Ah Smallville. C’était la série que je matais en rentrant du collège quand elle était en cours de diffusion. Je sens la vieillesse venir rien qu’à en parler. J’aimais suivre un ou deux épisodes en début de soirée. Ces histoires de lycéens maladroits, naïfs, avec leurs intrigues amoureuses rocambolesques, ça me parlait grave. Et puis j’aimais cette version bêta de Superman. Un moment où il n’était pas encore Superman, mais simplement Clark Kent, qui va au lycée, qui vit sa vie d’adolescent en se débrouillant avec sa différence. Je trouvais que c’était une approche intéressante du personnage, un angle jamais vu et un chouette terrain à explorer.
Une soudaine envie de me refaire la série, en souvenir de ces sentiments lointains, m’a donné envie de m’y replonger, en espérant retrouver ma naïveté d’antan. Bon sang, je n’ai pas été déçu. Je redécouvre la série sous un nouvel angle, et il est temps de faire le bilan.
Saison 1
La série commence avec l’origin story classique de Superman. Le vaisseau débarque dans une pluie de météorites sur Smallville. Les Kent récupèrent le gosse au milieu de la catastrophe. Cette pluie a aussi pour conséquence de tuer les parents de Lana Lang et de rendre chauve Lex Luthor. C’est plutôt sympa, ça crée un lien entre les personnages, qui sera source de culpabilité pour Clark. De la kryptonite se répand dans toute la ville et on passe au cœur de la série : l’adolescence de Clark.
Bon sang, on n’est pas déçu par le niveau. C’est simple : la météorite provoque des mutations chez les habitants de Smallville, ce qui donne naissance à un nouvel antagoniste mutant à chaque épisode. Suivre ce genre de narration au rythme d’un épisode par semaine devait passer, mais en enchaînant, on se rend vraiment compte d’à quel point c’est ridicule — et à quel point l’écriture des séries a évolué dans le bon sens. C’est juste hilarant à suivre.
Chaque semaine, il y a un mec au lycée ou dans le bled à qui il arrive un truc de ouf, des gens meurent, et basta… on enchaîne. Lana se fait agresser à chaque épisode. C’est de la folie. Le réalisme s’est claqué les tendons. Quasi toutes les semaines, il y a des morts au lycée, les personnages principaux frôlent la mort (mention spéciale au mec de Lana qui doit avoir bousillé deux bagnoles en deux jours) et on avance ! C’est magistral.
On est vraiment dans la série ado des années 2000. Fringues oversize, musique pop rock épouvantable, meufs bonnes qui ne font que des trucs de gonzesses, joueurs de foot américain avec leurs gros blousons. Lana est incroyable. Elle passe son temps à chouiner, c’est un morceau de barbaque convoité par-ci par-là et une demoiselle en détresse permanente. Lex n’est pas mal non plus. Il a clairement une tête de puceau, mais on nous le vend comme un jeune entrepreneur ultra sérieux. Mention spéciale aux scènes où il boit son brandy devant la cheminée.
Les effets spéciaux ont pris un méchant coup dans la gueule. Sur une télé cathodique, ça devait passer ; aujourd’hui, c’est chaud. Le mixage son est parfois aléatoire. La mise en scène est molle. C’est un théâtre du faux qui ne laisse transpirer aucune vie. Lex boit son brandy pensif devant la cheminée, les Kent prennent leur café le matin, Lana fait ses trucs de gonzesse clichée chez elle, les potes de Clark se font des accolades forcées avec de faux sourires. Personne n’a de vie, de passion, ne dérive sur un sujet qui pourrait leur donner un peu de personnalité.
Tous les dialogues sonnent faux. Soit ils font avancer l’intrigue absurde, soit ils se veulent ultra profonds, soit ils jouent la fausse légèreté. Les moments sérieux sont incroyables de gêne et de ridicule, toujours accompagnés de la petite musique de sitcom bien touchante. Et puis ça a aussi bien vieilli… Mention à la blague sur Clark quand on lui demande s’il a une meuf ou un mec, jouant sur la honte d’être homo. Ah franchement, c’est du lourd.
Saison 2
Un fil rouge commence à apparaître, mais la formule reste la même : catastrophe hebdomadaire, Lana manque d’y passer régulièrement.
