Depuis Cube, Battle Royale et la vague de torture porn des années 2000, les intrigues de jeux/pièges meurtriers mettant à l’épreuve l’humanité de ses personnages se sont multipliés tant sur le grand que sur le petit écran ainsi que dans le domaine de la BD (les mangas Judge et ses spin-off).


En 2021, la série Squid Game, toute droit venue de Corée du sud, cartonne à travers le monde. Ses décors et son esthétique singulière, tout en couleurs chatoyantes, ses personnages archétypaux (le héros paumé, l’intello, la brute, la grande gueule, la voleuse désabusée, le flic idéaliste) aux interactions bien développées et les quelques subtilités de son concept (les prisonniers ne le sont pas vraiment) auront réunis suffisamment d’originalité pour se démarquer de tout ce qui avait déjà été fait en la matière.


Seong Gi-hun (Lee Jung-jae, excellent) est un chômeur, un père irresponsable et un joueur invétéré. Bref, une loque humaine vivant chez sa mère et qui a force de dettes s’est mis à dos la pègre locale. Un jour qu’il est sur le quai du métro, il est accosté par un homme en costume cravate et attaché-case qui lui propose de jouer au ddakji. À chaque coup que râtera Gi-hun, l’homme lui infligera une gifle. Et si Gi-hun gagne, l’homme lui donnera de l’argent. Une bonne vingtaine de beignes plus tard, Gi-hun réussit enfin à empocher son billet, et l’inconnu, avant de le quitter, lui suggère d’appeler un numéro qu’il lui laisse sur une carte afin de participer à un jeu qui, selon ses dires, pourrait l’intéresser. Devant le gouffre qu’est devenue sa vie, Gi-hun décide d’appeler et de se rendre au rendez-vous donné. Là une voiture passe le prendre. Il a à peine le temps de remarquer que tous les autres passagers sont profondément endormis et que le chauffeur porte un masque, qu’un gaz est diffusé dans l’habitacle et l’endort aussitôt. À son réveil, Gi-hun se découvre portant un uniforme sur lequel est inscrit le numéro 456. Il est enfermé dans une vaste salle avec des dizaines d’autres personnes (455 au total) portant le même uniforme avec chacun un numéro sur le torse. Bientôt, plusieurs hommes masqués et armés font irruption. L’un d’entre eux s’adresse poliment à tous les occupants de la salle en commençant par énoncer les règles du jeu auquel ils sont venus participer. Il omettra cependant de préciser une particularité de la compétition à laquelle tous s’apprêtent à participer.


Bon, il n’est évidemment pas bien difficile de deviner la particularité en question.

Avant tout, Squid Game se différencie des autres intrigues de "jeux de la mort" par le fait que ses protagonistes ne subissent pas vraiment l’action comme dans Battle Royale, Saw ou Escape Game mais l’induisent, y participent activement (puis la subissent) par un effet de vote collectif "démocratique" motivé par le sempiternel appât du gain. Chaque participant est plus ou moins endetté, la mort de chacun d’entre eux participe à remplir toujours plus une cagnotte qui au terme du jeu bénéficiera au seul survivant, lui assurant de reprendre une vie normale sans plus avoir d’épée de Damoclès créancière au-dessus de leur tête.

Bien sûr, il y a les participants raisonnables qui estiment que leurs dettes ne valent pas le risque d’y laisser leur vie, et il y a les individualistes qui eux se convainc de pouvoir gagner le jeu, prenant le risque de mourir tout en faisant courir ce même risque aux autres. Ajoutez à ça une sous-intrigue de trafic d’organes pour complexifier le camp des méchants et appuyer l’intégrité morale du mystérieux Organisateur (pour qui le "Jeu" n’a de valeur que par ce qu’il révèle de l’humanité ou de la détermination de chacun) et vous aurez déjà un bon aperçu des nombreux enjeux qui parsèment l’intrigue de cette première saison.


La particularité de Squid Game, et ce qui a probablement contribué à son succès, est le contrepied que prend sa narration dès le troisième épidode de la première saison. Après le premier carnage (le 1,2,3, soleil), les joueurs réalisent qu’ils participent à un jeu mortel et se plaignent de la cruauté de leurs geôliers. Ceux-ci leur rappellent alors une des règles du jeu, les informant qu’ils sont toujours libres de partir en décidant d’un vote dont la majorité décidera de la continuation du jeu ou non. Contre toute-attente, la majorité des participants votent en nombre pour rentrer chez eux. Et les organisateurs les libèrent, les redéposant là où ils les avaient ramassés. Mais bien vite (le temps d’un épisode), la réalité de la situation financière et sociale des "joueurs" les rattrappe. Leur situation financière dans le monde extérieur les condamnant à la misère, ils décident tous de revenir risquer leurs vies et participer au Jeu jusqu’au bout. Alors que les épreuves (toutes basées sur des jeux d’enfants mais remaniées de façon meurtrières) s’enchainent de jour en jour, laissant à chaque fois un nombre plus important de morts, Hwang Jun-ho (Wi Ha-joon), un jeune inspecteur de Séoul, enquête sur la disparition de son frère aîné et peu à peu remonte la piste le menant sur l’île secrète où se déroule le Jeu. S’infiltrant parmi les gardiens, il va vite découvrir l’envers du décor jusqu’à faire face à une réalité brutale.


Si le fond de l’intrigue (l’éternel profit et amusement des puissants au détriment des populations les plus pauvres) n’a rien d’original, c’est surtout par la profondeur de certains de ses personnages et les liens qui les unissent (ou qui les confrontent) qui font tout le sel de l’intrigue. D’un geste héroïque désintéressé à la trahison la plus mesquine en passant par le suicide par procuration et la vengeance meurtrière, tous les types de trépas (parfois très prévisibles) y passent et c’est un régal de voir l’évolution du héros Seong Gi-hun, passant d’une épave immature a priori vouée au trépas rapide à un inflexible survivant qui, malgré l’adversité, refuse obstinément de perdre son sens moral ou même d’abandonner le participant le plus faible. Le plus ironique étant de voir que Gi-hun doit au début le plus souvent sa survie aux autres (par exemple Ali Abdul qui le rattrape lors de la première épreuve), se reposant trop longtemps sur sa confiance en Cho Sang-woo (Park Hae-soo) qui incarne à ses yeux une figure d’intégrité morale, l’ami d’enfance qui a réussi, l’ami dont il fier, l’ami qui, humainement, vaut pourtant bien moins que lui. Leur duel confirmera définitivement la métamorphose d’un anti-héros passif, subissant les événements, à un héros pleinement actif, bien décidé à se révolter.


La saison une aurait ainsi pu se suffire à elle-seule si les scénaristes avaient choisi la facilité du "happy-end" au moment de l’aéroport. Leur intelligence aura été d’explorer plus loin les ramifications de l’organisation et de proposer une seconde saison prenant le contre-pied de la première. Et ouvrant sur une dualité qui donnera à la série son plus grand intérêt.

Buddy_Noone
9
Écrit par

Créée

le 30 juin 2025

Critique lue 43 fois

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