Arrivant après la bataille, difficile de ne pas céder à la banalité tant la renommée de cette série est immense. Ne gâchons donc pas le plaisir des futures évolutions du show et concentrons-nous sur l'essentiel : dès sa première saison, "Succession" s'impose comme une réussite quasi totale, ne laissant aucun personnage sur le carreau. C'est la série qui parle business, stratégie et attaque sans jamais paraître chiante ni embêtante, tant les scénaristes s'attachent à la manière dont chaque membre de la famille Roy tente d'atteindre ses objectifs dans ce jeu de massacre aussi jouissif qu'amusant — le tout couronné par un final de saison puissant et imprévisible.


Et que dire de son écriture, concise et structurée, de sa mise en scène impériale et réaliste, et du nombre hallucinant de comédiens et comédiennes excellents dans leurs rôles, aussi détestables qu'attachants ?


Difficile de décrocher tant le charisme de chaque personnage suinte à l'écran, magnifié par la prestation des deux stars de la série : Brian Cox et Jeremy Strong, pointures du petit écran qu'on pourrait aisément imaginer sur grand écran. Car comme le dit le proverbe, « It's not TV, it's HBO. »


Après une première saison qui tutoyait les étoiles, la saison 2 confirme ce statut avec un véritable tour de force : une montée en puissance progressive et impressionnante, renouvelant sans cesse les enjeux et les stratégies de l'entreprise pour ne jamais se répéter, tout en faisant brillamment évoluer ses personnages. Cette saison achève de faire de "Succession" une grande série, digne successeure du Trône de fer celui-ci devenant, ici, un trône en or.


La saison 3, elle, redescend légèrement en intensité après deux premières saisons qui étaient une véritable claque, en raison d'une certaine répétitivité dans les conflits internes à Waystar Royco. Mais ce léger essoufflement est contrebalancé par un format plus court et l'arrivée de nouveaux personnages, notamment celui interprété par Alexander Skarsgård.


La série conserve son écriture et son travail sur les personnages, à l'image d'un Kendall en pleine remise en question ou d'un Logan Roy amorçant sa descente aux enfers. Les comédiens continuent de briller, Kieran Culkin s'imposant clairement comme le personnage fort de cette saison. "Succession" se hisse alors parmi les plus grandes séries post "Breaking Bad", et son final d'une noirceur inégalée confirme sa place de série maîtresse des années 2020.


Enfin, la saison 4, ultime chapitre tant attendu, démarre sur une introduction calme et posée avant de frapper fort dès un troisième épisode bouleversant de froideur et de tragédie. Passé ce sommet, la série peine un temps à retrouver ce niveau, freinée par des négociations Waystar/GoJo qui ralentissent le rythme.


Mais elle se rattrape magistralement dans son dernier tiers, avec une trilogie d'épisodes qui symbolise, chacun à sa manière, l'image de la chute de l'Amérique : un épisode 8 centré sur la noirceur politique, un épisode 9 en forme de requiem familial, et un épisode final de 1h30, magistral de bout en bout, capable de faire rire, surprendre, amuser, pleurer et détruire à la fois. Un dernier épisode d'une froideur et d'une tragédie incroyables, qui conclut tout en faisant écho aux enjeux de la première saison.


Si cette ultime saison n'est peut-être pas, à chaud, la plus réussie des quatre, elle permet néanmoins de conclure avec puissance et cohérence une série marquée par une narration toujours impressionnante, oscillant entre émotion et crescendo dramatique.


Une conclusion inoubliable qui place "Succession", signée Jesse Armstrong, parmi les rares séries ayant su parfaitement clore leur arc narratif aux côtés de "Breaking Bad" ou encore "Better Call Saul"


Alors, qui succédera à "Succession"?

Cine-Eyes
9
Écrit par

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Créée

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