D'abord on est saisi par le titre, si beau, l'expression sonne comme un koan zen, une de ces formules apparemment simples qui révèlent leurs strates au fil de la série (j'y reviens plus tard).
On lit le pitch et on commence à douter, c'est clair, on va pas se poiler !
"Le monde de Natsu (Ren Meguro), âgé de 28 ans, bascule lorsqu'il apprend que son ancienne petite amie de l'université, Mizuki, est décédée. Natsu assiste aux funérailles tout en faisant face à des sentiments irrésolus et à une certaine incrédulité. En effet, Mizuki avait rompu avec lui sans aucun signe avant coureur et ils ne s'étaient pas parlé depuis ce jour. A sa grande surprise, il rencontre une jeune fille nommée Umi, fille de Mizuki et apprend qu'il en est le père !"
"The Beginning of the Sea" n'est pas un mélo "facile", même si la série ne vous épargne rien - la mort brutale d'un ancien amour, la découverte d'une paternité ignorée, le deuil inconsolable.
Tous les personnages se battent avec leurs traumas, avec leur(s) deuil(s), comme des petites vagues qui viennent casser le rivages.
La grande réussite de la série réside dans son refus du manichéisme. Personne n'est héroïque, personne n'est coupable. Natsu est indécis, Yayoi (sa nouvelle compagne, incarnée par Kasumi Arimura, sublime) cherche sa place, les grands-parents d'Umi sont détruits par leur propre deuil au point d'être injustes. Chacun navigue à vue dans une situation impossible, avec ses défauts, ses lâchetés, ses élans contradictoires. Cette honnêteté des personnages et du récit nous frappe juste au cœur, sans effets inutiles (on est au japon, on sait ce que signifie le mot "pudeur").
Le deuil imprègne chaque plan, chaque silence, mais jamais comme un artifice dramatique. Il est là, incontournable, parfois discret, parfois assourdissant. La série ne glorifie jamais la douleur et celle ci n'est pas utilisée comme un ressort facile, mais elle vous habite aux moments les plus inattendus, dans les détails du quotidien, dans les choix impossibles qu'on doit poser malgré tout.
Etre Parent
Ce qui aurait pu n'être qu'un prétexte à de grands déchirements devient une méditation subtile sur ce que signifie vraiment "être parent". Parce qu'il est là, le grand sujet de la série, être mère - devenir père, et c'est ce qui m'a le plus touché et parfois bouleversé. Tous les personnages se questionnent tour à tour sur le sens de la famille, le sens de la transmission, le sens de la filiation et c'est troublant car le spectateur se confronte à toutes les questions que tout le monde s'est un jour posées, se pose, ou se posera.
"The Beginning of the Sea" est un drame adulte, au sens noble du terme. Il ne vous infantilise pas avec des réponses toutes faites ou des réconciliations miraculeuses. Il vous offre quelque chose de plus précieux : des personnages imparfaits qui tentent de faire au mieux, et la conviction troublante que vous n'auriez probablement pas trouvé mieux à faire. L'émotion est là, puissante, mais elle naît de la justesse, pas du pathos.
Et puis, il y a la mer (j'y reviens), comme cycle et boucle narrative, avec des plans magnifiquement filmés, et des personnages à l'unisson.
La mer, symbole du renouveau. Natsu se tient au bord d'une existence qu'il n'a pas choisie, comme au rivage d'un océan immense. Umi (qui signifie littéralement "mer" en japonais) n'est pas seulement un enfant à élever : elle est le commencement d'une vie entièrement nouvelle pour lui. Là où tout semblait terminé - avec Mizuki, avec cette relation avortée -, quelque chose d'immense commence. La mer n'a pas de fin, seulement des débuts successifs, vague après vague.
Pour Umi elle-même, le titre résonne autrement. Où commence son histoire ? Avec un père absent qu'on lui présente soudain ? Avec une mère disparue dont la silhouette s'estompe ? L'enfant se tient face à l'océan de son identité en construction, cherchant où commence vraiment sa vie maintenant que tout a basculé.
Pour finir, je suis tombé sur cette métaphore japonaise du rivage :
Dans l'esthétique japonaise, le concept de nagisa (渚, le rivage) désigne cet espace liminal entre terre et mer, ce lieu d'incertitude et de transformation.
Dans la série, tous les personnages sont sur ce rivage : entre l'avant et l'après, entre le deuil et la vie qui continue, entre l'effacement et la présence. Le commencement de la mer, c'est peut-être ce moment précis où ils décident - ou non - de plonger.
Mes coups de cœur :
L'interprétation de l'actrice enfant Seina Izumitani (Umi) est incroyablement juste et naturelle, elle rend totalement crédible le manège d'adultes plus ou moins perdus qui tournent autour d'elle.
L'atmosphère visuelle, la bande-originale du groupe Back Number, et les scènes au bord de la mer participent à créer une ambiance chaleureuse et sensible.
La finesse psychologique dans la représentation de chaque personnage est un atout majeur de la série, elle nous permet de nous identifier et de ne jamais nous ennuyer...
Mes (petites) réserves :
J'ai eu envie de temps en temps de mettre des baffes à Natsu, qui n'est quand même pas très malin (notamment lorsqu'il se fait larguer par Mizuki)
Les femmes ont toutes des caractères forts et courageux, et les garçons font souvent petits garçons perdus, ou alors, ils s'effacent complètement, c'est un des seuls points caricaturaux dans la série, dommage...
Au final, The Beginning of the sea est une série exigeante et très belle qui ne plaira sûrement pas à tout le monde; elle correspond à une nouvelle façon de consommer les séries : de manière réfléchie, à son rythme, en acceptant qu'une œuvre puisse nous déranger autant qu'elle nous émeut.