Après les séries b, place aux séries B-orgie(a)s
Parce que c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes, les vendeurs de rêves que sont les réalisateurs, auteurs, scénaristes.... ont fait du dépoussiérage de reliques un fonds de commerce lucratif.
L'idée n'est pas nouvelle, elle a déjà fait ses preuves, et avec les moyens modernes on réinvente des codes esthétiques qui donnent à ces séries un charme nouveau.
Ça peut donner du très bon, mais on en vient à être exigeant.
C'est ce contexte qui dessert la série The borgias : si elle était sortie il y a quelques années : avant Rome, les tudors, game of thrones et cie, on aurait sans doute crié au chef d'œuvre.
Au lieu de quoi on est blasé, et juste assez amusé de la série.
Pourtant, tout n'est pas à jeter :
L'histoire de base est fascinante : déjà à l'époque l'ascension de la famille Borgia, pleine d'ambition, de scandales, de manipulation politique, a fait l'objet de tant de rumeurs qu'on ne saura jamais dissocier la vérité du fantasme.
Cette base est propice à l'interprétation, et permet aux réalisateurs de réinventer les personnages autour des faits avérés.
C'est un matériau rêvé : sans faire trop d'effort les personnages dramatiques existent déjà.
L'époque est aussi un régal : j'imagine que pour les décorateurs et costumiers, travailler sur la renaissance italienne, ça demande beaucoup de travail mais ça doit être un grand plaisir.
Les décors et costumes sont globalement réussis, avec un petit bémol : parfois comme l'impression que certains costumes sont « faux », ou certains accessoires (les bagues des cardinaux et/ou du pape me laissent une impression de toc par moment). La photographie est belle, mais pas autant qu'on pourrait s'y attendre, c'est comme si on était face à un beau gâteau mais mal cuit, un produit prometteur mais pas tout à fait terminé.
Même constat pour les acteurs : globalement ils sont bons, mais par moments on ne croit pas en leur personnage : comme si tous avaient quelque chose de bancal. C'est bien de vouloir humaniser les personnages en montrant leurs faiblesses, leurs hésitations, mais le tout manque de cohérence. C'est là que la série ne tient pas la comparaison face aux personnages de game of thrones, qui ont tous l'air « vrais » et cohérents dans leurs accès de rage comme dans leurs moments de faiblesse.
Le déroulé de l'histoire est parfois très lent et prévisible, et soudain, tout s'accélère sans trop savoir pourquoi. On a des scènes répétitives inutiles (la plupart des scènes du pape avec sa maîtresse sont assez longues pour pas grand chose, si ce n'est tenter de nous expliquer la géographie avec une étonnante comparaison entre la botte italienne et la cuisse de madame....Ha ben ça alors c'est de la trouvaille, on n'y aurait pas pensé !)
La série est inégale : on arrive à s'y attacher sans être tout à fait emporté, ça permet au moins de s'intéresser à cette famille, cette période, et ça fait travailler l'imagination en se demandant comment cette série aurait pu être absolument parfaite.
Il ne me reste qu'à trouver et regarder la série française pour avoir un élément de comparaison.