Ce drama marque les retrouvailles entre Shin Hae-Sun et Lee Jun-Hyuk depuis Stranger. Avec le réalisateur Kim Jin-Min, j'ai des rapports étranges: c'est un peu je t'aime moi non plus. Un coup je crie au génie et j'adore, un autre coup je crie à la médiocrité. J'ai vu 6 de ses dramas, et je retiens My Name, Lawless Lawyer et le sublime Marriage Contract. Par contre je suis peut être un des rares à avoir détesté Extracurricular, mais je l'assume. Il nous revient avec un mix de thriller psychologique/ polar très original. Mais qu'on aime ou pas le bonhomme, il sait comment raconter des histoires et nous les exposer. Alors, je vais me répéter, mais comme dans Mr Queen, Shin Hye-sun va nous éclabousser de tout son talent, au risque de faire passer (encore)tous ses partenaires pour de simples faire valoir. Dans The Art of Sarah j'y ai vu des points communs avec le k-drama Anna, mais ici on aboutit à une œuvre plus aboutie, car le scénario est plus recherché, et le genre est différent. Ce qu'il y a à retenir ici c'est de se méfier des apparences et des évidences.
Un corps sans vie et défiguré est retrouvé dans une bouche d'égout. Tout semble indiquer d'après les premiers éléments qu'il s'agit de Sarah Kim(Shin Hae-Sun), la responsable de la marque de luxe Boudoir. Le problème c'est qu'un doute persiste sur son identité et pour cause: cette femme n'a aucun papier sur elle et personne n'est en mesure de dénicher la moindre photo de Sarah. L'enquêteur principal Park Mu Gyeong(Lee Jun-Hyuk) va alors devoir remonter la piste à travers différents témoins qui ont croisé le chemin de Sarah ces dernières années. Il s'agit de déterminer qui a pu la tuer et pourquoi. Mais chose étonnante, c'est que la description de la victime diffère selon les témoins. Mu Gyeong en vient alors à douter de son identité, car sa vie semble dissolue comme si elle avait cherché délibérément à brouiller les pistes. Il va donc falloir assembler les éléments du puzzle. Préparez-vous à vous faire retourner le cerveau et à douter.
Au temps vous le dire de suite, si vous n'aimez pas le rythme lent et la "torture cérébrale" comme dans The Truck par exemple, vous allez avoir du mal à entrer dans le drama. On est à fond dans un thriller psychologique avec tout ce que cela implique. La série qui se déroule dans le milieu de la maroquinerie de luxe est divisée en deux parties. La première se base sur des flashbacks qui vont nous exposer des morceaux de la vie personnelle et professionnelle de Sarah, et une seconde recentrée autour de la garde à vue qui oppose Park Mu Gyeong face au meurtrier ou la meurtrière (No Spoil) présumé(e). L'intérêt du scénario est crescendo, puisque vous allez souvent douter de ce qu'on vous montre. Entre la vérité et le mensonge parfois la frontière est mince. L'efficacité du thriller tient dans le fait qu'il faudra attendre l'avant-dernier épisode pour enfin comprendre l'essentiel. Oui par que je ne vais pas vous mentir, moi même je me suis perdu plus d'une fois, et j'ai adoré cette façon de nous mener parfois en bateau. La spéculation autour de ce que racontent les témoins clés au début est déstabilisante, nous faisant douter de nos certitudes. Ce jeu de dupes est remarquablement mené, car c'est à la fois palpitant et frustrant, laissant l'impression d'être largué. C'est l'art de la manipulation: toi, moi, eux.
