Stalk
6.5
Stalk

Série france.tv Slash (2020)

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Je termine la saison 2 de Stalk. J'aurais mis le temps à la regarder, présente dans ma liste à visionner (WL) à peu près aussi longue que ma pile à lire (PAL).

Je ne vais donc pas reprendre le synopsis déjà présent partout.

Ce que j'ai vu de cette série qui prétend certes à l'illusion d'un discours technique élaboré derrière lequel se cache une sous-couche : celle de l'humain derrière le code.

Stalk n’est pas directement une série sur le harcèlement (ne pas confondre le synopsis et le discours sous-jacent), mais sur le pouvoir du regard, le vertige de la pulsion scopique.

Stalk fait un pas de côté, en ce sens qu'elle n'est pas une série moralisante du type le harceleur vs la victime, mais une série sur l'inégalité des rapports interpersonnels et la jouissance dans cette pulsion scopique : voir sans être vu, invisible étant le signifiant qui parcourt la deuxième partie de la saison 2, et le pouvoir que cela semble conférer à celui qui pense le détenir.

Stalk est aussi un questionnement sur le désir de toute-puissance élevant l'humain au rang d'un dieu ; mais la soi-disant toute-puissance du stalkeur repose sur son accumulation d'un pseudo savoir sur l’autre et notamment sur ce qu'il cache, sa sous-couche.

Cet humain, qui va augmenter en toute-puissance, c'est Lux, un jeune homme discret et promis à un brillant avenir qui, sous le coup d'une humiliation publique, lors de ce qu'on pourrait appeler un bizutage, dans la langue des anciens, se décide après un temps de réflexion à se venger sans spoiler la fin des deux premières saisons.

Si la série tente de montrer une des faces du numérique, elle a le mérite de montrer que ce numérique ne se contente pas de représenter le réel, mais qu'un sujet se trouve ne plus être défini par ce qu'il dit ou dirait de lui-même, mais de ce que les autres pourraient en dire, en cela décrit notre ère dite de la post-vérité, ne faisant de la vérité qu'une option parmi d'autres, d'une part, et d'autre part Stalk illustre les effets d'un capitalisme de surveillance dans la relation intime, que l'on ne manquera pas de subsumer, de porter à un niveau méta, ce qu'on peut faire dans l'intime on peut le faire à l'échelle mondiale.

Lux est selon moi (et à ce stade fin de saison 2) le Edmond Dantès de 2020-2025 (si la saison 3 sort avant 2 semaines au moment où j'écris ces lignes), car Dantès était bien un stalkeur, 1500 pages en moyenne le prouvent avec élégance et brillance, comme quoi le téléphone mobile n'est qu'un outil et que point n'en est besoin pour stalker.

Dantès ici c'est Lux, aka Théo Fernandez, que je n'avais vu que dans l'adaptation de Gaston Lagaffe. Il est plutôt excellent dans ce rôle aussi sobre que son ego est cosmique.

Il me semble que si la série n'est pas en tant que telle une série sur le harcèlement, son sujet est bien la relation amoureuse, ou plus exactement l'empêchement de la relation amoureuse ; Stalk peut même être lue - visionnée - comme une série sur la perversion du lien au sens d'une relation débutant sans violence visible, mais aboutissant à l'annulation de l’autre.

Stalk c'est aussi Monte-Cristo feat. Frankenstein Monster, en ce sens qu'on y trouve me semble-t-il d'une part la monstruosité domestique d'un stalkeur qui n'est pas autre que soi ; d'autre part les effets de la victimisation à travers le personnage d'Alma, qui semble une personnalité forte, intelligente, que cela ne protègera pas, pas même de son histoire ; enfin peut-on guérir une relation entâchée de perversion ?

En parlant de tâche (spoiler non dévoilé), grand bravo aussi à l'héroïne de la saison 2, Aloïse Sauvage aka Charlie, elle est excellente et forme un duo redoutable avec Lux.

La série m'a bluffé, m'a attrapé, et je l'ai stalké.

Si j'y ai aussi d'abord vu un abus de Quatrième mur, cet abus sert à attraper la pulsion scopique du spectateur dans la spirale du stalkeur, le perdre dans les stratégies et les doubles jeux, se perdre dans ce qu'il reste de confiance jusqu'à ce que le sticker gagne... Enfin je crois.

Stalk c'est le regard sans réciprocité (voir, être vu et se donner à voir), le désir sans la parole, la perversion ordinaire dans le désir de toute-puissance et leurs petites contrariétés.

Enfin, impossible pour moi de ne pas aimer la série qui est un hommage permanent à David Bowie sans qu'à ce stade on n'ait entendu un seul morceau du Maître, lui-même féru de technologie numérique, de vision cosmique du monde, lui même s'étant donné à voir quitte à détruire ses créations, à l'instar de Mr Frankenstein himself, à moins que ce ne soit la Créature qu détruise son créateur s'étant trop vite pris pour un dieu...

La citation qui me semble coller assez justement se trouve dans l'Aphorisme 146 de Friedrich Nietzsche in Par-delà le bien et le mal.

Quand tu regardes longtemps l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi

On attend la saison 3 ensemble ?

Bon visionnage !

Créée

le 14 déc. 2025

Critique lue 52 fois

Agyness-Bowie

Écrit par

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2
2

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