Réalisé par Ahn Pan Seok (Secret Love Affair, Something in the Rain, One Spring Night), ce drama porte sa signature dès les premières minutes : des scènes nocturnes baignées de lumière froide, une caméra discrète qui capte l’infime, une mise en scène qui prend son temps, presque contemplative. Et comme souvent avec lui : attention, combustion lente.
C’est une romance comme il sait les faire. Mature, réaliste, ancrée dans la société coréenne, avec cette fois une différence d’âge visible et assumée, et pour décor le hagwon, cet institut privé de cours du soir extrêmement concurrentiel.
On retrouve les thèmes chers à Ahn Pan Seok : les femmes confrontées aux normes sociales, les rapports de pouvoir, le poids du regard des autres et cette critique feutrée d’une société coréenne encore très codifiée.
Mais on retrouve surtout sa patte artistique si singulière. Ses cadrages sont magnifiques, la lumière travaillée avec finesse et sa caméra se fait d’une grande délicatesse : parfois éloignée, comme par pudeur, elle sait aussi se rapprocher pour saisir un regard, un geste, une émotion presque imperceptible. Il filme l’intime sans jamais l’isoler du contexte social qui l’entoure. Une élégance de mise en scène qui donne au drama son atmosphère si particulière.
Lee Jun Ho (Wi Ha Joon) avance avec l’assurance de celui qui a encore tout à conquérir. Hye Jin (Jung Ryeo Won), prudente, façonnée par des années de travail et de compromis, mesure ce qu’elle pourrait perdre. Car cette romance s’inscrit dans un jeu de pouvoir, celui d’un univers où réputation, réussite et rivalités professionnelles s’entremêlent.
Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire, la série ne se résume pas à une histoire d’amour. Elle interroge aussi le sens de l’enseignement et de la vocation, mais également la dignité et ce que l’on est prêt à accepter, ou à refuser, pour la préserver.
Hye Jin, enseignante très respectée dans un hagwon de Gangnam, incarne cette figure du professeur qui donne beaucoup à ses élèves, mais qu’une carrière faite de luttes et de compromis a rendue prudente. Le retour de Jun Ho vient bousculer cet équilibre. Il rallume une flamme, amoureuse bien sûr, mais apporte aussi un autre regard sur l’enseignement. Leur projet de tutorat avec Si Woo, un élève en difficulté, en devient l’une des plus belles illustrations. Et c’est peut-être là que la série m’a le plus touchée : derrière la romance se dessine aussi une forme de romantisme de l’enseignement, un peu comme dans Dr. Romantic. Transmettre, faire grandir : c’est aussi une forme d’amour.
En revanche, le scénario peine parfois à trouver son équilibre. Le hagwon est davantage exploré à travers ses rivalités professionnelles que dans sa dimension pédagogique. Cette guerre froide entre adultes, parfois mesquins, parfois pathétiques, prend beaucoup de place et finit parfois par brouiller la narration. Le rythme, lent, devient pesant. Certaines scènes gagneraient en intensité si elles étaient allégées de quelques secondes. Le drama s’étire, au point d’étouffer parfois ses propres émotions.
Côté interprétation, Jung Ryeo Won est parfaite en femme forte et pudique. Wi Ha Joon, dans un registre plus doux que d’habitude, brille par son sourire et la sincérité de son jeu. L’alchimie entre les deux fonctionne à merveille.
C’est une méditation douce-amère sur le sens de l’enseignement, les choix de vie et les compromis qu’ils imposent. Une série imparfaite, mais profondément humaine, portée par une esthétique feutrée et un regard sensible sur ceux qui enseignent autant que sur ceux qui aiment.
Et je retiens le sourire de Wi Ha Joon, dans un rôle où on ne l’attendait pas, mais où il est totalement crédible.