Saison 1 (8/10) :
Cela faisait un moment que je tournais autour, et enfin l'occasion s'est présentée : c'est donc, comme souvent, avec six ans de retard que je découvre « The Leftovers », série parmi les plus importantes de ces dernières années, et l'on comprend rapidement pourquoi. D'abord, le point de départ est très fort : imaginer la disparition de 2% de la population mondiale et en raconter les conséquences à travers le quotidien d'habitants d'une ville de New York. Premier constat : c'est remarquablement réalisé. Pourtant, aucun grand nom au générique (au mieux des artisans du septième art), mais pour l'occasion, tout le monde s'est surpassé dans le registre télévisuel, sans doute boosté par le talent du créateur Damon Dindelof, la puissance visuelle de certains plans ayant de quoi faire tourner quelques têtes.
Même remarque pour la splendide bande-originale signée Max Richter (et quel générique), ample, intense, s'accordant parfaitement avec l'univers développé. Le récit, pouvant parfois déconcerter, se révèle rapidement très riche, aussi bien dans l'écriture des personnages que les situations dans lesquelles ils sont mises (je pense notamment à ce monumental troisième épisode, véritable film à lui seul), jouant la carte de la frustration sans en abuser, offrant pas mal d'émotions différentes au fur et à mesure que celui-ci avance, souvent imprévisible, souvent juste. Si certains protagonistes et sous-intrigues sont plus intéressants que d'autres (la « fuite » du fils est vraiment pour moi la partie faible), le montage est suffisamment intelligent pour qu'on se laisse porter jusqu'au bout, le fait de rendre le postulat à la fois omniprésent sans le citer toutes les deux minutes permettant de s'intéresser constamment à l'humain tout en gardant un mystère fort, qui le restera à pas mal d'égards jusqu'au bout.
Mais le « nerf de la guerre », ce sont bien entendu les « coupables survivants », secte formée suite aux événements, véritables antagonistes insaisissables et ô combien anxiogènes, remarquablement représentés par l'impressionnante Ann Dowd, dominant une interprétation par ailleurs de bonne facture (Justin Theroux, Amy Brenneman, Christopher Eccleston, Margaret Qualley, Liv Tyler et surtout Carrie Coon, remarquable...) : ils sont clairement le « cœur » de la série, donnant du corps et de la crédibilité à ce monde où la lumière peut jaillir au moment où l'on s'y attend le moins. Quelques longueurs et aspects moins prenants, donc, mais surtout beaucoup de trouvailles et de passion dans une première saison marquant clairement les esprits : de quoi fonder de beaux espoirs pour la suite.
Saison 2 (7/10) :
Oui, j'avoue qu'après la découverte de la première saison de « The Leftovers », j'étais très enthousiaste à l'idée de regarder la suite, d'autant que je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. D'ailleurs, de ce point de vue, la série a surpassé toutes mes attentes tant ce second volet s'émancipe presque totalement du précédent, où le postulat de départ et la plupart des personnages (dont la splendide Carrie « Fargo » Coon, de plus en plus présente pour notre plus grand plaisir) sont les seuls éléments restant réellement en place. On finit par s'y faire, même si c'est au départ très déconcertant, la prise de risque étant à saluer (notons aussi que le roman de Tom Perrotta se terminant à la fin du précédent volet, tout était à récréer), ne cherchant jamais à surfer ou à reproduire ce qui avait été proposé précédemment.
Nouveau cadre, nouveau contexte, certains protagonistes relégués au troisième plan pour laisser la place à quelques nouveaux, pas mal de mysticisme et d'aspects très étranges, faisant parfois basculer le récit dans le fantastique pur. Cela va quand même un peu trop loin dans le manque d'explications, créant, certes, une attente quant à ce qui va se passer, sans nous subjuguer, nous émouvoir comme cela était le cas précédemment. Il y a quand même ce final qui, sans tout expliquer, loin s'en faut, se révèle un moment fort, tout comme cette plongée dans
le « monde parallèle »
deux épisodes durant (surtout un), impressionnante de maîtrise dans les décors, les couleurs, le cadrage, l'intensité... Du grand art.
Bref, à l'image d'un générique complètement modifié (en moins bien), cette suite témoigne de qualités évidentes, pouvant compter sur certains moments forts (notamment dans la dernière ligne droite) pour ne pas laisser indifférent, mais pour le coup, trop de changements tuent un peu le changement : à voir comment Damon Lindelof abordera le troisième et dernier volet de cette série vraiment pas comme les autres.