The Auditors, titre en coréen à double sens (je vous invite à regarder ma liste qui en parle), est une série qui mêle de l’investigation, du crime, du workplace... et accessoirement du vrai contrôle d’audit. Oui, parce qu’on ne va pas se mentir, il n’y a pas grand-chose de crédible à ce sujet dans ce drama qui va faire dans la surenchère, le démonstratif et l’ubuesque la plupart du temps. Si vous souhaitez apprendre des choses véridiques et pédagogiques sur le métier d’auditeur, autant regarder " Filing for Love "(Les Dossiers de l’amour) qui est, et c’est un comble, beaucoup plus parlant dans le fonctionnement du ou des services d’audit d’une grande entreprise. Cette série ne doit pas être prise au sérieux, mais comme un simple divertissement. Car il est bon de rappeler que les auditeurs ne sont pas des flics et n’ont pas la moitié des prérogatives qu’on leur accorde dans ce drama. De plus, tout le postulat va s’articuler autour d’un homme inflexible, quasiment privé d’empathie et souvent imbuvable. Avec sa team de « Zorro », il va, à la manière de Na Hwa-Jin dans " Que ça vous serve de leçons ! ", régler tous les problèmes de l’entreprise (et même plus) en un claquement de doigts, là où une team de 50 personnes aurait sans doute échoué, ou mis des mois à régler. Et les flics dans tout ça ? On s’en balance...
Shin Cha-Il(Shin Ha-Kyun) est recruté par le PDG par intérim de JU Construction, une des plus grandes entreprises de BTP du pays, pour essayer de mettre fin à la corruption qui gangrène la société depuis des années. C’est un personnage froid, apathique, calculateur, qui ne fait confiance à personne. Mais il est surtout impitoyable, intransigeant et rigoureux dans son travail. On ne lui connaît ni ami ni famille : c’est un solitaire pragmatique. Son équipe, réduite, comprend notamment Goo Han-Soo(Lee Jung-Ha), un jeune employé idéaliste en attente de mutation. C’est l’inverse de Cha-Il au niveau de la personnalité, à se demander si sa place est vraiment là. Yoon Seo-Jin(Jo A-Ram) est une jeune recrue ambitieuse et discrète, qui a des liens particuliers avec le vice-président Hwang Dae-Woong(Jin Goo) depuis son enfance. Mais au travail, c’est un secret. Avec les autres membres, ils devront chasser les brebis galeuses et mettre fin au règne de la corruption et des malversations diverses au sein de cette structure dont les fondations chancellent.
The Auditors est finalement un drama assez divertissant, surtout dans sa deuxième partie, mais qui souffre énormément dès qu’on s’intéresse à sa crédibilité. Si l’idée de départ pouvait être intéressante - suivre une équipe d’audit interne confrontée à la corruption dans une grande entreprise -, la série prend rapidement beaucoup de libertés avec la réalité du métier. Le principal problème est que cette équipe d’audit de poche (6 membres, vous êtes sérieux ?) semble capable de tout faire. Fraudes financières, détournements, fournisseurs, chantiers, conflits d’intérêts, enquêtes sur les employés et les dirigeants : tout passe par les mêmes quelques personnes. Dans une grande entreprise, on est très loin de cette organisation minimaliste. Et quand on voit la quantité de problèmes accumulés pendant des années que cette petite équipe parvient à traiter en quelques jours, on atteint franchement les limites de la crédibilité. À ce niveau-là, ce n’est plus de l’audit : c’est de la magie. C’est un drama assez paradoxal, car souvent plaisant, mais avec un gros souci pédagogique. Les cadres sont très souvent présentés comme les responsables de tous les problèmes, tandis que les employés sont plutôt du côté des victimes, et que Cha-Il incarne la justice. C’est beaucoup trop simpliste pour une entreprise réelle, où les responsabilités, les motivations et les comportements sont évidemment beaucoup plus nuancés. La zone grise n'existe pas ou elle est éludée.
