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le 6 nov. 2016
SuivreGod Save the Queen !
En tant que fane de l'Histoire britannique , j'attendais avec grande impatience cette série. Et je n'ai pas été déçue ! Tout d'abord la reconstitution historique est brillante , les manoirs...
The Crown, c'est cette couronne si lourde forgée lors du générique, représentant les centaines d'années de tradition royale à respecter et renouveler. C'est cette couronne posée depuis plus de six décennies sur la tête d'une femme, Elizabeth II, une reine qu'on accompagnera à travers son destin, les chamboulements de l'Histoire, sa vie et sa solitude.
C’est une découverte de l’arrière du décor, de ce que c’est qu’être roi et reine, dans la réalité concrète de tous les jours, sans fioritures pop ou (dés)avantageuses. Comment la famille se comporte-t-elle ? Où mangent-ils, comment se passent leurs soirées, où dorment-ils ? Sans jamais franchir le seuil de leur intimité, toujours avec la distance qui leur est due, par leur statut, nous voici plongés dans leur univers et leurs palais. Un héritage riche de châteaux et de titres, de comtes et de comtesses, en même tant que de traditions surannées, brime les rêves et les amours de cette famille Windsor. Une prison dorée, donnant naissance à ses propres prisonniers, voilà dans quoi ils vivent. Leur destin est de devoir supporter le poids de la couronne, seuls, car ils sont les seuls à pouvoir comprendre.
Ils souhaitent agir comme une famille normale. Mais ils ne le sont pas, "normaux", de par leur naissance. Ils doivent tous et toutes suivre les ordres, alors qu'ils sont tous des individus avec leurs envies et leurs désirs, leur liberté à chérir qu'ils ne peuvent cependant pas assouvir, cadenassée sous la couronne de fer. On se marie par honneur, en respectant les obligations pour le bien de la monarchie (concept anachronique qu'est la monarchie ?), et non pour le bien des mariés. Ce sont des personnages pris dans un passé, une histoire, des événements qui les dépassent, et par delà lesquels ils essaient d'exister. C'est une série sur la filiation, les liens familiaux entravés, sur ce que c'est qu'être une famille extraordinaire et en même temps on ne peut plus ordinaire (ils boivent du thé, mangent, regardent la télévision, se sentent par moment seuls, heureux, déprimés, comme tout le monde).
Elizabeth II, telle qu'on en fait son portrait, ne sait pas comment vivent "ses sujets", alors qu'elle est leur reine. Elle est hors-réalité, elle ne connaît sûrement pas le prix d'une brique de lait. Et la façon dont ses enfants sont élevés est également hors-réalité. Elle s'occupe de sa famille comme on s'est occupée d'elle. Les voyages internationaux de 5 mois à l'autre bout du monde, importants d'un point de vue politique, sans voir les enfants, sont des choses habituelles. Et ce que la série montre, c'est le manque d'amour, de considération, de tapes sur l'épaule, d'encouragements de la part de parents coupés de leurs progénitures à cause de leurs devoirs royaux. Une demande non accordée de reconnaissance et d'affection.
La reine s'intéresse très fort à son royaume, mais reste détachée émotionnellement de tout, imperturbable. Comme si sa position royale avait déteint sur qui elle était comme être humain. She is the Crown, c'est la royauté, c'est comme cela qu'elle se définit, et non pas comme une femme, ou une mère. Elle est l'image d'une institution, représentée sur les pièces métalliques.
La musique est belle, à la fois dramatique, épique et intimiste, annonceuse du drame à venir. Le rythme est lent et calme, les plans sont grandioses, des plan d'ensemble ou larges, souvent fixes, qui englobent ces êtres humains, et les rendent tout petits à l'intérieur de buildings représentant cette institution royale. La série reste toujours à distance des personnages, ne pénètre jamais à l'intérieur de leur tête. On sait ce qu'ils disent pas ce qu'ils pensent. On tente de deviner ce qu'ils ressentent, de par leurs yeux, leurs mouvements de tête, leurs mains. Un casting hallucinant de justesse, allant de la reine aux moindres seconds rôles, permet de succomber au charme very english de cette aristocratie.
Chaque épisode, indépendant, décrit un moment de l'Histoire tout en s'inscrivant dans une longue continuité, invitant le spectateur et des personnages extérieurs à la monarchie à découvrir ce monde "magique". Il faut regarder toute la série, élaborée sur un scénario plus qu'impeccable conçu par Peter Morgan. Car ce qui rend The Crown à la fois fascinante et déchirante, à chaque épisode, c'est de partager un court instant la réalité de ces hommes et de ces femmes, dont le statut fait rêver, mais qui sont pourtant des êtres "tragiques", dans le sens romanesque où ils ne sont libres de rien. Ce qui rend la série une des meilleures de notre époque, c'est de voir tous ces personnages réagir face au poids de la couronne, et à leur manière, qu'ils soient au centre de la royauté ou un peu en dehors, se battre pour trouver un équilibre, un instant de bonheur : en courbant la tête ou en brisant leur nuque.
Créée
le 9 avr. 2021
Critique lue 96 fois
9
le 6 nov. 2016
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