« Je l’envie. Je n’en savais rien alors qu’il savait tout. Il a dit qu’il souffrait davantage. Et je l’envie pour ça. J’avais l’impression que ma tristesse n’était rien comparée à son chagrin. »


Tout commence par cette petite fille qui marche avec sa maman sur une plage. Ce sera le début d’une boucle et cette scène structure le récit.


La mer n’est pas seulement un rivage où l’on hésite à entrer : elle est ce mouvement qui transforme, qui transporte, qui donne la vie autant qu’elle la reprend. Rien n’y est fixe, tout y circule.  Le rivage, ce n’est pas seulement un « entre-deux ». C’est un endroit instable, où rien ne tient. Le sable se dérobe, la mer avance et recule et les traces disparaissent. 

C’est une série sur les liens qui unissent comme ils séparent. C’est une série sur les choix… Les décisions comme les renoncements. C’est une série sur le deuil. C’est une histoire de transmission et d’apprentissage dans la perte où le début n’est pas un point mais un basculement.


Une femme a choisi de devenir mère, une autre a choisi (accepté) de ne pas l’être et au milieu, il y a un homme qui arrive après coup, trop tard. Et la série ne hiérarchise pas ces choix. 


C’est l’histoire d’un homme à la douceur infinie, profondément sensible, qui, on le sait dès sa rencontre avec Mizuki, s’adapte aux autres et accepte volontiers leurs décisions. 


Lui c’est Natsu. C’est un homme qui observe, capte et accompagne. Comme son Contax, son compact argentique, il ne contrôle pas. Il ne capture pas pour montrer, mais pour retenir comme s’il tentait de préserver quelque chose du temps qui échappe aux autres.


Peut-on reprocher à Natsu de ne pas se battre ? Oui… et non. Oui, si on attend une déclaration, un geste, une prise de position claire. Non, si on reste fidèle à qui il est. Quelqu’un qui n’impose pas, qui respecte profondément l’autre, qui préfère perdre que contraindre. 


Aimer, est-ce retenir ? 


Faire un choix n’est pas imposer un choix. C’est une nuance essentielle. Mizuki choisit mais sans contraindre. Natsu respecte mais sans toujours se positionner. Yayoi ressent  mais se retient. Chacun essaie de décider pour soi… sans écraser l’autre. Respecter l’autre peut parfois empêcher de se dire pleinement.


Mais Natsu confond souvent respect et effacement, et c’est précisément ce que lui reproche sa mère. Elle ne lui reproche ni d’avoir respecté Mizuki, ni de ne pas avoir imposé sa volonté, mais de ne pas avoir réellement habité ce choix. En gardant cette histoire dans une zone floue, il refuse aussi de reconnaître pleinement sa place dans celle-ci, comme homme, comme fils et comme père potentiel. La mère de Natsu agit alors comme un déclencheur : elle lui rappelle qu’il n’avait peut-être pas le pouvoir de décider à la place de Mizuki, mais qu’il avait malgré tout la responsabilité de se positionner. Même sans garantie d’influence, son absence de parole reste une forme d’absence.


Mizuki choisit seule. Elle assume, elle tranche, elle agit. Oui, elle écarte Natsu et elle décide aussi pour lui.  C’est une liberté affirmée… et unilatérale. Les décisions ne naissent pas d’un instant, mais d’un travail intérieur, nourri par des rencontres, des mots, et des silences qui trouvent un écho inattendu ailleurs, et participent à des décisions dont on ne sera jamais témoin.


Mizuki et Yayoi semblent avoir deux trajectoires différentes qui finissent pourtant par se rejoindre dans une même lucidité sur l’amour. Yayoi est en tension, entre ce qu’elle est et ce que la situation exige d’elle. Et Yayoi est souvent blessée par ce que Natsu fait depuis le début : il s’efface. En regrettant d’avoir été tenu à l’écart pendant sept ans, il finit sans le vouloir par reléguer Yayoi à une place secondaire, la laissant seule face à une émotion qui n’a plus d’espace où exister.


« L’amour maternel est-il un amour inconditionnel » interroge Mizuki à Haruaki. Et de la même façon, Yayoi dit la même chose à Haruaki. Dans leur opposition de départ, les deux femmes se rejoignent dans leur idéologie. Quand on devient parent, quelque chose bascule, on regarde autrement ce que nos parents ont vécu, ce qu’ils ont porté et ce qu’ils ont traversé. 


La parentalité unit autant qu’elle sépare.

Chaque lien crée un autre écart. Le lien n’est jamais pur, il est toujours traversé de séparation. Maternité, paternité, fratrie… s’imposent comme un état, mais ne deviennent un lien que si elles sont réellement habitées. Ce lien peut évoluer, se transformer, parfois se construire plus tard. Natsu devient père, il redéfinit la famille, il sort peu à peu de l’effacement.


Et Haruaki ? C’est quelqu’un qui reste… même quand il n’est pas retenu.

