J'avais déjà vu le documentaire de Jean-Xavier de Lestrade il y a plusieurs années, et j'abordais cette adaptation avec une certaine méfiance. Je me demandais ce qu'une fiction pouvait apporter à une histoire aussi connue. La réponse est simple : énormément.
Là où le documentaire observe les faits, la série explore les personnages. Elle ne cherche jamais à imposer une vérité ou à trancher la question de la culpabilité de Michael Peterson. Au contraire, elle entretient constamment le doute et donne à voir les différents points de vue avec une intelligence remarquable.
Certains lui reprochent sa longueur. Pour ma part, je trouve au contraire que c'est l'une de ses grandes qualités. Cette durée permet de prendre le temps de montrer les dégâts humains provoqués par cette affaire : une famille brisée, des enfants divisés, des avocats, des procureurs et même une monteuse de documentaire dont la vie sera bouleversée. Au-delà du fait divers, The Staircase devient une véritable tragédie.
Et quel casting ! Toni Collette est, comme toujours, absolument extraordinaire. En quelques scènes, elle donne une présence bouleversante à Kathleen Peterson. Colin Firth est d'une ambiguïté fascinante : il ne cherche jamais à rendre Michael sympathique ou monstrueux, et c'est précisément ce qui rend son interprétation si captivante. Quant à Parker Posey, elle restitue Freda Black avec un mimétisme impressionnant, jusque dans sa gestuelle et son phrasé.
La reconstitution est d'une précision remarquable, mais la série ne se contente jamais de reproduire le documentaire. Elle en propose une lecture plus intime, plus romanesque, sans perdre de vue la complexité des faits.
Une grande série, portée par des acteurs exceptionnels, qui rappelle que certaines affaires ne livrent jamais totalement leur vérité. Et c'est peut-être cette part d'incertitude qui continue de la rendre aussi fascinante, plus de vingt ans après les faits.