Relativement fidèle au roman de Stephen King, la série frappe fort dès le premier épisode, distillant une ambiance oppressante qui s’intensifie au fil des épisodes de la première moitié. Pourtant, malgré ce démarrage prometteur, l’ensemble s’essouffle progressivement, perdant en rythme jusqu’à la fin. Et celle-ci, justement, peine à convaincre. Comme souvent avec les adaptations des œuvres du maître de l’horreur, le défi est de taille : retranscrire à l’écran ce que King a patiemment construit dans l’imaginaire de ses lecteurs. Stephen King excelle dans l’art de la suggestion. Ses entités (El Cuco, Ça, le Crimson King, Randall Flagg, la créature de The Mist) naissent d’une logique d’accumulation et de fragments, laissant au lecteur le soin de les co-construire dans son esprit. Le roman peut se permettre de ne jamais tout montrer, ou de le faire de manière oblique. L’écran, lui, n’a pas cette liberté : il doit trancher, concrétiser, et c’est rarement à la hauteur des attentes. La magie de l’imaginaire se heurte alors à la nécessité de montrer, et le résultat déçoit souvent.
Après Game of Thrones, HBO a cherché à reproduire la recette du succès : du long format pour captiver le spectateur. Si cette stratégie a souvent porté ses fruits (le logo sonore de HBO reste un gage de qualité), elle semble ici mal adaptée. Le roman du King aurait mérité une mini-série plus concise, en 5 ou 6 épisodes, pour préserver la tension narrative. Le co-scénariste Richard Price a d’ailleurs reconnu avoir dû improviser pour remplir les 10 heures de contenu, introduisant des personnages et des intrigues absents du livre. Parmi eux, Andy Katcavage, un ex-flic dont la relation romantique avec Holly n’apporte rien à l’histoire ; pire, elle entre en contradiction avec la cohérence narrative des autres romans de King où Holly réapparaît.
Malgré ces écueils, la série bénéficie d’un casting solide, qui compense en partie ses faiblesses narratives.
Ben Mendelsohn incarne un Ralph Roberts crédible, bien que physiquement éloigné du personnage du roman. Son interprétation subtile et tourmentée donne une profondeur psychologique au rôle.
Jason Bateman, en revanche, est une révélation. Il apporte une présence charismatique et une ambiguïté troublante à son personnage, oscillant entre humanité et menace sourde. Sa performance est l’un des points forts de la série.
Bill Skarsgård, déjà remarqué pour son interprétation de Pennywise dans Ça, confirme son talent pour incarner des rôles sombres et complexes. Ici, il apporte une intensité palpable à chaque scène où il apparaît.
Enfin, Cynthia Erivo (Holly Gibney) livre une prestation convaincante, même si son personnage est parfois desservi par des arcs narratifs superflus, comme sa relation avec Andy Katcavage.
Au final, une série qui parvient à capturer l’essence de l’univers de King, mais se perd dans les méandres d’un format trop long. Elle rappelle une fois de plus la difficulté de transposer à l’écran la subtilité d’une œuvre littéraire qui repose sur l’imaginaire du lecteur. Un défi que peu d’adaptations relèvent avec brio.