Adapté du Web roman "Judge Lee Han Yeong", The Judge Returns va (encore) aborder le thème du voyage dans le temps autour de la rédemption de son héros. Intéressant sur le papier, je pense que le réalisateur s'est malheureusement trompé de piste en partie. En effet, pour faire simple, dans le bouquin, notre juge est intègre et bon père de famille. Et s'il revient, ce n'est pas pour se racheter une conduite, mais pour accomplir sa mission, un peu à la manière de Lee Joon Gi dans le drama Again My Life, et sauver sa mère qui a fait don de son sacrifice. Le problème quand on choisit un angle d'attaque totalement différent, c'est qu'il faut se donner les moyens de ses ambitions pour nous faire tous adhérer à l'histoire, et tel n'est pas le cas. Alors je pourrais comprendre que ceux qui débarqueraient ici sans aucun recul sur les derniers dramas de l'acteur Ji Sung puissent adhérer au récit, mais voilà, sur ces quatre dernières sorties, il a interprété deux fois un juge, un procureur et un flic, je pense qu'on a fait le tour. The Judge Returns a un air de déjà vu pour moi, car il n'y a rien d'original ni d'étonnant. Quel gâchis, je suis déçu.
Nous sommes en 2035. La Corée est désormais régie par des lois liberticides, et les pauvres sont priés d'aller se terrer dans les sous-sols de Séoul. Lee Han-Young(Ji Sung) est à la base un petit juge, lâche, en quête de reconnaissance. Pour ce faire, il n'a pas hésité à franchir le Rubicon de la corruption pour grimper dans l'échelle sociale. Il a enrichi le cabinet d'avocats de son beau père, a épousé sa fille qui le méprise, mais il est en réalité le larbin de puissants juges suprêmes qui lui écrivent même ses conclusions quand il doit acquitter les ordures du système. Mais un jour, sa mère meurt par sa faute et il a un moment de lucidité. Ainsi, au lieu d'acquitter le fils du plus puissant Chaebol du pays, il le condamne à plus de 20 ans de prison. Cette décision équivaut à une sentence de mort contre lui, orchestrée par le puissant juge Kang Shin-jin(Park Hee-soon), qui dirige de facto officieusement de manière crapuleuse la justice du pays, ayant ses entrées à la Maison Bleue. Mais dans un endroit qui semble ressembler au purgatoire, on va lui offrir une chance miraculeuse de réhabilitation. Il est alors renvoyé 10 ans en arrière, au début de sa carrière. Mais cette fois, il sait comment gagner la partie, car il aura toujours un coup d'avance.
J'étais vraiment "hypé" par ce drama que j'attendais depuis longtemps. Mais après un démarrage en trombe, assez sombre, très dramatique et palpitant, et qui va nous tenir en haleine pendant un épisode et demi, le soufflet va vite retomber. Déjà le ton et l'ambiance vont radicalement changer, on opère presque un 180° une fois Han-Young revenu. Puis sa personnalité a totalement changé, sans explications, il acquiert des compétences supplémentaires, comme s'il avait subi un tuning: il est courageux, intrépide, altruiste, il sait se battre, etc..Mais comme on part du postulat qu'il connait tout à l'avance, toute tension, surprise ou prise de risque est futile. Il va littéralement marcher sur l'eau durant tout le drama, dans lequel il ne sera jamais en danger (ou presque). Donc je pose la question: où passe l'intérêt si les rebondissements et le suspense n'existent plus? Là où Again My Life avait esquiver ce piège, le gros problème de The Judge Returns, c'est que l'antagoniste, montré fort contre les faibles qui l'entourent, va s'avérer faible et faire un piètre adversaire face à notre bon juge, qui va en plus s'entourer d'une team 100% fiable et acquise à sa cause. Il va défaire ce qu'il a honteusement réalisé dans le passé et expier ses péchés le sourire en coin. "What Else? rendez-vous au dernier épisode?". Dans Le jeu de la Mort, la vie et la seconde chance ça se méritait, ici non. Où est passé le concept de la repentance et de l’expiation de ses péchés si tout est si simple?
