Stalk
6.5
Stalk

Série france.tv Slash (2020)

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Au fond, peu importe son degré de réalisme. Stalk dispose d'une direction artistique prometteuse, mais souffre malheureusement de faiblesses scénaristiques latentes. Les épisodes sont traversés d'incohérences, de facilités ou de lourdeurs, tandis que la structure globale se tient pourtant plutôt bien en terme de rythme et d'agencement narratif ; les dialogues penchent, eux, trop souvent du côté d'une vulgate entendue par mille fois et vont rarement chercher profondeur, poésie ou contrepied. C'est dommage et, à la longue, assez lassant.


Il faut dire que les thèmes du hacking et du stalking sont des terrains délicats, et Stalk parvient tout de même à dégager des pistes intéressantes en se saisissant notamment du rapport au monde numérique et aux écrans comme d'un propos sur la technodépendance : le stalk est une drogue, les héros sont des junkies. Les enjeux liés au harcèlement ont par ailleurs la délicatesse de n'être pas éjectés, et sont travaillés autour d'une indécidabilité morale faisant se répondre l'impression de toute-puissance des compétences techniques et l'impératif de faire le bien, la question des moyens et des fins, la vengeance et la résilience...

Malheureusement, ces champs narratifs et discursifs souffrent d'une comparaison écrasante à des œuvres préalables comme Black Mirror ou Mister Robot (le pastiche américain semble d'ailleurs assumé dans Stalk... et contrebalancé par un curieux plaisir à voir Lille et Armentières comme villes de jeu).



On peut passer sur les probables inexactitudes techniques concernant le hacking, car un tel sujet n'est pas systématiquement voué à être prétexte au réalisme. D'ailleurs, les notions de code évoquées ou montrées au début ne sortent pas du bleu et dénotent d'une authentique recherche de la part des créateurs, peu importe sa précision ; ainsi la saison 1 s'accepte volontiers comme telle. Mais rapidement, le cadre technique s'envole et prend des libertés volontiers (trop) stylisées tout en n'y adaptant pas vraiment sa mise en scène. Selon moi, le problème ne réside donc pas tant dans le parti-pris fantaisiste qui est emprunté que dans la manière dont le hack, en tant qu'élément narratif, investit le récit et l'image.

Cet entre-deux devient particulièrement gênant dans la saison 3, sortie récemment, qui fait le pari (évidemment risqué) d'intégrer la question des IA dans son intrigue... Or, entre le temps de production d'une série et l'évolution exponentielle des questions technologiques, écologiques et éthiques que posent les intelligences artificielles, les intentions scénaristiques s'avèrent être en retard, déjà dépassées par la réalité.

Tout cela semble trop survolé sans pour autant être suffisamment couvert par une narration plus ample, qui aurait tout aussi bien pu faire passer le hack au rang d'un motif anecdotique, d'un simple contexte de récit. Non, ici le choix est fait de tout centrer sur les ordinateurs et leur interaction immédiate avec le monde ; or, on se déleste bien trop facilement des obstacles diégétiques qui y sont liés.

Par ailleurs, le contexte du stalk propose une mise en scène / mise en abyme intéressante mais qui, elle aussi, s'essouffle : on assiste à de nombreuses scènes par le biais des téléphones des personnages espionnés... Qui sont toujours très bien cadrées, toujours observées à un moment signifiant, et auxquelles le recours systématique (assez peu renouvelé ou challengé, sinon par l'apparition temporaire d'une vague de prise de conscience qui pousse les étudiant·e·s à mettre des pastilles sur la caméra de leurs téléphones) s'ajoute au rang des facilités narratives.


Pour complémenter une tendance faible des dialogues, la direction d'acteurices manque elle aussi trop souvent de justesse, elle aussi paumée entre le naturalisme à la française et le pastiche américain. Théo Fernandez, bien qu'assez convaincant en jeune étudiant post-bac, est rapidement dépassé par son personnage et ne peut le nourrir de l'intensité stylisée qu'il réclame (ou, au contraire, d'une introversion exacerbée qui aurait pu creuser vers la subtilité intérieure, mais aurait nécessité une mise en scène bien plus axée sur les gestes et le corps).

Il faut pourtant souligner que certains personnages secondaires (notamment Charlie, interprétée par Aloïse Sauvage, et Herzig par Clément Sibony) sont nettement plus incarnés, subissant certes les écueils du dialogue, mais les conjurant en partie par des présences gestuelles, vocales et corporelles habitées.


Enfin, le format des épisodes de Stalk (20min) joue en sa faveur : la série se regarde vite, l'intrigue est tout de même prenante – ce sont plutôt ses mécanismes de résolution qui pèchent et, à la longue, exaspèrent. Il est probable qu'un format double l'eût trop vite épuisée en appuyant ses lacunes de profondeur. En l'état, la réussite de la série réside donc un choix de sujet assez riche et dans son caractère addictif (aussi addictif que le hacking, semble-t-il), un tantinet trop alimentaire : j'ai apprécié la première saison et j'aurais aimé être embarqué plus loin, plus viscéralement, plus sérieusement par la suite – qui, à mes yeux, se dissipe et s'égare en chemin.

Créée

le 8 févr. 2026

Critique lue 55 fois

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