Le principal obstacle à l’adhésion du spectateur réside paradoxalement dans la réussite formelle de la série. Joseph Gordon-Levitt livre une performance habitée, capturant avec force l’égocentrisme toxique du fondateur d'Uber, et rendant par la même le visionnage de chaque épisode profondément malsain et désagréable. En nous enfermant dans la psyché d'un tel personnage, on subit une agression continue qui finit par lasser.
La série tente de se donner des airs en multipliant les adresses directes au spectateur à travers des apartés en regard caméra, mais cela dégage surtout de la pédanterie. Ces procédés, qui se veulent « cool » et iconoclastes, donnent l’impression que les scénaristes adorent s'écouter parler à travers la verve de leurs acteurs, préférant l'esbroufe stylistique à la profondeur narrative.
Le traitement des thématiques sociales souffre du même manque de subtilité. La critique du sexisme en entreprise est ici traitée comme une leçon de morale, assénée avec force. Seule la conclusion offre une réflexion pertinente : la toxicité n'est évincée que lorsque la fortune est faite. Une dénonciation tardive mais savoureuse de l'hypocrisie capitaliste.
Le sujet très bureaucratique au coeur du récit peine à passionner. Là où des œuvres comme The Social Network ou The Dropout parvenaient à transformer des enjeux technico-juridiques en tragédies shakespeariennes, Super Pumped reste en surface. Elle arrive après la bataille, souffrant cruellement de la comparaison avec ses prédécesseurs qui avaient déjà parfaitement disséqué l'arrogance de la "Tech".