Haruaki est comme un rocher sur la plage : un point d’appui solide auquel on s’agrippe, mais qui ne devient jamais un lieu où l’on reste. Et ça rend sa douleur encore plus forte. Parce qu’il a été là, qu’il aurait pu être un refuge mais il n’a jamais été celui qu’on choisit d’habiter.  Alors qu’il a aimé profondément, sa douleur reste sans place, presque sans légitimité. Sauf aux yeux de Natsu.


Les hommes de cette série agissent tels des passeurs. Ils relient, ils transmettent, ils traduisent. Le père de Mizuki est un médiateur entre sa fille et sa femme. Les pères  ne construisent pas des liens, ils les font circuler, entre les vivants, entre les absents, entre ce qui a été et ce qui reste à transmettre. Ce sont des passeurs de l’amour et de la douceur comme une île où l’enfant peut trouver refuge. Mais une île, c’est aussi une séparation. On y est protégé…mais coupé du reste.


Mizuki passe le relais mais elle ne le fait pas en imposant. Elle prépare, elle laisse des traces, elle crée les conditions puis elle s’efface. Même après sa disparition, elle continue d’agir avec la même délicatesse : elle ne transmet pas un devoir, mais laisse la possibilité d’un choix. Jusqu’au bout, elle refuse d’imposer, préférant créer les conditions d’un lien libre. Elle sait qu’aimer ne suffit pas, vouloir ne suffit pas, devenir parent doit être un acte choisi. Même morte, elle continue à organiser le lien entre les vivants. 


Mizuki protège sa fille, Umi.


Umi est un tsunami d’amour, une force qui ne détruit pas mais révèle, qui submerge les êtres et les oblige à affronter ce qu’ils n’avaient jamais osé regarder. Umi est ce qui met tout en mouvement.


Natsu est un homme profondément doux et attentionné, mais encore en équilibre. Là où certains verront de l’indécision, j’y vois une tentative fragile mais sincère de respecter l’autre jusqu’au bout, quitte à retarder le moment de décider. Chez lui, la douceur devient parfois hésitation, non par lâcheté, mais par peur d’imposer sa volonté aux autres.


Le deuil ne s’achève jamais vraiment : il se transforme. Comme la mer qui se retire après une tempête, il laisse derrière lui des traces, des vides, des existences qu’il faut réapprendre à habiter.


Et Umi ?

Cette petite fille bouleversante est en deuil aussi et chez les enfants, la manifestation est un peu plus différente. La série le montre avec beaucoup de justesse.  Leur douleur déborde parfois sous forme de reproches, d’injustice ou de colère adressés à celui qui reste. Et ces mots, pour le parent qui les reçoit, peuvent être d’une violence terrible. Pourtant, cette colère n’est pas un rejet : elle devient au contraire une parole confiée à quelqu’un capable de l’accueillir. Comme une vague qui a besoin d’un rivage pour se briser, la souffrance de l’enfant cherche un endroit où exister.


La scène finale est juste sublime. La série ne répète pas : elle transpose. La mère n’est plus là mais le lien continue autrement. Umi n’est plus la même enfant et Natsu n’est plus le même homme. Mais ils marchent ensemble dans le même espace. Et la mer, encore est toujours là. Identique, mouvante, indifférente et enveloppante. Elle relie le passé, le présent et ce qui reste.


La mer fait circuler. Toujours présente, la mer n’est pas seulement une respiration au fil des épisodes, ni uniquement un espace de passage. Elle porte aussi quelque chose de plus originel, comme un lieu où la vie se forme avant de se confronter au monde, où les liens naissent sans encore savoir ce qu’ils deviendront.


C’est une série sur les choix visibles et invisibles, sur ce qui se décide, se tait, se transmet et sur les vies qui se construisent à partir de ces gestes parfois imperceptibles. Certains sont là pour soutenir, contenir, accompagner sans jamais être au cœur du lien. 


Dire que j’ai aimé cette série, est un euphémisme. Elle est profondément poignante et  très bien écrite, aux dialogues parfois durs mais souvent très justes. L’émotion n’est jamais outrancière et comme le dit très bien @Fred_de_Briavel (que je remercie de m'avoir fait découvrir cette série), il n’y a pas de surcharge émotionnelle avec clignotants visuels et effets appuyés. 

Les acteurs portent cette histoire avec une immense pudeur et une grande justesse. Tout passe par les silences, les regards, les hésitations, mais aussi par des larmes qui semblent surgir avec une sincérité désarmante. Et c’est précisément cette retenue qui rend leurs personnages si bouleversants.


Mon seul bémol repose sur un fond sonore un peu trop appuyé parfois. Mais ce détail ne mérite pas que l’on s’y attarde car cette petite Umi est si touchante et bouleversante que refuser de voir cette série c’est passer à côté d’un récit sincère et surtout d’une pépite.

AliceJeanne
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le 7 mai 2026

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