Stranger Things
7.5
Stranger Things

Série Netflix (2016)

Voir la série

Notes sur la saison 5 (spoilers) : Il n’est jamais plaisant de voir une série appréciée s’effondrer sur elle-même. Certes, Stranger Things était certainement vue plus belle qu’elle ne l’était réellement, par nous-même comme de façon générale. Son succès populaire et médiatique, dû notamment à la révélation Millie Bobby Brown, à de fortes qualités visuelles et à une nostalgie eighties puissante, a masqué une partie de ses défauts – principalement d’écriture -, qui s’exposent au grand jour dans la saison 5.

La faute, peut-être, à Netflix, alors que Matt Damon a révélé que la plateforme demandait à ses scénaristes d’écrire des scripts pour des gens qui ont un portable dans la main, et donc l’attention en option. Charge aux frères Duffer, showrunners et réalisateurs de la majorité des épisodes de cette saison, de s’y opposer ou de louvoyer autour de la consigne, pour arriver au but, c’est-à-dire donner une fin digne à une série marquante des années 2010.

Mais, loin de se rebeller devant les demandes, les brothers ont plutôt été dociles : dans huit épisodes bien plus longs que dans les premières saisons – un peu plus d’une heure à chaque fois, et 2h pour le dernier -, les personnages passent leur temps à palabrer sur ce qui a été fait, sur ce qu’il faut faire, et sur ce qui va être fait. Cela a plus ou moins toujours été le cas, mais cela paraissait moins appuyé dans les saisons précédentes. Résultat, nous ne sommes donc jamais perdus, alors que « plan » et « théorie » sont assurément, et tragiquement, les mots les plus prononcés par les personnages.

Mais, malgré toute cette préparation verbale intense, souvent d’un ennui mortel pour le spectateur (attentif), les personnages laissent une place prépondérante... à la chance et au hasard. On pense à l'un des épisodes finaux, où la solution pour passer un barrage militaire est de se mettre à dix dans un camion, et de donner une arme automatique à l’unique… Nancy. Cela semble léger, mais évidemment, ça passe. Les exemples en ce sens sont légion, et nous font nous interroger sur les personnages – sont-ils bêtes ? - et sur les scénaristes – ont-ils manqué de temps pour produire un travail si grossier ? Pire, notre suspension d’incrédulité est mise à rude épreuve de manière pratiquement permanente à partir de l’épisode 6 – une nullité abyssale, probablement le pire épisode de la série. En somme, on a tout simplement du mal à en croire nos yeux et nos oreilles devant ce qui se déroule dans cette saison 5.

Mais outre un travail d’écriture laborieux, on regrette aussi qu’il y ait si peu de substance au sein des épisodes. Chez les Duffer, artistes publicitaires par excellence, la séduction visuelle abrite des moments épiques, autour d’Eleven depuis le début, et Vecna depuis la saison 4, mais rarement des idées, et encore moins du politique – la série oblitère totalement cet aspect. Pourtant, le show s’inspire de manière évidente et explicite de Stephen King, auteur de genre utilisant régulièrement des ados dans ses œuvres, mais surtout glissant des points de vue forts dans ses récits, en faisant de l’horreur une allégorie - dans « Ça », référence évidente de Stranger Things, le titre et l’histoire renvoient au concept freudien, en auscultant la mauvaise conscience de l’Amérique. Chez les Duffer, on en est loin, parce que les références culturelles plus ou moins évidentes ne renvoient qu’à elles-mêmes, et construisent l’univers uniquement en surface. Dans cette série, et cela depuis le début, il n’y a aucun sous-texte social ou politique, même discret, et ce n’est pas le discours ampoulé de Dustin à la toute fin sur le fait que les communautés se rassemblent lors d’événements traumatiques qui fait changer la donne – car cela arrive comme un cheveu sur la soupe.

