L'éternel retour de la philosophie bon marché

La vie après la mort est un thème intemporel, et en cela suranné, bien réexploité par la religion et les mythes. Sans surprise donc, les États-Unis s'essayent à leur tour à mettre ce thème en série, en le couplant avec de la comédie — avec un résultat divertissant et des propositions sympathiques mais sans risques.


Les gentils, et les méchants ; le Bon Endroit et le Mauvais Endroit, le Paradis et l'Enfer (deux mots évités, peut-être à cause de leur connotation trop chrétienne ?) — en anglais "the Good Place" et "the Bad Place", d'où le nom de la série. À côté de ce manichéisme classique, aucune prise de risque sur ce à quoi ressemblerait l'Au-Delà ; qu'il soit dépeint de façon moderne, ce qui pourrait être considéré audacieux, est plutôt fort convenu et facile. Alors oui, le scénario élabore un petit peu l'univers de cet Au-Delà en lui adjoignant d'autres endroits comme la Medium Place (Place Médiane traduira-t-on) ; mais il le fait le plus souvent sur le trait de la dérision ou de l'humour, avec des choses assez sottes comme le Interdimensional Hole of Pancakes ou la conception du temps en Jeremy Bearimy.


L'humour de la série, en effet, se veut assez sot, ce que son personnage le plus caricatural Jason Mendoza personnifie très bien à lui tout seul. De façon générale, cet humour souvent bas-de-gamme et parfois politisé s'apprécie mais tombe plus ou moins souvent dans la lourdeur. Et en parlant de lourdeur, la série est d'une gratuité aberrante pour ce qui est des relations amoureuses et sexuelles entre les personnages qu'elle distribue à tours de bras et quasiment à tout le monde, même à putain de Janet la "not-a-girl"

non mais sérieusement, c'est au point où je me demandais à quel moment ils allaient aussi caser Michael tellement chaque personnage y passait à un moment donné


En outre, la caricature se retrouve justement dans les personnages qui sont tous des archétypes — hormis les démons d'ailleurs : au lieu d'être des êtres abominables comme on pourrait l'attendre d'eux, ils ressemblent surtout à des adolescents attardés qui trollent et les humains et leurs congénères — enfin de ce qu'on voit, et bien qu'on nous dise qu'ils torturent des gens littéralement, on ne le voit jamais ; et de toute façon, même leurs méthodes de tortures baignent dans l'humour potache ambiant de la série (écraser des pénis… sérieusement…). Ou bien il ne fallait probablement pas effrayer les ouailles timorées de Netflix, ou plus justifiablement, pas trop s'éloigner de la ligne comique de la série ; soit.


Alors la série tente de petits sursauts philosophiques en mode anecdotes entre étudiants. C'est sympa, pas creusé, parfois aussi utilisé comme de l'humour telle la blague sur l'assimilation de la répétition pareille à l'Éternel Retour de Nietzsche. La philosophie oscille alors entre le hobby utile de Chidi et le fil rouge de la série — car effectivement, la question de comment bien agir dans sa vie, comment être une bonne personne (et a fortiori, comment accéder au Paradis), est réellement posée tout du long de la série ; avec une réponse à la fin, intéressante d'ailleurs car offrant la possibilité d'un pardon "continuel". Mais bon, au-delà de ça, il n'y a pas vraiment de nuances morales qui demanderaient trop d'explications.


Du côté de l'OST ou du son en général, il y a peu à dire. Ce sont des petits sons d'ambiance mignons qui oscillent entre le talk-show et la musique de cirque. De même, les génériques sont peu ou prou existants. Quant aux acteurs, ils jouent tous bien leur rôle ; mais le casting se voulant progressiste se voit un peu trop, au contraire du français supposément parlé par Chidi (dommage, dommage !). Mention spéciale pour l'acteur de Michael, qui incarne parfaitement un dandy états-unien_


À l'aune des génériques, la série n'affiche pas une grande ambition artistique : elle se veut passe-temps un peu élaboré avec un format adapté de 20 minutes, ce qu'elle réussit honnêtement bien. On la regardera pour ça, et ça marchera. Elle n'offrira quasiment rien philosophiquement, mais aura peut-être le mérite de rendre la discipline intéressante pour ceux qui en douteraient ?

Byorne
6
Écrit par

Créée

le 30 mai 2022

Critique lue 28 fois

The Good Place

The Good Place

6

Glaminette

le 4 oct. 2017

Suivre

Une pépite loufoque ... qui révèle son véritable potentiel au fil de la saison 1 !

Je dois avouer que The Good Place m'a d'abord plutôt laissée perplexe : je m'attendais à une petite comédie fun, à l'esprit feel good; je me suis retrouvée à regarder des épisodes avec des décors...

The Good Place

The Good Place

3

Moizi

le 24 mai 2020

Suivre

Je ris (de toi)

J'ai regardé ça par pur sadisme (et par masochisme également). Certaines personnes (que je ne citerai pas ici) prétendaient faire leur éducation philosophique avec cette série. Rien que l'idée que...

The Good Place

The Good Place

9

George_Boole

le 20 janv. 2017

Suivre

Très efficace

On va pas se le cacher, une série avec Kristen Bell, de toutes façons, j'allais regarder. Mais ici en plus le postulat de base me semblait vraiment intéressant. Ya bien que NBC pour tenter des trucs...

En attendant lundi, tome 1

En attendant lundi, tome 1

8

Byorne

le 1 févr. 2023

Suivre

Se détourner de la fatalité

Alors qu'une jeune fille entre au collège et découvre que la société attend d'elle de désormais se comporter plus comme une fille, elle rencontre un jeune garçon qui la toise et l'invite, après...

Joker

Joker

9

Byorne

le 16 mai 2022

Suivre

Un Joker fort maladif

Je divulgâche.Le DC Cinematic Universe rencontre bien plus de mal à se faire une place que le MCU. Il utilise beaucoup les mêmes personnages au fil des années, donnant au final peu d'espoir quant à...

#Alive

#Alive

4

Byorne

le 15 févr. 2022

Suivre

L'infection du cinéma multigenre populaire

Je divulgâche. L'art coréen aime le genre du zombies, il n'y a pas à dire. Les productions les montrant sont plutôt récurrentes, que ce soit en film ou en série. Mais elles ne se valent toutes pas,...