"The Sympathiser" est le genre de série qui vous invite à réfléchir sur la guerre, l'identité, l'espionnage et les contradictions politiques, puis qui vous balance une situation tellement absurde que vous vous demandez si votre cerveau n'a pas décidé de partir en vacances au Vietnam sans prévenir.
Adaptée du roman de Viet Thanh Nguyen, la série suit un agent communiste vietnamien infiltré au sein des forces sud-vietnamiennes pendant la guerre du Vietnam, avant de l'entraîner dans un parcours particulièrement tortueux entre le Vietnam et les États-Unis. Le personnage principal vit donc avec une double identité permanente, coincé entre deux camps, deux cultures et deux visions du monde, avec autant de tranquillité intérieure qu'un hérisson enfermé dans une boîte à chaussures. J'ai trouvé l'adaptation solide et surtout très audacieuse dans sa mise en scène. La série possède une véritable personnalité visuelle et ne se contente jamais de raconter son histoire de manière classique.
Les idées de réalisation sont nombreuses, parfois brillantes, parfois tellement extravagantes que j'ai eu l'impression que le réalisateur avait vidé un tiroir rempli de substances hallucinatoires et avait décidé de tout utiliser avant la fin du tournage. J'ai particulièrement apprécié cette perspective vietnamienne, assez rare dans les productions américaines, qui permet de regarder la guerre et ses conséquences depuis un point de vue différent de celui habituellement proposé par Hollywood. Le ton satirique est également l'une des grandes forces de la série.
"The Sympathiser" ose tourner en dérision la politique, la guerre, les Américains, les Vietnamiens, les idéologies et même les contradictions de son propre personnage. J'ai aimé certaines situations comiques, justement parce qu'elles surgissent au milieu d'un sujet particulièrement lourd et déroutant. La série réussit parfois à faire rire là où je ne m'y attendais absolument pas, comme si elle avait décidé de mettre une banane sous les pieds de l'Histoire avec un immense sourire. Les acteurs sont remarquables et portent parfaitement cette histoire complexe, avec des interprétations qui donnent beaucoup de relief aux personnages. J'ai également apprécié l'écriture, particulièrement riche, qui transforme cette histoire d'espionnage en fable satirique féroce sur l'identité, l'appartenance et les manipulations idéologiques.
Visuellement, c'est foisonnant, inventif et souvent impressionnant. En revanche, j'ai trouvé que la série souffrait d'une narration parfois trop complexe et d'une certaine inégalité entre les épisodes. Certains passages fonctionnent brillamment tandis que d'autres m'ont davantage laissé sur le bord de la route avec mon petit panneau « Quelqu'un peut m'expliquer ? ». J'ai également eu du mal à comprendre la décision du personnage principal de retourner au Vietnam. En tant qu'espion, il sait pourtant parfaitement que le pays a changé et qu'il risque de retrouver une situation particulièrement dangereuse. Son choix m'a donc semblé parfois difficile à saisir, même si cela participe probablement aux contradictions qui définissent le personnage.
C'est d'ailleurs toute la difficulté de "The Sympathiser" : la série possède énormément d'idées, mais elle ne prend pas toujours le temps de les rendre parfaitement limpides. J'ai parfois eu la sensation de regarder plusieurs séries différentes qui avaient décidé de louer le même appartement. Malgré ces réserves, j'ai apprécié cette œuvre pour son originalité, son audace, son humour noir et son regard inhabituel sur un conflit déjà largement raconté par le cinéma américain.
Au final, j'ai trouvé "The Sympathiser" riche, brillante par moments et volontairement déroutante, avec suffisamment de personnalité pour sortir du lot. Je la conseillerais surtout aux spectateurs qui aiment les récits politiques complexes, les comédies noires et les œuvres qui préfèrent vous donner un casse-tête plutôt qu'une notice d'utilisation. Pour moi, c'est une série imparfaite mais ambitieuse, qui ne laisse certainement pas indifférent et qui prouve qu'on peut parler de la guerre avec sérieux tout en envoyant parfois l'Histoire valser dans un énorme éclat de rire.