The Terror, une nouvelle série Amazon Prime, produite par Ridley Scott et adaptée du roman de Dan Simmons.
Une histoire qui s'inspire de la véritable expédition catastrophique de deux navires, l'Erebus et le Terror, partis en 1845 d'Angleterre pour trouver un passage au nord des Amériques, vers les Indes et la Chine.
Ils resteront 3 hivers immobilisés par les glaces au nord du Canada. Il n'y aura aucun survivant et les 130 hommes périront de faim, de maladies et de froid.
La série rend parfaitement l'arrogance inconsciente de ces conquérants partis équipés de quelques litres de bon alcool, quelques centaines de bouquins, autant de boîtes de conserves et d'un peu de charbon, à la conquête des glaces : l'Amirauté répète à qui veut l'entendre (c'est-à-dire de moins en moins de monde au fil des mois puis des années) que ces deux superbes navires of Her Majesty, caparaçonnés de métal et équipés de chaudières, ne peuvent pas rester vaincus par les glaces. À cette époque bienheureuse, on avait encore une foi aveugle en la science et en le progrès … et l'Empire cherchait à redorer sa Couronne.
On aime bien la gueule de l'irlandais Ciarán Hinds qui joue l'un des capitaines de cette expédition maudite. À noter, tant qu'on est sur le casting, que la taciturne Nive Nielsen qui joue l'esquimaude de service, est bien native du coin ou presque puisqu'elle est née au Groenland.
Le bouquin de Dan Simmons lorgne bien évidemment du côté du fantastique et tente une explication mystique à la disparition mystérieuse de tout ce petit monde : un Grand Méchant Ours fera donc quelques apparitions fantasmagoriques, à mi-chemin entre yeti et esprit inuit. Fort heureusement, les scénaristes résistent à la facilité et l'Abominable reste suffisamment dans l'ombre pour ne pas faire basculer la série dans l'horreur trop facile : les épouvantables conditions de vie et de survie de ces hommes se suffisent à elles-mêmes, inutile d'en rajouter.
Même si cette bête est peut-être l’allégorie de l’arrogance funeste de cette expédition.
On regrette quand même l'abus des scènes obscures qui passent mal sur les petits écrans (certes, il n'y avait pas l'électricité à bord et il fait nuit la moitié de l'année mais tout de même !).
L'image s'éclaircit sur la fin … au fil d'un destin qui, lui, devient de plus en plus sombre.
Pour compléter le voyage arctique, si le bouquin mystico-fantastique de Dan Simmons ne vous tente guère, on vous conseille vivement la plume élégante de la québécoise Dominique Fortier et son bouquin Du bon usage des étoiles. Son écriture est précise et fluide, riche et agréable, et elle sait distiller un peu de ce charme suranné du XIX° siècle.
Plusieurs expéditions ont été lancées pour retrouver les traces de cette expédition maudite depuis l’opération de sauvetage envoyée un ou deux ans trop tard par l’Amirauté de sa Majesté mais ce n’est qu’en 2014 et 2016 qu’une mission canadienne retrouva les épaves de l’Erebus et du Terror.