Ce scandale a été énorme dans les années 2000 de l’autre côté de la Manche mais chez nous, dans mon souvenir, il n’a pas eu tant de retentissement que ça. Et pourtant, cette affaire pose de graves questions sur les liens entre la presse, la police et le monde politique. Un mélange qui se révèle dangereux pour la démocratie. Cette série de 7 épisodes de 50 minutes met en scène l’enquête du journaliste du « Guardian » Nick Davies (excellent David Tennant, comme d’habitude) : le tabloïd « News of the World », propriété du milliardaire Rupert Murdoch, a piraté pendant des années les mails et répondeurs de portables et personnalités célèbres et même d’anonymes qui étaient alors dans l’actualité. Le journal a fait appel pour cela à un cabinet de détectives privés, peu regardant sur les méthodes. Pour cette presse de caniveau, seule la fin importe et la séparation public-privé n’existe plus. Du moment que vous figurez dans l’actualité, on peut aller jusqu’à vider vos poubelles (aujourd’hui les boîtes mails…). En parallèle de l’enquête de Davies, on suit l’enquête de David Cook (Robert Carlyle) de Scotland Yard, sur un meurtre ancien non élucidé, a priori sans rapport avec l’enquête sur « News of the World ». On doit cette série à Jack Thorne déjà à l’origine du très bon « Adolescence » et elle nous montre un scandale gigantesque où éclatent au grand jour les liens entre politique, médias et police.
Attention : l’intrigue est complexe, les retours en arrière dans le temps nombreux, pleine de personnages et de rebondissements pas forcément faciles à appréhender, surtout avec de nombreuses références britanniques. Si vous loupez ne serait-ce que 5 minutes d’un épisode, vous risquez d’être vite perdu ! Mais le casting est impeccable, en particulier le trio central avec David Tennant, Toby Jones en patron du « Guardian » soutenant son journaliste et ami et Robert Carlyle qui va payer le prix cher de son obstination à faire éclater la vérité. Un fabuleux trio d’acteurs qui vaut à lui seul le détour. Bravo de les avoir réunis ! La mise en scène ose des moments très drôles qui permettent d’alléger un peu une ambiance assez grave. Quand Davies a réussi un coup, heureux comme tout, il est suivi jusqu’au « Gardian » par…une bande de mariachis !!! La fin d’ailleurs se révèle frustrante : on s’attendait à un grand ménage, que les héros et lanceurs d’alerte soient reconnus à la hauteur des risques pris et que les méchants soient punis…Mais non. Dans le monde de l’ultra-libéralisme, cette enquête courageuse a entrouvert une porte et alerté sur les dangers de ce mélange des genres nauséabond. Malheureusement, le système lui n’a été qu’à peine fissuré. Cette affaire dénonce la mainmise d’un milliardaire sur le monde médiatique et plus généralement politique (Murdoch n’a jamais caché ses sympathies politiques), remettant en cause tous les idéaux démocratiques en piétinant toute déontologie et décence pour arriver à ses fins. Un propos qui ne peut que nous interroger, nous Français, sur notre situation actuelle, alors que les prochaines élections présidentielles se préparent et où l'emprise de milliardaires sur les médias est de plus en plus visibles.