Encore un mélange entre drame et comédie sentimentale basé sur un webcomic. Nos scénaristes coréens seraient-ils vraiment en mal d'inspiration, ou bien auraient-ils la flemme de bosser ? The Practical Guide to Love ne révolutionne pas le genre dans sa construction, mais il propose au moins une originalité : c'est une femme qui se met en quête de l'amour et choisit son prétendant. L'approche est moderne, rationnelle et pragmatique: dans la société coréenne actuelle, on a tendance à détruire le mythe des rencontres arrangées et du mariage convenu d'avance. Pourtant, concilier vie professionnelle et vie amoureuse épanouie reste une gageure en Corée. Le drama aurait pu apporter un vent de fraîcheur si le scénario avait été mieux travaillé et si une partie du casting avait été différente. Malheureusement, on en atteint rapidement les limites et nos attentes sont vite douchées.
L'histoire suit Lee Ui-Yeong(Han Ji-Min), une femme carriériste accomplie d'une trentaine d'années. Elle est assistante de direction au sein du service des achats d'un hôtel. Sa meilleure amie, Jung Hyun-Min(Jung Hye-Sung), un peu plus jeune, croque la vie à pleines dents, fidèle à sa nature enjouée et joviale. Mais la vie personnelle de Ui-Yeong n'est pas réjouissante. Vivant encore chez sa mère, elle n'a pas encore trouvé l'amour. Sur les conseils de ses amies, elle décide de s'inscrire sur un site de rencontres afin de voir des hommes lors de rendez-vous arrangés. Elle se retrouve alors déchirée entre deux prétendants aux profils opposés: Song Tae-Seop(Park Sung-Hoon) un chef d'entreprise d'ébénisterie responsable, posé et doux. Et de l'autre Shin Ji-Soo(Lee Ki-Taek) beaucoup plus jeune, acteur en devenir, fougueux et intrépide. Pour Ui-Yeong, le choix doit-il se baser sur la raison ou la passion ? L'amour est-il prédestiné ?
Avant critique / A propos du rôle et de la probité de Han Ji-Min
La première chose qui fait tiquer (et cela devient presque un running gag dans les K-dramas), c'est le personnage de Ui-Yeong et la volonté de rajeunir artificiellement une actrice. Han Ji-Min est une femme magnifique dont la carrière ne doit rien qu'à son talent, là n'est pas le problème. Mais faire passer une femme de 43 ans pour une jeune femme de 32 ans nuit à l'immersion. Certes, elle fait jeune, mais pas à ce point. Nous ne sommes pas dans un flashback, mais dans le présent. De ce fait, face à ses deux prétendants, on devine sans mal vers qui son choix se portera. Nous sommes en Corée, pas en Amérique du Nord. Si l'on comprend la logique mercantile et le poids de l'apparence dans la société coréenne, voir une femme mature jouer les ingénues émotionnelles dénature le propos. J'aurais aimé qu'on lui fasse assumer son statut de quadra bien dans sa peau. C'est encore tabou d'avoir plus de 40 piges dans une romance pour une femme en 2026?
Le début est poussif, il faut attendre le 3e épisode pour que ça décolle. Puis le triangle amoureux se met rapidement en place, mais c'est un secret de polichinelle pour savoir sur qui Ui-Yeong a jeté son dévolu. Le drama aborde de manière sincère le poids des injonctions sociales sur les célibataires en Corée et l'obligation qui leur est faite de s'appuyer sur un couple solide, à défaut de fonder une famille de manière obligatoire. Comme je l'ai dit, le contrepied est intéressant car ici c'est la femme qui choisit "son homme". (il n'y a pas qu'une femme d'ailleurs). Surtout que les deux prétendants savent qu'ils sont en compétition. Le fait qu'ils aient des caractères, des âges et des objectifs de vie différents rend la thématique plus probante. Il est dommage qu'on n'appuie pas sur le phénomène des célibataires en Corée, qui est un enjeu national et qui met directement en péril la survie même de la nation. On ne fait que survoler le problème, de manière légère, plutôt que de développer une satire ou une dénonciation de la société marquée encore par le "pater familias". Les amours des amis reposent sur des ressorts éculés et ne sont là que pour remplir un certain vide scénaristique et apporter un brin d'humour.
