Il faut que tout change pour que rien ne change

La série comblera les amateurs de têtes couronnées. Pour les autres, si elle présente son lot de scènes mélodramatiques s'intéressant aux amours de personnages profondément égocentriques, convaincus d'une supériorité qui peine pourtant à se manifester objectivement, que ces scènes suscitent de l'ennui, voire de la gêne, et s'étirent parfois sur des épisodes entiers, the Crown est suffisamment riche pour mériter l'attention sur tout son long.


Parce qu'elle donne une représentation honnête et facile d'accès de l'histoire et la politique anglaise d'après guerre. Surtout parce que son sujet, la famille royale, incarnation de la permanence de l'Etat , permet une réflexion fine sur la continuité et la réforme. Comment cette famille, dont la seule légitimité est fondée sur l'hérédité, l'absence de changement, peut-elle évoluer avec son temps ? Peut-elle se permettre de ne pas évoluer avec son temps ? Cette problématique se retrouve, sous une forme ou sous une autre dans chaque épisode.


Elle dresse un portrait assez admirable d'une reine, prodigieusement incarnée par Claire Foy et Olivia Colman, qui ne fait rien et le fait très bien. En d'autres termes, elle s'efface complètement derrière son titre et se met au service de tous ses interlocuteurs.


En creux, elle est une condamnation de tout le reste de la famille royale, profondément inutile, mesquine et vaniteuse et dont les privilèges sont grotesques et semblent parfaitement injustifiés.


En d'autres termes, s'il semble souhaitable que la permanence de l'Etat soit incarnée, faut-il qu'elle le soit par une famille qui ne s'est donné que la peine de naître et qui interprète sa bonne fortune comme un témoignage de la supériorité de son sang, de sa race, et une invitation à regarder avec mépris le commun des mortels ?


A titre secondaire, la série illustre l'importance du protocole et des formes, en apparence ridicules et datés, pour permettre l'incarnation de la permanence de l'Etat, créer du commun, de l'attachement et attribuer à chaque acteur public son rôle. Elle en illustre aussi les limites, quand elle devient le seul sujet d'intérêt d'une aristocratie nécrosée (cf. le séjour des Thatcher à Balmoral).

chocapicrocholin
8

Créée

le 11 janv. 2022

Critique lue 76 fois

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