SAISON 1 : Cette série est à la fois parfaite et une mystification insupportable en ce sens qu’elle nous fait croire un New York idéal, qui n’a jamais existé au XIXe siècle. À Downtown Abbey, tout était neuf, il ne manquait par un bouton de guêtre au bâtiment, château et personnel, pas une tache nulle part, c’était déjà une supercherie, mais plus crédible en regard à la vieille noblesse anglaise . Bref. Ici, c’est l’équivalent américain encore pire ou mieux. On est dans un rêve d'un soi-disant passé Newyorkais parfait, idéal, chic, distingué, élégant,…Et surtout riche. Pas un plan où les dames de cette haute bourgeoisie inventée n’ont pas une nouvelle robe coûtant cent fois le salaire ouvrier.
Ensuite, on se la sur-joue en bonnes manières, étiquette et préséance dans ces demeures somptueuses, ces palais bordant Central Park.
Ce sont les femmes qui font la série (Metoo oblige). Et série inclusive, bien. sûr. Tout n’est que pure invention. Pas étonnant en fiction,…La fiction c’est l'histoire dans un contexte réaliste alors que ces pauvres Américains n’ont même pas deux siècles d’histoire. Alors on se fabrique une haute civilisation passée (perdue ?) à défaut d’en avoir une.
Ce qui fait que c’est une fiction réussie, voire passionnante car les acteurs sont parfait, le récit très bien : l’amour va -t-il triompher ? Les jeunes vont-ils se libérer des contraintes d’étiquette ? (Carry Cool est fascinante) On s’y prend. Et pas de sexe, ou peu, à peine un baiser…
Avec ça, la caméra bouge tout le temps en effets de mouvement vus, revus et sur-vus comme un tic. Le changement de plan (saucissonnage) est digne des soap.
On pense que c’est seulement une série d’influence où l’Amérique en déclin se constitue une noblesse. Noblesse héréditaire de princes ? Non. D’empire ? Non. Une noblesse d’argent. Extrêmement conservatrice, réactionnaire, et crypto-fasciste car l’étalement de telles richesses conduit à avoir ses roturiers (classe moyenne) puis ses manants (ouvriers), ses gueux (pauvres) et bientôt ses esclaves. C’est ça le fascisme ; maitres et escalves ; le Crépuscule des dieux. C’est aussi une métaphore quelque part des Trump, Musc, Bezos, etc… Vite s’il vous plait, une révolution en Amérique. !
Ha, ça nous change de The Gangs of NewYork de Scorsese.
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GILDED AGE / SAISON 2
(Il vaut mieux avoir vu la saison pour en parler ensemble)
La deuxième saison se passe toujours dans un New York fantasmé de la haute société vers 1890, factice, obséquieux, à la caméra qui bouge pour faire de l’effet. Est-ce le passé, le présent, l’avenir du capitalisme ? Mais, ma foi, on s’habitue,. On s’attache aux personnages et à leurs histoires chics. Comme chez Edith Wharton et sa sur-politesse d’origine anglaise. Notre faiblesse nous fait goûter, par curiosité comme les chats, le devenir des fréquentations, que dis-je ! des amours sous-jacent, des affinités du moins, des alliances ; et des rivalités jusqu’à la haine venimeuse. Toute la compétitivité ampéricaine, comme si on y était. L’argent coule à flots sans que l’on sache pourquoi, sauf une grève tout de même chez le grand capitaine d'industrie Russel.
L’œuvre est aussi fastueuse en réalisation mais l’écriture est souvent simpliste à coup de hache. Une sous-histoire se déroule et elle se résout en deux coup de cuillère. Voilà qui est bien mais peu profond. Comme dans les histoires de Tintin où l’on doit dessiner une sous histoire et la résoudre en une page d'album. On aurait pu travailler mieux la résolution scénaristique, Peur du zapping ? Zapping qui impose en outre un découpage en rondelle de saucisson passant du coq à l’âne comme dans les soap. Trop vite, trop souvent
Mais finalement dans une tradition américaine, tout est heureux finalement. Le reste : la misère, la cruauté, l’injustice, moteurs de la création, n’ont pas d’importance. Ici, point de révolte. On externalise les problèmes.
Laurent Laurent, écrivain.