Le cœur du récit est assez sympa et nous propose certaines recettes pour la création d'une relation amoureuse durable... ou pas. Ici, nous sommes dans une inversion des valeurs : c'est l'homme qui doit faire ses preuves auprès de son éventuelle future moitié. Mais on arrive vite à la limite de ce système de drague et de rapports humains. On s'éloigne du choix "sur catalogue" pour retomber sur du concret, c'est pour cela qu'on devine très rapidement le choix que va faire Ui-Yeong pour commencer sa relation sentimentale. Le cœur doit laisser aussi la place à la raison et à la rationalité. Les trois comédiens sont assez crédibles dans l'ensemble, mais Han Ji-Min et Park Sung-Hoon, les deux tauliers, sont quand même au-dessus du lot car ils sont polyvalents. L'actrice arrive à nous faire oublier son âge et Park joue la sobriété et l'exemplarité dans les sentiments. Ce couple apparaît plus représentatif du modèle coréen que celui formé par Ui-Yeong et Ji-Soo, malgré toute la sympathie qu'il dégage. Ce dernier reste néanmoins un écorché vif. La dernière partie du drama traite des relations de couple de "l'ancien monde" avec le choix des parents, ainsi que de ceux qui vont se lancer dans une entreprise à deux.
Les points faibles du drama sont néanmoins nombreux. Ainsi, si le milieu est plutôt convaincant, la fin qui s'étend sur trois épisodes est poussive et souvent ennuyeuse, vu que la romance est officialisée dès la fin du 8e épisode. C'est plus ou moins du remplissage avec des créations ou des séparations de couples à nous exposer comme sur un catalogue. Il y a un faux rythme qui peut vite lasser, surtout que les rebondissements sont quasi inexistants. Ainsi, la trame narrative est prévisible, comme dans la plupart des séries de ce genre de ces dernières années. Pour les spectateurs lambdas et "bisounours", ça peut passer; par contre, pour les plus exigeants et ceux qui sont aguerris à la construction des K-dramas de genre drame ou comédie sentimentale, ça passe moyennement. L'écriture est aussi poussive. Les acteurs ne sont pas en cause, mais Tae-Seop pourra apparaître un peu coincé du cul et rigide pour certains, tandis que pour d'autres, Ji-Soo est plus chien fou, mais tout en émotivité et explosivité. Mais il lui manque la maturité et la stabilité familiale que Tae-Seop possède, car il ne faut absolument pas perdre de vue l'essentiel dans le message délivré par l'histoire: la base familiale fait ce que nous sommes. Les acteurs secondaires font le taff sans plus, et la réalisation est basique, pas de quoi pavoiser.
En conclusion, si The Practical Guide to Love est assez novateur dans sa façon de proposer une, puis diverses relations amoureuses, on retombe vite dans la sécurité et l'atmosphère narrative de ce genre de drama. Les acteurs principaux sont plutôt bons, mais ils peuvent être clivants dans leur façon de jouer. Ce n'est pas une romance intense, c'est plutôt une introspection et une réflexion sur la relation amoureuse, mais malheureusement abordées avec trop de désinvolture. J'aurais aimé une partie dramatique plus développée qui les fasse douter, et nous aussi. Le scénario n'est pas assez travaillé, on sombre rapidement dans la facilité. C'est dommage car, si au départ on pouvait s'attendre à quelque chose de révolutionnaire, le drama reste sur ses acquis. On reste sur des conventions et des considérations morales pour ne pas trop heurter le public visé, qui est plutôt mature. D'ailleurs, on fait presque la leçon aux téléspectateurs à la toute fin en leur disant que plus de 7,5 millions de célibataires en Corée, ce n'est pas bien, et qu'il faudrait se bouger un peu pour reformer des couples viables, quels que soient les moyens. L'amour c'est bien, mais la stabilité c'est mieux: tel pourrait être le postulat à retenir.
Main Theme: Youngjae - Highlight
Additionnel OST: Close Your Eyes - Waiting For You