je croyais plus profondément enfouies que cela. Et pourtant, face à cet évident impact émotionnel, mon esprit n’acceptait pas, lui, de se laisser emporter avec la même force. Dès les premiers épisodes, la liberté de ton comique m’avait vraiment séduit ; cette manière qu’ont eu les scénaristes d’envoyer parfois balader la vraisemblance du scénario ou des caractères pour surprendre le spectateur parfois jusqu’à l’absurde. Ajouté à cela le choix de sujets très (très) sérieux traités avec une vraie finesse, et « thérapisé » avec autant de subtilité, l’affaire semblait bouclée : c’était une très bonne série, originale et réussie. Oui mais. Il y a ensuite eu des erreurs, et pas des moindres. L’ensablement de la relation entre Maeve et Otis, pâle et agaçante caricature d’un amour impossible ; la surenchère dans la densité des « cas sociaux » (homosexualité, harcèlement, transidentité, névroses…), dessinant l’image d’un monde plongé, sous les apparences, dans la pure folie ; la facilité de certaines résolutions, la confusion totale qui règne dans la relation entre Otis et sa mère, la répétition de certaines ficelles comiques, l’impression d’être parfois placé face à des manuels de psychosexologie ambulants (en particulier à la saisons 4 : Otis + Mme Milburn + O...) ont petit à petit transformé cette série en un simple teenage drama plaisant mais pas convaincant. Comme si je m’étais finalement un peu fait avoir. La volonté d’approfondir chacun des personnages pour leur donner une épaisseur existentielle était, certes, louable, mais aboutissait à des impasses, qui n’étaient même plus spécialement drôles (la sainteté de Maeve ou l’errance intérieure de Jackson). Oui, l’emballement n’avait pas totalement chassé l’aigreur, et je me retrouvais à regarder une série qui, ayant réussi à m’accrocher, avait fini par dégonfler mon enthousiasme. Je ne serai donc jamais sorti de cette ambiguïté qui me fait reconnaître des qualités indéniables à Sex Education sans que celles-ci ne restent complètement mémorables. Je retiendrai malgré tout la puissance des personnages secondaires, de Aimee à Adam, qui auraient mérité parfois de voler la vedette aux protagonistes de premier plan (et qui l’ont parfois fort bien fait). Reste heureusement un dernier épisode qui, franchement bâclé, trop court et trop artificiellement « positif », rend moins difficile la séparation avec des personnages diablement attachants.