Au premier regard (rien que l'affiche), The Midnight Romance in Hagwon semble être une nouvelle noona romance signée Ahn Pan-seok. Une histoire d'amour entre une professeure expérimentée et son ancien élève devenu adulte. Mais en réalité, The Midnight Romance in Hagwon, dont le véritable titre est "Diplôme", est un drama qui relate une guerre commerciale entre hagwons qui ne dit pas son nom. Le cœur du sujet est là, donc si tu viens pour une romance fleur bleue de type guimauve, tu n'es pas au bon endroit. Car en effet, ce n'est pas une romance qui parle des hagwons ; c'est un drama sur les hagwons qui raconte son histoire à travers une romance pour étayer le propos. Tu perçois la nuance ? La relation de couple sert avant tout de porte d'entrée vers un univers beaucoup plus vaste : celui des académies privées coréennes, véritables entreprises éducatives où la réussite scolaire est devenue un marché extrêmement concurrentiel. En résumé, le véritable affrontement n'est pas sentimental, mais économique.
Seo Hye-Jin(Jung Ryeo-Won) enseigne le coréen depuis plus de 10 ans au sein d'une académie dans le quartier de Daechi, à Gangnam, l'un des quartiers les plus riches et chics de Séoul. C'est là que sont rassemblés les hagwons les plus réputés de tout le pays. C'est la tête d'affiche professionnelle de l'institut, car non seulement c'est la meilleure prof grâce à une pédagogie qui a fait ses preuves et à son travail, mais c'est aussi celle qui rapporte le plus d'argent en permettant de recruter beaucoup de lycéens. Lorsque son ancien élève Lee Joon-Ho(Wi Ha-Jun) revient, elle est troublée. Hye-Jin s'était totalement investie pour le jeune homme à l'époque, et grâce à elle, il avait pu faire de brillantes études supérieures. Désabusé par sa vie en entreprise, Joon-Ho est alors engagé auprès de son ancien mentor et devra faire ses preuves. Mais bien entendu, il n'est pas là par hasard : il était tombé amoureux d'elle au premier regard et il n'a jamais oublié Hye-Jin.
Le thème principal mis en exergue dans le drama est de montrer qu'une académie n'est pas un lieu où l'on transmet un savoir. C'est avant tout une entreprise qui doit attirer les meilleurs profs, les meilleurs élèves et, par extension, les parents les plus fortunés. Les enseignants deviennent des produits d'appel. Un professeur reconnu peut faire venir des centaines d'élèves, donc générer énormément de revenus. D'ailleurs, vers la fin, Choi Hyung-Sun(Seo Jung-Yeon), la directrice du hagwon concurrent de nos héros, dira une phrase qui résume cette vision : "Un enseignant d'académie a pour objectif de faire le plus d'argent possible." L'apprentissage du savoir est secondaire par rapport à la logique commerciale. Ainsi, le récit viendra nous démontrer que tous les coups sont permis, même les plus bas. On n'hésitera pas à faire chuter notre couple et son académie en colportant ragots et rumeurs à leur sujet. On peut ainsi faire une analogie avec un grand club de foot : il faut attirer des stars (les profs), du public (les élèves) en usant de stratégies marketing (publicité et sponsoring) et d'une communication agressive. Les hagwons ne forment plus seulement des élèves : ils vendent une promesse de réussite.
Au travers du couple formé par Hye-Jin et Jun-Ho, on s'évertuera aussi à opposer deux philosophies de l'enseignement, du moins au début : avec lui, c'est l'enseignant passionné, celui qui croit encore à la transmission. Avec elle, on est davantage sur une logique de carrière, une réputation à préserver et une rentabilité à maintenir. C'est pour cela qu'étant la meilleure, elle est convoitée par la concurrence. La romance fonctionne donc comme un miroir de cette opposition. Mais le drama évite aussi une opposition trop simple : même les enseignants idéalistes doivent évoluer dans un système où l'argent et la réputation sont devenus incontournables. Ici, la romance n'est pas le sujet principal, elle vient se greffer au sujet principal. D'ailleurs, durant les 7 premiers épisodes, c'est la manière dont fonctionnent les hagwons qui est mise en avant. La relation de couple intervient en gros à mi-parcours et servira les intérêts du scénario. Elle sert à montrer comment deux personnes peuvent essayer de vivre leur relation dans un environnement où tout est jugé, commenté et utilisé contre elles. C'est le "vivons heureux, vivons cachés" qui prédomine, surtout qu'il y a une petite différence d'âge entre nos deux tourtereaux. Sur les 12 premiers épisodes, même si cela manque parfois de profondeur, c'est assez plaisant à suivre et également instructif.
