Succession et Righteous Gemstone sont deux histoires de familles riches et de droite aux héritiers dégénérés. Elles reposent sur le même fondement : un patriarche autoritaire, des enfants immatures et avides de pouvoir, et un empire bâti sur l'exploitation et la domination.
C'est la même mécanique : le capital comme héritage / la famille comme entreprise / l'amour comme monnaie. Deux autopsies de dynasties où l'émotion est écrasée par l'argent. Deux fictions sur des lignées de prédateurs, blablabla
Mais là où ils divergent radicalement, c'est dans le regard. Succession croit toujours que cette structure mérite d'être racontée avec sérieux : croit qu'il y a quelque chose de noble, voire de tragique, dans la chute d'un empire médiatique néofasciste. Succession (je l'ai regardé en entier) invite à contempler les névroses des élites très riches comme si elles étaient universelles. Il vous vend la souffrance des riches comme un drame humain, alors qu'en réalité, ce n'est qu'un film de classe enveloppé de velours.
The Righteous Gemstones, quant à eux, comprennent que ces familles ne méritent ni empathie ni lyrisme. McBride reprend les mêmes ingrédients : une richesse indécente, des héritiers incompétents, un père dominateur, et les jette dans un bain d'acide. Il enlève tout le vernis.
Il ne cherche pas à rendre ces monstres complexes ou machiavéliques. Il expose leur mesquinerie, leur vulgarité, leur vacuité. Le pouvoir hérité est une plaisanterie. La morale chrétienne des milliardaires est une plaisanterie. Et il l'assume.
Succession est une telenovela non assumée, dotée d'un budget colossal, écrite pour plaire à un public progressiste – celui qui déteste les ultra-riches mais continue de consommer leurs histoires. Succession réconforte ce public. Elle murmure : « Voyez, vous comprenez aussi la cruauté du système. » Mais elle ne leur demande jamais de remettre en question ce système. C'est une satire sans substance. En revanche, The Righteous Gemstones est brouillon, sale et excessif. Il ne cherche pas à plaire à ceux qui cherchent à se faire passer pour intelligents en méprisant les élites. Il ne flatte pas le spectateur.
Danny McBride est un magnifique salaud.
The Righteous Gemstones n'est pas seulement une série humoristique sur des télévangélistes dérangés : c'est une orgie de mauvais goût contrôlé, une sorte de gothique sudiste sous stéroïdes, où le grotesque devient un outil politique. McBride capture à la perfection ce que signifie l'excès en Amérique : trop de Dieu, trop d'argent, trop de familles dysfonctionnelles en costumes blancs avec des armes dans leurs tiroirs. Mais sa qualité, c'est qu'il ne fait pas de sermons. Il vous balance tout à la figure, sans filet de sécurité, sans demander pardon. Il part dans tous les sens : des gens crient, pleurent, se bagarrent sur les parkings des supermarchés avec des Bibles et des SUV. Et au milieu de ce chaos, vous avez ces éclairs de tendresse/d’étrangeté brute et désarmante.
C'est aussi une leçon de vulgarité politique. On y voit comment les élites religieuses se gavent pendant que le peuple pourrit, sans jamais vous donner un cours ennuyeux ou didactique. Il vous met simplement les contradictions sous le nez, avec une esthétique fièrement ringarde qui flirte parfois avec le sublime – costumes et musique inclus, mdr.
Honnêtement, The Righteous Gemstones est du PUNK – RÉACTIONNAIRE, 100 % américain – déguisé en série HBO. Meilleure série de droite depuis Big Love