Ce qui tient en haleine jusqu’au bout, c’est de savoir qui est vraiment cette femme sans identité confirmée. C'est une vraie caméléon et son parcours de vie, de sa déchéance à son ascension sociale, est remarquablement filmé. Sarah Kim est une femme complexe qui va s'avérer être une vraie psychopathe avec tout ce que cela implique: c'est une arnaqueuse de génie, à la fois audacieuse et qui, avec du culot, de l’intelligence et un art de la tromperie exceptionnel va réussir un exploit unique de créer de toute pièce une marque de luxe fictive que tout le monde va s'arracher. Un peu comme des voyeurs, on se demande comment cette mythomane a pu réussir un tel tour de force sans aucun accrocs, et surtout et jusqu'où peut-elle aller. C'est une calculatrice de génie. Ce n'est pas que l'histoire soit extraordinaire, mais c'est la façon dont elle est racontée qui le devient. Et c'est tout le talent de la mise en scène fait qu'on est captivé. J'ai été vraiment conquis par ce personnage atypique, mystérieux, qui semble se mouvoir avec une aisance déconcertante dans ce milieu complexe. La photographie de qualité amplifie cette illusion de la richesse à portée de main, et à la fois inaccessible. Plusieurs thèmes sont évoqués durant le drama, comme l'ambition, le statut social, la richesse à tout prix, et la reconnaissance en tant que personne dans une société individualiste sur laquelle repose l'apparence.
Mais cette Sarah Kim ne serait rien sans le talent de Shin Hye-sun qui s'est appropriée son personnage d'une manière magistrale. Si elle est considérée comme une des meilleures actrices de k-drama de ces 10 dernières années, ce n’est pas galvaudé. Et je ne veux pas être méchant avec Lee Jun-Hyuk et les autres comédiens, mais à coté d'elle ils n'existent pas. (oui je sais je m'enflamme quand je la vois). Elle rend Sarah crédible, à la fois diaboliquement attachante et toxique pour son entourage. Il y a de superbes passages à retenir, notamment celui autour de la confection d'un sac de luxe avec une sublime musique d'accompagnement. J'ai fait immédiatement le parallèle avec un maître pâtissier ou chocolatier en train de peaufiner son travail d'orfèvre. La boutique de luxe Boudoir est magnifiquement mise en valeur avec ces éclats de lumière et de couleurs. Et pourtant je n'y connais rien, j'ai eu l'impression d'être dans l'antre du père Noël. Voilà, on ressent plein de sensations et d'émotions durant cette série et c'est ce que je suis venu rechercher. On a l'impression que le public visé est plutôt féminin, et pourtant je me suis senti vraiment concerné. La construction est exemplaire autour de cet enquêteur perspicace et pointilleux, et cette femme qui fait preuve d’un sang froid à toute épreuve.
Si vous aimez les histoires autour d'un personnage complexe et parfois anxiogène, qui va s'inventer une vie et assumer pleinement ses choix, vous allez être servi. Voyez aussi ce drama comme une satire, observez bien les comportements de Sarah, ses agissements. Tout est dans le nuance. Dans The Art of Sarah vous allez vite comprendre ce que veut dire "se faire mener par le bout du nez", parce que démêler le vrai du faux est un vrai casse-tête. On va être confronté à un vrai dilemme lors de la conclusion. La réalisation est très originale, et ce format court qui vous prendra 6h de votre temps convient parfaitement. Tout deviendra limpide au fur et à mesure, mais il va falloir faire l'effort intellectuel de passer les deux premiers épisodes tortueux et qui vont volontairement vous embrouiller. J’ai beaucoup aimé la façon dont le sujet a été traité, un monde dans lequel l’illusoire devient la réalité. Netflix a souvent le don de m'énerver, mais je suis le premier à reconnaître quand la proposition est bonne. Une histoire parlante, touchante, qui montre les limites et les dérives d’un système basé sur le paraître, et qui a contribué indirectement à créer le “monstre” Sarah. Et comme bon thriller qui se respecte, une question restera sans réponse et le mystère continuera de planer.
En effet, on ne connaîtra jamais la véritable identité de Sarah Kim. Mais est-ce vraiment utile?
Main Theme: Youra - Fake It So Real
Additionnel OST: Hwang Sang Jun · Nam Yeji · Yoon Ji Hye - The Birth of Sarah