Malheureusement, les 4 derniers épisodes sont un peu le talon d'Achille du drama. On nous sort des twists improbables concernant cette guerre d'académies. L'institut Choiseon, dirigé par la redoutable et impitoyable Choi Hyung-Sun, abat ses cartes comme par magie et semble disposer de ressources financières insoupçonnées pour avoir la peau de sa concurrente : trahison, mensonges, espionnage... J'ai eu l'impression que la sincérité et la crédibilité qu'on nous avaient vendues jusqu'alors volaient en éclat. C'est aussi parfois un peu trop théâtral dans cette dernière partie, mais surtout trop caricatural avec ses mères de famille qui sont représentées de manière un peu trop outrancière, dans leur obsession du classement, de la réputation et du résultat. Le problème n'est pas de montrer la pression parentale, qui est un vrai sujet, mais la manière de l'exposer. Ainsi, le drama voulait montrer la frontière floue entre image publique et métier, mais il finit parfois par tomber lui-même dans un jugement moral simpliste, notamment quand la relation entre Hye-Jin et Joon-Ho est mise à jour. À titre personnel, j'ai trouvé les derniers épisodes trop mélodramatiques, avec des conflits d'ego exagérés ou hors contexte. Quand le drama dit "Le problème vient de quelques individus toxiques", il n'est pas loin du hors sujet.
Pour faire un bon drama et nous impliquer dans l'histoire, il faut un couple porteur. Comme Alice, je suis un grand fan de Wi Ha-Jun, qui est vraiment un super acteur touche-à-tout. Il est vraiment bon comme d'habitude. Quant à Jung Ryeo-Won, et malgré les milliers d'heures de vol que j'ai acquises en K-drama, je ne la connaissais pas. Et là, j'ai juste envie de dire : "Wahou". Je n'ai pas peur de dire que j'ai flashé sur elle : sur sa prestance, son charisme, son jeu et sa beauté. Quel est l'abruti qui a dit qu'une femme de plus de 40 ans perdait de son éclat ? Les autres acteurs ne m'ont pas plus marqué que cela, parce qu'ils n'ont pas vraiment d'impact, sauf la taulière Seo Jung-Yeon qui s'approprie ce rôle de "vieille bique acariâtre" de manière subtile. Alors je ne suis pas spécialement fan du réalisateur, je viens d'abord pour l'histoire et les acteurs, mais il nous rend une copie propre à défaut d'être exceptionnelle. J'ai surtout trouvé que c'était un peu long et que, sur la fin, on était dans une circonvolution plutôt qu'autre chose. En effet, on n'assiste plus à une critique du système des hagwons, mais à une succession de règlements de comptes trop bavards, trop démonstratifs et qui manquent cruellement de subtilité.
The Midnight Romance in Hagwon reste un drama avec un vrai sujet. Sa plus grande réussite est d'avoir montré l'envers du décor des hagwons et d'avoir dépassé le simple cadre de la romance, même si celle-ci est charmante et atypique. Elle est plutôt bien intégrée et nous permet de souffler et de nous offrir des moments de légèreté. J'ai apprécié cette construction et l'angle d'attaque choisi pour mettre en place la problématique. Malheureusement, la dernière partie gâche une grande partie du travail accompli. Après une construction intelligente sur la marchandisation de l'éducation et la concurrence entre académies, la série termine dans une caricature où la critique sociale laisse place au mélodrame et à une dose de moraline facile. Le problème est d'avoir oublié que le véritable intérêt du drama résidait dans cette guerre commerciale entre hagwons. J'aurais simplement aimé que le réalisateur pousse jusqu'au bout son idée avec davantage de cynisme, d'humour noir et surtout une conclusion plus en adéquation avec le sujet qu'il avait lui-même choisi de raconter.
Main Theme : The Restless Age - Don’t Forget About Me (l'utilisation de cette chanson dans le drama frôle l'overdose)
Additionnel OST: The Restless Age - Catch Me