On entre surtout dans le soap pur : fantômes, membres de la famille surgis du néant, amnésies, malédictions… Mention éternelle au retour du mec de Lana, filmé au ralenti dans une lumière divine pendant qu’elle laisse tomber ses cahiers. Du concentré de cul-cul.
Autre monument, la découverte de la vision thermique de Clark via une métaphore sexuelle absolument lunaire.
Lex, en revanche, gagne en intérêt. Sa quête de compréhension devient presque touchante. On sent qu’il perçoit quelque chose qui le dépasse.
Saison 3
On commence à tourner en rond. Les cliffhangers se résolvent en dix minutes, tout redevient normal.
Les intrigues secondaires surgissent puis disparaissent. Des maladies incurables s’évaporent. Pete s’en va. Pas étonnant, il ne servait à rien. Les Luthor suspectent toujours la grotte aux quatre symboles filmés depuis mille ans.
La série devient extrêmement conservatrice dans ses valeurs. Papa Kent joue toujours pareil. Lex se place toujours face caméra. Les dialogues sont filmés avec les mêmes champs-contrechamps, quelle que soit la situation.
C’est l’uniformisation absolue.
Saison 4
Ça bouge un peu. Loïs arrive, Flash aussi. L’énergie remonte. Les dialogues respirent davantage.
Mais la saison est remplie de fillers. Lana récupère une intrigue de sorcière du XVIIe siècle qui donne lieu à des sommets de gêne, dont ce moment de cosplay improbable avant kung-fu.
On a l’échange de corps, les pertes de mémoire, l’adoption d’enfant… la totale.
Alicia, en revanche, apportait quelque chose d’intéressant. Dommage que ça dure si peu.
Le pire côtoie vraiment le meilleur.
Saison 5
Début prometteur : Clark et Lana ensemble, Chloé découvre le secret, Lex glisse vers le côté obscur.
Puis plus rien. Le fil rouge disparaît au profit d’épisodes aberrants : vampires de sororité, épisode de Noël pompé ailleurs, super-héros invités sans impact.
Jonathan meurt, Martha prend la relève, Lionel redevient gentil pour la quatrième fois, Lex se fait tirer dessus à répétition.
La série veut devenir adulte et perd son charme nanardesque. Tout est plus sérieux, mais moins amusant. La relation Clark/Lana devient épuisante.
Saison 6
Le cliffhanger est réglé en un épisode, évidemment. Six fantômes à capturer : prétexte à vingt histoires dont la majorité ne servent à rien.
Arrivent Jimmy, Green Arrow version mannequin torse nu, Martian Manhunter qui apparaît puis disparaît.
Et toujours ces baisers forcés pour créer du malaise romantique. On sent le fantasme d’auteurs.
Saison 7
Martha part sans cérémonie. Brainiac traîne encore. Pete revient brièvement pour rien. Supergirl débarque, mais la série préfère l’envoyer à des concours de beauté.
À ce stade, le récit part dans toutes les directions. J’ai perdu le fil.
Saison 8
Lex est mort. Enfin pas vraiment. Puis si. Puis re-non. Puis si.
Lana quitte enfin la série, avec une justification alambiquée mais presque poétique : elle et Clark sont condamnés à ne jamais pouvoir se toucher.
Le ton devient sombre, désaturé. On veut faire sérieux. Doomsday arrive avec un mood Taxi Driver.
Saison 9
Clark version Matrix. Manteau long, gravité maximale.
La série se prend terriblement au sérieux sans avoir les moyens de ses ambitions. Zod promet l’apocalypse mais traîne dans des entrepôts avec dix figurants. La Justice Society est douloureuse à regarder. Les costumes semblent sortis d’une fête étudiante.
Saison 10
Un peu triste de dire au revoir.
Chloé disparaît presque hors-champ. Oliver révèle son identité façon Iron Man.
Et puis le final… Tom Welling refuse le costume. On aperçoit une silhouette, une cape, merci au revoir. Darkseid est repoussé en deux minutes. Pas de souffle épique.
Heureusement, Lex revient pour une dernière discussion dans le manoir détruit. Et là, malgré tout, il y a quelque chose. Le poids des années, de leur relation.
Une petite émotion, enfin.