Position étonnante de la part de Prime Video de s’engager avec Sony pour cette adaptation de Spider-Man Noir - l’Homme Araignée version 1930. Et la série a la particularité d’embrasser pleinement ce contexte et de proposer deux photographies : le spectateur peut la visionner en noir et blanc, ou bien en couleurs. Le rendu n’est pas si binaire. Pour coller à l’esprit du titre Marvel, j’ai opté pour le monochrome, et l’esthétique Noir est fantastique. On y retrouve ces gimmicks de vieux films dans la définition granuleuse et approximative des noirs et blancs, les jeux de lumières et d’ombres en des plans expressionnistes, ou bien les nuances grisâtres. ll y a ces effets de backdrops pour créer les plans larges de la ville, et un montage avec pas mal de gros plans désuets. J’ai tout de même comparé quelques scènes en couleurs, et le traitement est là aussi réfléchi, optant pour une saturation assez surréaliste, rappelant les colorisations de pellicules dans les restaurations d’anciens films, ou même les planches de comics. Toutefois, on préfère le travail superbe du noir et blanc qui n’oublie pas non plus l’ambiance pulp de l’époque. Même le son devient rétro avec des voix plus nasillardes, dans cette version.
Plus surprenant que les choix stylistiques, c’est de voir Nicolas Cage, la soixantaine passée, se glisser dans la peau du justicier acrobate. S’il avait déjà doublé le Tisseur rétro pour les films du Spider-Verse, il joue ici une variante du personnage, en chair et en os. Exit Peter Parker, et place à Ben Reilly (un nom bien connu de l’univers de l’Araignée), à la tête d’une micro-agence de détective, qui va devoir renfiler le costume de The Spider, raccroché depuis une dizaine d’années après la mort de sa femme, pour une enquête impliquant des capacités extraordinaires. L’acteur nous divertit à merveille, entre cocasseries et ton renfrogné, ainsi que la classique voix off du film de détective. Les huit épisodes d’à peine 40 minutes s’enchaînent sans accroc, poursuivant une trame d’expériences sur un super-sérum ; ce qui vaudra un épisode 6 délicieusement horrifique. La série est généreuse dans la mise en scène des pouvoirs et de l’agilité de The Spider, incluant une belle dose de web swinging et usages de toile (avec un excellent rendu).
Alors qu’on n’aurait guère parié dessus, cette série fait certainement partie des meilleures exploitations de Spider-Man en prise de vue réelle. Les auteurs ont su parfaitement y intégrer la mythologie de l’Homme Araignée, via plusieurs antagonistes (Brendan Gleeson et Lukas Haas, notamment) et persos secondaires judicieusement employés, et originaux par rapport aux choix faciles habituels. Le scénario équilibre convenablement les deux facettes de la vie de Ben Reilly, un élément essentiel à toute histoire sur le personnage. C’est plaisant de voir cette version différente du Spider-Man de blockbuster, presque aux antipodes (âgé, fourbe, monochrome, banditisme,...), et surtout que la série dispose d’une identité affirmée immanquable.