Le drama oublie également régulièrement qu’un auditeur n’est pas un policier, ni un procureur, ni un justicier. On passe de l’audit interne à l’investigation financière, puis parfois à une véritable enquête criminelle. La police finit presque par apparaître comme une formalité administrative. Cette confusion entre audit, enquête et justice pose également la question du contradictoire. La série donne souvent l’impression que l’audit enquête, accuse et rend quasiment lui-même le jugement, sans véritable contrepoids ni réelle prise en compte des éléments à décharge. On est parfois davantage dans le " bureau de l’Inquisition " que dans un service d’audit. Dans une entreprise, même la pire des ordures a droit à un système de défense et d’assistance, qu’on se garde bien de montrer ici. On est souvent dans l’exagération, le grandiloquent, le fake et le manichéisme décomplexé. Et puis il y a le problème du suspense. Personnellement, j’ai très rapidement compris où le scénario voulait nous emmener. Les faux-semblants sont tellement appuyés et les indices tellement évidents que l’intrigue ressemble davantage à une confirmation progressive qu’à une véritable enquête. On lit le scénario comme dans un livre ouvert : on est presque jamais dans l'expectative, et les rebondissements sont très limités. J’avais déterminé le fond de l’intrigue principale dès le 3e épisode, ainsi que l’identité des good et bad guys. Ce n’est pas normal. Le tout manque donc de subtilité et de montée en puissance.
Les comédiens font bien le taf dans l’ensemble, par contre, c’est la tonalité donnée à leurs personnages à laquelle je n’ai pas adhéré : Shin Cha-Il est incontestablement compétent, mais tellement psychorigide et antipathique qu’il devient difficile de s’attacher à lui. Impitoyable ne veut pas dire chiant, et la série confond parfois les deux. Avec ses capacités quasi surnaturelles à résoudre n’importe quelle affaire, il finit surtout par ressembler à un Terminator de l’audit. Goo Han-Soo passe pour un crétin au sourire béat la plupart du temps, une vraie tête à claques. Par contre, j’ai bien aimé Yoon Seo-Jin et son jeu sobre, et surtout le vice-président Hwang Dae-Woong, accointé de son bouffon du roi, porté par un excellent Jin Goo. Le plus drôle, c’est que je ne suis pas fan du gars, mais alors là, c’était le personnage qu’il fallait étoffer bien plus tôt dans le drama, mais ils ne l’ont pas fait. Il a un vrai charisme et il vole la vedette à Shin Ha-Kyun à plusieurs reprises, car il est brut de décoffrage, mais en réalité avec une grande personnalité. Il va se dévoiler au fil des épisodes. C’est lui la bouée émotionnelle de la série, et ça fait du bien. Autre point positif, une réalisation qui, sans en faire trop, fait le job. Si le début est un peu lambda, la seconde partie est plus intéressante, malgré des résolutions de cas expéditives et un final cousu de fil blanc et soporifique, dont on connaît déjà la réponse depuis longtemps. Enfin, j'ai trouvé la série trop pesante, trop moralisatrice, quelques punchlines bien placées auraient été salutaires.
Pour conclure, je dirais que The Auditors reste donc plaisant, mais sans plus. On est dans l’exagération permanente, l'emphase et le ton moralisateur, comme si la vie professionnelle était lisse. On a un " cyborg "au-dessus du lot qui vient tout régler à coups de rhétorique et de logique qui ferait pleurer un Sherlock Holmes : le gars est un génie qui ne se trompe jamais (ou presque). À lui seul, il permettrait de faire faire des économies substantielles à toute l’économie coréenne. Ne prenez pas pour argent comptant ce qu’on vous dit, c’est le plus souvent un torrent d’inepties, de procédures simplifiées à mort, et surtout de pratiques souvent aux antipodes de ce qu’est le vrai métier d’auditeur. Sans oublier que pour avoir affaire à tous ces problèmes, il faudrait cumuler plusieurs entreprises. La crédibilité est le mot à oublier dans cette série, qui confond enquêtes de bureau et enquêtes criminelles. Et cette vision est d’autant plus problématique qu’il n’y a quasiment jamais de contradictoire : l’audit enquête, accuse et tranche, sans véritable défense du mis en cause. De plus, les flics ne sont là que pour ramasser les poubelles, et le parquet devait être en congé. Et à la fin, le coup des 5 jours pour résoudre tous les problèmes avant " The End Game ", et à 5 de surcroît, je veux bien être ouvert d’esprit et me dire que ce n’est qu’une série, mais me faire prendre pour un con, non. Bref, je mets 6 et pas 5 pour le rôle tenu excellemment par Jin Goo, et qui apporte fraicheur et humanité.
Main Theme : PITTA - Knock the Door
Additionnel OST : Yunmin - Take Me Down