Le casting était plutôt alléchant, avec tous ces acteurs vieillissants (c'est une qualité, en général, dans la profession), et cette promesse d'une plongée dans une Amérique corrompue à l'échelle de Tulsa, en Oklahoma. Une ville étasunienne moyenne, dont on ne voit jamais le centre ville, qui se résume à quelques buildings à l'horizon, marquée par une mixité sociale qui aurait pu en constituer sa richesse si la mentalité coloniale n'avait pas la peau aussi dure. Et c'est le centre de cette histoire de meurtre ou de suicide, je ne veux pas vous gâcher le plaisir éventuel, si ma critique ne vous dissuade pas durablement de tenter l'aventure. Parce qu'il faut avouer qu'on trépigne ferme, au cours de ces 8 épisodes. Huit, ça suffit, comme dirait l'autre. En vérité, et c'est la tendance exaspérante ces derniers temps : il faut attendre le dernier épisode pour arriver enfin au cœur de l'action. Et ça, ça commence à bien faire, même si, on le comprend, la série est prétexte à une immersion dans un univers qu'on ne connaît a priori pas et que c'est l'attention portée aux personnages qui la rend attachante. Sur le papier, parce qu'une fois dans son canapé, on se surprend à couler comme un Calendos trop fait en attendant qu'il se passe enfin quelque chose digne d'intérêt. Ça n'est pas qu'il n'y ait aucun enjeu, non : expropriations musclées, suprémacisme blanc, aveuglement volontaire des politiques, corruption à tous les étages, intégrisme religieux mâtiné de nazisme, bêtise sidérante des laissés pour compte, le programme est plutôt roboratif. Sauf qu'il faut se taper toute une galerie de paumés bien exaspérants, dont le personnage principal, un libraire qui se pique d'être un "véritologiste" et se fait démonter plus souvent qu'à son tour, sans jamais lâcher son enquête, même si ça doit l'éloigner de sa fille (mention spéciale pour la jeune actrice). Il est sale, infantile, irresponsable à bien des égards, mauvais gestionnaire, souvent irrévérencieux, vit dans une bauge et tout ça doit le rendre sympathique, parce que ses idéaux sont généreux au milieu d'un écosystème particulièrement méphitique. En fait, il est surtout exaspérant. Autour de lui s'agite une collection de tocards censément tout aussi sympathiques : avocat minable, repris de justice divers, représentants de toutes les minorités existantes, patron de feuille de chou au grand cœur, dessinateur de rue sans le sou, en veux-tu en voilà. Intéressants sur le papier aussi. En fait, j'aurais peut-être adoré lire le polar qui aurait raconté la même chose. Mais là, j'y peux rien, je me suis ennuyée, en dépit d'une déclaration d'intentions louables. Il faut dire que l'Amérique qu'on nous propose, ici, survit au ras des pâquerettes et qu'on se demande tout du long comment un si beau pays, gâté par la Nature, originellement peuplé de tribus à la richesse culturelle immense, a pu dégringoler l'échelle évolutive au point de nous infliger ce ramassis de neuneus (et je ne parle pas spécialement de toute la liste que j'ai énumérée ci-dessus). Non, les pires, ce sont les gens les plus aisés. Crétins, hargneux, malhonnêtes, de mauvaise foi, imbibés, envieux, mesquins et j'en passe, ils donnent juste envie de partir à pied sur le champ à Saint-Jacques de Compostelle sans se retourner. C'est la thèse de la série : une corruption des âmes remontant à la Conquête et coulant à flots dans les veines de ces nantis arc-boutés sur les possessions matérielles, à n'importe quel prix, pas gênés pour un sou des contradictions entre leur manière de vivre et les belles paroles professées dans les églises qu'ils adorent fréquenter. J'imagine que c'est plus fréquent à Tulsa qu'à Auxerre, mais bon, ça ne fait pas une série de bonne compagnie. Parce que contempler la putréfaction ne produit pas vraiment grand-chose de constructif. On se sent juste poisseux. C'est la limite de la dénonciation des défauts du temps : si on se contente de ça, ça n'enclenche rien de décisif. Or il serait peut-être temps de passer à la suite.