On retrouve la fille de June dans cette série. Elle n'est toujours pas libérée de Gilead. C'est à la fois un spin-off, mais surtout, finalement, une simple suite.
Cette série retrouve ce que The Handmaid's Tale avait peu à peu perdu : cette beauté glacée, géométrique, presque lithurgique, qui transforme chaque plan en rituel. Les couloirs, les uniformes, les processions : tout est chorégraphié comme une propagande qui connait le pouvoir des images. C'est séduisant et toxique : la parfaite symétrie d'un système qui veut broyer les âmes et les corps. Surtout ceux des femmes. De préférence avant qu'elle n'en deviennent. On ressent un plaisir coupable à regarder ce cauchemar filmé comme une quelque chose de beau. Beau et terrifiant.
Les couleurs sont donc réduites à l'essentiel, chacune définissant la fonction de celui et surtout celle qui la porte. Les cadres sont rigides, géométriques, anguleux. Les visages sont filmés comme des icônes. En cela l'affiche de la série n'est pas trompeuse. Gilead a repris la main : la théocratie est premium et tous les investissements sont portés sur le dressage de ces adolescentes avant qu'il ne soit trop tard.
La série ne fait pas de commentaire officiels sur l'époque, mais elle résonne quand même pas mal avec ce qu'on voit se déployer actuellement dans nos fragiles démocraties : la fascination pour l'ordre, la verticalité du pouvoir, sensé nous sauver de tout, plus que le droit : la rhétorique du retour à la pureté, du contrôle des corps, de la moralité imposée.
La nostalgie d'un passé idéalisé, la centralité de la famille traditionnelle (le patriarcat, la trad wive, l'enfant sans droit) et l'idée d'un ordre moral à restaurer. La série met en scène les mécanismes qui permettent à un pouvoir de se présenter comme protecteur tout en restreignant les libertés au profit d'une poignée. Pas vraiment des oligarques, plutôt des dictateurs non éclairés oeuvrant main dans la main pour garder ce pouvoir et le luxe auquel il donne accès.
Il peut arriver qu'on trouve le temps long dans cette série. Sans doute aussi parce les protagonistes eux-mêmes doivent le trouver long. Moins de sadisme, plus de lenteur, mais le malaise demeure.