Alors que notre déception augmentait à mesure que les épisodes avançaient, avant un bouquet final complètement raté et chargeant la mule au niveau de l’émotion, on doit bien s’avouer que notre amère déception vient aussi du fait que le spectaculaire, qui a fait le sel de la série, a disparu en partie. Quelle(s) scène(s) reste(nt), alors qu’Eleven, productrice de moments épiques durant tout le show, est devenue un personnage secondaire de cette saison 5 ? L’attaque de la maison des Wealer, pourquoi pas. La révélation de Will à la fin de l’épisode 4, également. Mais ce personnage ayant toujours été effacé auparavant, ses nouvelles dispositions semblent être une idée impromptue des scénaristes, tant rien ne nous y préparait – ce qui gâche un peu la fête, comme pour le reste des séquences fortes, souvent empêtrées dans des problèmes de scénario.

Submergés par la pression et une deadline, peut-être, mais aussi par un style publicitaire qui ne peut tenir sur la longueur et dans le détail – la forme clinquante masquant l’indigence du fond et l’aspect laborieux de l’avancement du récit -, les frères Duffer ratent presque totalement leur sortie… tout en laissant une fin ouverte. Malins, les Bros se laissent une possibilité de revenir à Stranger Things à l’avenir, ce qui sera fait quand Millie Bobby Brown, complètement éteinte dans cette saison, sera dans une impasse dans sa carrière, ou que Netflix sera dans le besoin et alignera les billets.

En attendant, impossible de ne pas considérer que cette saison comme un geste très vain, tant l’innocence de la première saison, incarnée par la fraîcheur et la puissance du regard de Millie Bobby Brown, s’est diluée dans l’impréparation et le manque de rigueur de ses auteurs superficiels.

PepeLucho
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Séries découvertes en 2026

Créée

le 25 janv. 2026

Critique lue 28 fois

Critique lue 28 fois

1

D'autres avis sur Stranger Things

Stranger Things

Stranger Things

5

Prodigy

284 critiques

I've seen better things

Et pourtant, elle avait tout pour me plaire, cette série, avec sa gueule d'hommage ambulant au cinéma des années 80, de la typo du titre (typique) à l'ambiance groupe de gamins post...

le 18 juil. 2016

Stranger Things

Stranger Things

5

ThomasLesourd

4 critiques

Un élève peu doué

Warning, spoil spoil spoil, jusqu’au dernier épisode. à ne lire que si vous n’avez pas vu la série, ou si vous n’en avez rien à foutre (mais alors, pourquoi lire ça ) J’ai un problème avec Stranger...

le 26 juil. 2016

Stranger Things

Stranger Things

8

Plume231

2394 critiques

"E.T." rencontre "The Thing" !!!

Saison 1 (8/10) : Il était une fois une époque que seuls ceux qui sont nés au plus tard au milieu des années 80 ont pu connaitre. Une époque où le cinéma était dominé incontestablement par Julia...

le 17 juil. 2016

Du même critique

Years and Years

Years and Years

3

PepeLucho

451 critiques

Critique de Years and Years par Maxime Pepe Lucho

Notes sur la série : Cette série écrite par, sur et pour des libéraux s'étale sur six épisodes plein de moraline, avec en fond un discours politique simpliste et inepte - "l'extrême droite et...

le 15 juin 2020

Il faut tuer Birgitt Haas

Il faut tuer Birgitt Haas

5

PepeLucho

451 critiques

Critique de Il faut tuer Birgitt Haas par Maxime Pepe Lucho

Notes sur le film : Les sujets traités par le film sont réellement passionnants, entre goût charnel et dangereux pour une terroriste au bout du rouleau, manipulation cynique d’un citoyen déprimé et...

le 17 mars 2026

Blue Moon

Blue Moon

7

PepeLucho

451 critiques

Critique de Blue Moon par Maxime Pepe Lucho

Notes sur le film : Cinéaste difficile à suivre, Richard Linklater alterne les projets radicalement différents à chaque film ou presque, et fait penser en ce sens à Steven Soderbergh. Pour Blue Moon,...

le 2 déc. 2025