Une fois n'est pas coutume, je vais tâcher de faire court, parce que je suis pas convaincu que Le Mandalorien mérite réellement plus. Sans être franchement honteux en tant qu'oeuvre, il est à mes yeux le parfait symptôme de ce qu'est Star Wars sous Disney et de ce qui s'annonce à l'avenir.


Le mandalorien, par rapport aux films de la dernière trilogie, à Rogue One et à Solo, est un pas de côté. C'est une tentative d'explorer autre chose que l'éternel conflit de quelques grands personnages dont la saga n'a pas réussi à décrocher depuis 40 ans. Ici, le héros est un anonyme (littéralement) et sa quête, toute personnelle, pour ce qu'on en sait actuellement. Le but était donc clairement de prendre un peu de recul, de proposer un spectacle moins grandiloquent et plus original... Mission réussie ?


Terrain connu


Ce qui frappe à la vision du premier épisode c'est qu'on a déjà l'impression d'avoir déjà vu tout ça : La cantina avec les chasseurs de prime, le héros à l'allure de Bobba Fet, la planète désertique, un vieux sage qui aide le héros... Sans être déplaisant, ça donne le ton de la série : On reste dans les clous posés par la trilogie originelle, sa mythologie, ses décors. Nul doute que Disney a été suffisamment refroidi par la réception de The Last Jedi pour interdire tout écart violent avec l'image que les fans se font de la saga.
Cette impression de ne jamais rien voir de réellement original ne m'a (presque) jamais quitté tout au long des 7 épisodes. Comble du mauvais goût, la série se permet même un retour d'un épisode sur Tatooine, sa même ville, sa même exacte cantina... Ca devient fou le nombre de cantina de l'univers SW. Il doit y avoir une franchise ou un truc, pour que chaque planète ait la sienne.


Trop bien calibré ?


Et tant qu'on parle du recyclage calibré pour plaire aux fans, il est temps de parler de l'éléphant dans la pièce : Bébé Yoda.
Rooooh qu'il est mignon Bébé Yoda. Et plutôt bien introduit d'ailleurs (ce plan est mon préféré de la série) ! Et en plus on nous le montre souvent ! Hihi, là il sourit, là il mange une grenouille, là il boit sa soupe, là il dort, là il... Bon, vous voyez où je veux en venir : Bébé Yoda a coûté 5 millions à la production, il a le droit à bien plus de plans que nécessaire, il a instantanément inondé internet... Difficile de ne pas y voir un coup marketing joliment ficelé. Parce que yoda est ultra emblématique, parce que c'est l'un des rares personnages à mettre d'accord tous les fans, parce que ce qui est mignon marche toujours sur internet.


Alors je ne sais pas, peut être que le problème vient de moi et de mon aversion grandissante pour l'Empire Disney, mais j'ai beaucoup de mal à regarder ce genre de phénomène d'un oeil bienveillant, alors que j'ai l'impression que l'enthousiasme de plein de gens a été complètement conçu en laboratoire, et dosé à la goutte près.
On se doutait déjà que Disney avait choisi les mandaloriens parce qu'ils avaient une aura de dingue auprès de la fanbase (un peu comme Darth Maul qui a survécu à sa mort canonique grâce à sa popularité, pour popper dans 15 séries secondaires). Mais j'avais vraiment l'impression en regardant la série qu'on agitait devant moi des memberberries, ces raisins à la nostalgie inventés par South Park, et qu'on s'adressait finalement plus à l'adulescent qui regrette son enfance qu'à l'adulte en moi. Heureusement, je ne doute pas que sous la couche de marketing, des gens talentueux ont bossé sur la série, parce que ça se ressent, parfois.


Du neuf, par petites doses


Le meilleur apport de la série reste à mes yeux les Mandaloriens eux-mêmes. Leur exil, leur cachette dans les égoûts, leur forge mystique et la puissance de leur foi en leur religion ; Tout ça puait la classe à 2000 parsec de distance. J'avoue que j'aurai presque préféré une série sur la forgeronne que sur le héros parfois en manque de charisme. Mais je ne vais pas bouder mon plaisir : enfin une société, même petite, intéressante dans l'univers SW ! Avec des règles, des valeurs, une hiérarchie, des symboles... On y croit, et ça pousse à s'attacher à tous ces personnages dont on ne voit jamais le visage.


J'ai aussi apprécié la période temporelle montrée ; Voir l'Empire effondré subsister en sous-terrain, dirigé par des chefs de guerre d'autant plus dangereux qu'ils n'ont plus rien pour les cadrer, tout ça marche assez bien. Le problème, et c'est mon dernier point, c'est qu'on en voit trop peu.


Une structure batarde


Tout cela est déjà trop long donc je vais écourter : Je trouve le rythme de la série très mal géré. Trois premiers épisodes bien équilibrés, entre scènes d'action et moments plus calmes, propices au développement de personnage... C'est classique mais on s'y retrouve.
En revanche, les épisodes 4,5 et 6 sont... pas honteux, mais ils n'ont RIEN à faire là. On vous investi dans une histoire, on vous introduit des personnages, des enjeux, et soudainement, tout s'en va et il ne vous reste que trois intrigues OSEF as fuck, déjà vues dans ou en dehors de l'univers SW, et qui ne font pas avancer l'histoire. Pour ma part, j'ai failli lâcher la série au sixième épisode, avant qu'un ami ne me rassure à la sortie de l'épisode 7 où, enfin, l'histoire reprend.


Tout ça pour ça. Bordel.


Le nouveau visage de SW


En bref, sans être déplaisant, le Mandalorien ne prend aucun risque, joue sur votre nostalgie et sur vos goûts (que des marketeux ont analysé en amont) pour vous refiler du contenu que vous avez déjà vu sous un maquillage neuf. Presque la moitié de la saison 1 est composée d'épisodes filers et l'histoire n'avance pas beaucoup du début à la fin mais...
Mais les acteurs sont bons, les CGI économisés au profit d'effets "en dur" qui titillent habilement la corde faible des amateurs de l'ancienne trilogie dont je suis. Y a de bons dialogues par moment, et certaines scènes sont bien mises en scène. La musique reste en tête, et y a de bons apports à l'univers. Pour toutes ces raisons, le Mandalorien est plutôt une bonne série SF. Elle reste juste beaucoup trop timorée, prudente, marketée, pour qu'on y adhère pleinement.


Et je crains que cette dernière phrase finisse par être valable pour toutes les prochaines productions SW.

Llanistar
7
Écrit par

Créée

le 14 janv. 2020

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