Pendant quelques épisodes, j'ai cru qu'on était dans un schéma avec une construction classique d'affaires à résoudre autour de la vraie justice, avec la trame principale en toile de fond. Mais très dès le 8ème épisode, on change encore de cap, comme si le réalisateur ne savait plus quoi faire pour retenir notre attention. Et c'est clair que ça devient un peu redondant, vu qu'il n'y a qu'à se laisser prendre par la main pour suivre le cours passif des événements. Ou bien au contraire ça devient trop rébarbatif, trop technique, voire trop pompeux par moments. On est paumé dans la hiérarchie de tous ces juges. Le plus souvent on enfonce des portes ouvertes: les rouages de l'Etat, et ici de la Justice sont vérolés, et il faut faire un grand ménage de printemps et passer le Kärcher avec notre super juge. J'ai trouvé l'idée du cabinet fantôme intéressant, mais on dirait une réunion d'abrutis alors qu'ils sont censés représenter la puissance et la richesse. De plus c'est à se demander si Kang Shin-jin, l'antagoniste principal, n'est pas un peu con sur les bords pour se faire avoir à chaque fois sans rien voir venir, alors qu'il détient des dossiers compromettant sur tout le monde, le Président de la Corée compris. En fin de compte, tout paraît surfait, caricatural, on se surprend par moment à se demander ce que fout le NIS et la sécurité intérieure. Ils devaient sans doute avoir piscine pour laisser la part belle à tous ces complotistes qui font ce qu'ils veulent.
La série est de bonne facture sur la forme à défaut du fond, malgré quelques transitions hasardeuses et maladroites. Je vais être honnête, c'est regardable sans être enthousiasmant. Et heureusement que Ji Sung est là pour sauver les meubles, parce que j'ai trouvé Park Hee-Soon mauvais avec ses deux expressions faciales, je n'ai rien vu de vraiment inquiétant en lui. Won Jin-A ne sert à rien (comme d'hab), et des persos comme Baek Jin-Hee qui joue une journaliste, Tae Won-Seock dans le rôle éternel (sans rire?) du gros bras, et Oh Se-Young qui joue la femme Han-Young dans le futur, mais sa prétendante qui est la seule qui va vraiment évoluer positivement, vont lui passer devant en terme de présence et d'importance. Mais l'ensemble de ces personnages est trop lisse. Ce qui m'a assez gêné, c'est que Ji Sung est trop vieux pour le rôle. Alors on essaye de le rajeunir artificiellement et de vieillir ses parents, mais c'est un peu bancal. Il approche de la cinquantaine et le faire jouer un gars de 35 ans environ, ça le fait moyennement. Sur le fond il y avait tellement mieux à faire je le redis: où sont passés sa culpabilité, sa quête de rédemption, ses doutes? Ilest censé avoir conservé ses souvenirs, mais où s'est envolé son conflit moral? C'est comme si un Sith devenait un Jedî en un claquement de doigt, sans aucun chemin de croix ni de remise en cause. L'écriture s'avère paresseuse, parfois trop simpliste, parfois trop compliquée, ce qui accentue les incohérences qui sont notables.
Dans The Judge Returns, on lit quasiment comme dans un livre ouvert du début à la fin parce que le scénario n'est pas assez étoffé. J'ai vainement espéré un contre pied ou un ultime rebondissement dans les deux derniers épisodes, vœu pieu. En fait c'est comme si au début d'une partie d'échecs, on faisait Mat en deux coups. Niveau tension, émotions et surprises on repassera donc. Lee Han-Young n'a pas eu un retour de karma, il lui a roulé littéralement dessus. L'ironie de l'histoire, c'est que parfois la limite entre la justice et la vengeance pour notre juge est vague, puisque lui-même va s'autoriser à contourner la loi, pour le bien commun. Ce qui est risible aussi quand même, c'est qu'ici la confiance est visiblement innée, elle ne s'acquiert pas avec le temps: tout le monde fait confiance à tout le monde, les bons comme les méchants. Tout s'enchaîne et s'emboite trop facilement, y'a qu'à suivre la flèche. On nous a vendu cette série comme un drame, sérieusement je cherche encore après le 3eme épisode, surtout que la fin se conclut presque comme une comédie dramatique. Bon, je vais être très cool et mettre une bonne note pour ce que ça vaut, parce que j'ai quand même vu des choses intéressantes.
Main Theme: Close Your Eyes - I Got It
Additionnel OST: Im Jeong-eun - Look Through the Sky
Bonus: Ji Sung - Nobody Say