Comparée cet été au phénomène Off Campus sur les réseaux sociaux, Sterling Point vise à mon avis autre chose, à commencer par son public : contrairement aux romances young adult où les personnages ont entre 20 et 26 ans, ils ont ici moins de 18 ans. Dans son propos, ce n’est pas exactement une romance, plutôt un récit d’apprentissage(s), de coming of age ; aussi, certains l’ont comparé à The Summer I Turned Pretty – que je n’ai pas vu, donc je ne peux pas me positionner.
Le postulat est assez simple : Annie et Connor, jumeaux adoptés par un père veuf, apprennent que leur grand-père maternel, qu’ils n’ont jamais rencontré, est mort, et leur a légué son île et sa maison à Sterling Point, Canada. Annie ayant été recalée de sa prépa d’été pour une école de commerce, elle décide de se rendre sur place pour en apprendre plus sur ce mystérieux héritage et, tant qu’elle y est, sa mère décédée. Sterling Point ne lésine pas sur les clichés de teen series : elle rencontre une sœur cachée, Ramona, qui revendique aussi l’héritage, s’intègre à sa bande de potes (le feu follet Oona, le marin taiseux et séduisant Ellis, le cuistot gay Sully, l’enfant-prodige Maple), se retrouve dans un triangle amoureux avec le working class hero Ellis et une connaissance newyorkaise, genre de Timothée Chalamet en vacances, Rory. L’écriture est un peu poussive, les deux premiers épisodes manquent de rythme et, pour une série contemporaine, il y a beaucoup de cigarettes.
Cependant, la série aborde très bien les thèmes plus profonds qui se cachent sous cette histoire d’héritage : la dialectique dedans/dehors (foyer/monde), la figure du paradis perdu (la maison de la mère, comme par hasard…), la filiation, la sororité, la sortie de l’enfance… Ce n’est donc pas, pour une fois, une pure romance ou une série sur l’initiation sexuelle ou amoureuse. Les comic reliefs sont très réussis (le jumeau Connor, déphasé et hilarant – interprété par le fils de Mark Ruffalo –, la riche Denise), et les jeunes acteur‧ices sont vraiment supers, à commencer par le trio d’actrices principales : Ella Rubin est stupéfiante dans le rôle d’Annie, à la fois intense et légère comme une ado de 17 ans, en plus d’être sublime et de ressembler à Anne Hathaway, Amélie Hoeferle se tire très bien du rôle difficile de Ramona, car peut-être le plus stéréotypé, de la jeune fille ayant grandi trop vite, confrontée à la mort, seule au monde et en pinçant pour sa meilleure amie, et Bo Bragason rayonne en Oona, jeune fille solaire et férocement libre.
Les quelques scènes de tension romantique entre Annie et Ellis sont très réussies et le slowburn m’a beaucoup fait glousser, les deux scènes sexuelles sont très pudiques, et il y a, bien sûr, la fameuse scène du baiser dans le placard où il l’attire à lui en la faisant glisser… Surtout, la série brille dans de vrais moments de grâce quand elle s’intéresse à la sororité et l’enfance : les scènes de discussion entre les deux apprenties-sœurs se racontant leurs histoires de cœur respectives sont très réussies, et les épisodes 6 et 7 (!) sont excellents, avec les plus belles idées de la série (Annie panique après sa première expérience sexuelle ; la cérémonie des premières règles de Maple et ses questions à Annie sur l’enfance, la filiation et la maternité sont belles à pleurer).
On peut regretter l’écriture générale assez faible, à grands coups de retournements de situation un peu grotesques, et une ouverture vers une saison 2 pas forcément très subtile ; néanmoins, je ne boude pas mon plaisir devant cette série adolescente traitant assez malignement de sujets pas si communs.