Que les ados ne ressemblent pas à des ados n’est finalement pas le problème majeur de cette série et plutôt la norme pour les teen movies américains. Nos yeux français à chaque film/série du genre se demandent si les ados américains ressemblent vraiment à des trentenaires alors que tout simplement Hollywood a toujours fait jouer ces rôles d’ados à des adultes (Olivia Newton-John à 29ans quand elle joue la lycéenne de Grease n'oublions pas). Non ici le problème c’est qu’il ne s’agit pas simplement de jeunes adultes de 25ans mais d’une ribambelle de mannequins qui nous éloigne encore plus de l’univers réaliste adolescent. Alors bien sûr Bret cherche à nous faire retrouver des masculinités plus « apaisées » de cette dernière décennie comme Chalamet ou Tom Holland (pas nécessairement moins toxiques d’ailleurs pour d’autres raisons mais passons). Au mieux, il fait penser au personnage sympathique de Randall dans Dazed and Confuzed de Linklater. Non le problème c'est qu'on saute d’un défilé Armani à une pub Lacoste, l’esthétique pub Gucci pollue complètement chaque séquence de la série. Peut-être que de meilleures transitions éviteraient le sentiment de regarder des pubs car l'ensemble noie le suspense de l'intrigue dans un sirop Disney écœurant.
Alors on pourrait me répondre que les « populaires » de la Senior Year se rapprochent de quelques choses des mannequins : ils sont beaux et charismatiques. Mais c’est là que la piste exploitée par la série est vraiment mauvaise. Le mannequin est vide par définition : il ne sourit pas, il ne fait que porter le vêtement, il est interchangeable et sa personnalité disparait à son profit (certains mannequins deviennent certes connus, mais c’est l’exception qui confirme la règle). Certes le vrai/faux serial Killer façon beau gosse de pub Paco Rabanne pourrait exploiter judicieusement le côté glacial, sans émotion et manipulateur du psychopathe : ce qui était une bonne idée sur le papier apparait un désastre dans sa mise en image et sa collision avec l'esthétique insipide du luxe. Car il s’agit bien d’un métier totalement différent que celui d’acteurs ! Le jeu d’acteur est absolument désastreux et plonge l’intrique dans un océan de vacuité, de clichés et de minauderies. Susan, s’inscrit bien dans une longue lignée de Queen Bees, entre les éternelles Prom Queens et les terribles Mean girls, mais dans une version assagie et en prenant tout un tas de poses de magazines de mode (farfelues donc) chez le directeur quand elle n’a pas le pas chaloupé des podiums pour aller se chercher un simple verre en soirée. La séquence de course-poursuite entre Bret et Robert à l’air de vouloir nous vendre des lunettes Gucci ou des voitures de sport (ou un parfum Dior ça marcherait très bien aussi). L’ensemble est grotesque, étouffe totalement la noirceur et la dimension subversive initialement promise. Les meurtres violents de jeunes filles rappellent un thème miso mille fois ressassé; L’ensemble n’est pas équilibré du point de vue du genre car tous les personnages féminins surjouent la rivalité entre femmes et la bêtise, contrastant avec la tranquillité du héros au gros cerveau. On n'a donc pas du tout besoin en plus de la maigreur omniprésente des deux héroïnes (la scène de la piscine où leur ossature du dos dévoile un état de dénutrition avancé) qui ne vient que renforcer à l'image, en 2026, le grand retour de la "tendance skinny" (normalisation de l'anorexie) que charrie d'ailleurs la culture du mannequinat depuis des décennies…
Bref, j’ai regardé les épisodes disponibles jusqu'au bout simplement pour voir tout le fric dépensé dans la création de son univers historique (que j’adore en théorie). Tous ces faux ados seuls dans leurs grandes baraques de luxe aussi belles que leurs bagnoles de luxe, ça brille mais ça ne suffit pas. Tous ces népo-babies (Kaia Gerber est la copie conforme de sa mère Cindy Crawford, et Homer J.J. Gere le fils de Richard) auraient mieux fait de faire du mannequinat plutôt que du cinéma parce que jouer leur propre rôle d'ultra-riches n'a déjà pas l'air évident.
Enfin, l'acrobatie qui consiste à vouloir sauver le roman initial de Bret Easton Ellis du naufrage de cette très mauvaise interprétation Disney est risquée. D'abord parce que c'est bien son univers et ensuite parce qu'il est co-producteur de la série (co-créateur du premier épisode) et a donc bien travaillé à cette adaptation. La lourdeur qui devient exaspérante au fil des épisodes de la prétention du personnage principal, et la vacuité de la série ne viennent pas forcément de nulle part. Derrière la fascination problématique pour les serial killers et la fausse subversion des élites états-uniennes qui est le fond de commerce de BEE (The American Psycho par exemple), apparait surtout la vacuité fatigante et le grotesque d'un milieu, d'une mentalité et d'un style de vie incluant le héros, qui faisant tout pour s'en distinguer, en devient le plus fidèle représentant. C'est finalement autant le livre récent d'Adrien Durand Bret Easton Ellis, le privilège de la subversion que Les éclats que la série m'a donné envie de lire.